Delbet, Bul. Soc. Chir., 19, mai
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cette intervention n’est pas encore assez faite pour qu’il ne soit pas permis de supposer qu’à l'endroit des deux sulures il ne puisse se reformer une autre thrombose par lésion des paroïs artérielles, ou un rétrécissement assez considérable pour gêner la circulation.
L’artériostomie avec ablation du thrombus et suture de l'artère est plus séduisante.
Lejars en a donné une observation pleine d'intérêt. Nous donnerons aussi brièvement que possible les circonstances de l'accident pour relater complètement les différents temps de l'opération et les suites.
Il s'agissait d'un conducteur de tramways qui fut pris entre les deux tampons de deux voitures qui se suivaient ; le tampon antérieur porta en plein daus la région inguino-crurale gauche, le tampon postérieur en pleine fesse, Les symptômes qui s’en suivirent furent assez nets pour faire porter le diagnostic d’attrition sous-cutanée de l'artère.
L'intervention fut décidée,et dit M. Lejars,«je voulus metire à découvert l’artère blessée et faire tout ce que je pourrais pour la € déboucher » et rétablir la perméabilité.
«Je fis une longue incision verticale à la région crurale et j'évacuai tout de suite une abondante collection de sang liquide et de caillots ; je ‘pénétrai alors dans une vaste cavité, occupant tout le triangle de Scarpa el se prolongeant en bas et en dehors jusqu’au quart inférieur de la cuisse, cavité dont les parois irrégulières étaient constituées par les mus-
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cles écrasés et décollés et par le tissu graisseux infiltré de sang. À son centre et dans son axe je découvris le paquet vasculaire, disséqué sur une longueur de 10 centimètres, noir et entouré d’une épaisse croûte sanguine. La vessie s’affaisse sous le doigt et paraît perméable. Quant à l'artère elle est dure, noire, épaissie, sur une longueur de 5 centimètres ; et ce segment contus commence à 1 centimétre environ au-dessous de l’arcade et finit au-dessous de l’origine de la fémorale profonde. Cette dernière présente le même aspect sur une longueur d'environ 2 centimètres. La fémorale bat nettement et iortement sous l’arcade, à la limite supérieure de celte zone noire et indurée : au-dessous on ne trouve plus de battements, l’artère reprend la coloration normale mais elle est notablement moins grosse.
« Une ligature d'attente, sous-tendue par un demidrain, est placée sur le bout supérieur de la fémorale ; j'incise alors l'artère au bistouri, longitudinalement, sur une longueur de 1 cm. 1/2; je traverse use tunique adventice au moins triplée d'épaisseur, puire et totalement imprégnée de sang, puis une lunique moyenne friable, comme effritée et voilée su: sa surface interne, aussi infiltrée de sang et pénètre dans la lumière de l'artère, occupée par des caillois noirs,mous, irréguliers; j’en extrais quelquesuns avec une pince, et à ce moment, un jet de sang rouge par saccade surgil du bout inférieur, et j’achève d'extraire les caïllots en comprimant légèrement le. vaisseau de bas en haut; je puis alors passer un
stylet librement dans le bout'inférieur de la fémorale et aussi dans la fémorale profonde.
€ La perméabilité était donc rétablie de suite: mais en haut, il n’est pas de même, et, la ligature d’attente enlevée prudemment, le sang n'apparaît pas, je replace la ligature d'attente, et je prolonge l’incision artérielle jusqu’à lui donner une longueur totale d'environ 3 centimètres, en dépassant la limite supérieure du segment contus ; par la pression de haut en bas, je fais sortir deux caillots moulés, gros ensemble comme l'index. Cette fois l’artère était libre aussi au niveau de son bout supérieur.
« Je réunis alors la plaie artérielle par un surjet de soie n° 00, à points très rapprochés, non perforants, et chargeant l’adventice et la partie externe de la tunique moyenne ; puis un second surjet à la soie n° 0, passé dans la tunique adventice seule, com-
plète la réunion.
«J'ajoute que la ligature d’attente ayant été retirée: après la confection du premiersurjet, un peu de sang rouge suintait entre deux points insuffisamment serrés, ce qui démontrait, tout aw moins, quelle pass. sage était rétabli: d'un bout à l’autre. Le suintement: s'arrête complètement par l'application dw second surjet, l’aiguille ayant été enfoncée un peu plus profondément à ce niveau:
« Au fait, je détergeai la poche sanguine, et, après: avoir pratiqué une incision de décharge à la face antéro-externe de: la cuisse, à la limite: inférieure du
foyer de décollement, j'y laissai une lamelle de gaze stérilisée, la plaie principale fut réunie.
«Bien entendu, je ne pouvais pas compter sur une restitution intégrale du calibre de l'artère ; les tuniques en étaient si épaissies que, très certainement, rapprochées par la suture, elles ne laissaient qu'une lumière centrale restreinte ; une fois terminée la réunion artérielle, je ne constatai pas de battements proprement dits dans le bout inférieur, mais l'artère s’affaissait bien sous le doigt,et l’on y sentait un frémissement que l’on ne percevait pas avant; si les détails de l’opération ne laissaient pas de doutes sur le rétablissement de la perméabilité, le faible calibre du segment désobstrué, et les parois épaissies et infilirées de ce segment, qui avait perdu toute élasticité et figurait une sorte de tube inerte, expliquaient suflisamment l’absence de battements vrais dans le bout inférieur.
Toujours est-il que, sans rien préjuger de l’avenir, le résultat immédiat nous autorise pourtant à concevoir de réels espoirs. »
Malheureusement quelques jours plus tard, {e thrombus se reformait, la gangrène que l'on voulait éviter se reproduisit et il fallut faire une amputation de jambe.
On est alors en droit de se demander d’une part, si l’incision artérielle n'ajoute pas à des lésions superficielles de contusion légère, des lésions plus graves et profondes.
En second lieu, s’il n’est pas illusoire d’enlever un.