CHAPITRE I
La médecine vibratoire a pris dans ces cinq dernières années, un développement considérable et de vastes horizons s'ouvrent encore devant elle, au fur et à mesure que se perfectionnent ses méthodes d'application et que s'étendent ses indications. Vigouroux, Boudet (de Paris), Mortimer-Granville ont appliqué, il y a de longues années déjà, des corps en vibration, des diapasons, sur des parties du corps où se manifestaient des névralgies, sur le crâne, dans le traitement de la migraine, et ont obtenu des résultats encourageants. On a pensé que ces résultats étaient produits par un véritable massage vibratoire des terminaisons nerveuses, pouvant déterminer sur les cellules centrales des actions d'inhibition ; que ce massage pouvait modifier en même temps l'état de nutrition et de sensibilité dans lequel se trouvent les terminaisons nerveuses ellesmêmes et les tissus qui les entourent, et probablement aussi les filets nerveux.
Plus récemment encore, la médecine vibratoire a été appliquée par Gharcot et ses élèves, sous la forme de fauteuils à trépidation, dans le traitement de la maladie de Parkinson et de casques vibrants, dans celui de la neurasthénie.
Le massage vibratoire externe et le massage vibratoire des muqueuses se sont développés absolument indépendamment de ces essais et de ces théories (et je n'ai voulu, dans les quelques lignes
qui précèdent, que signaler les analogies qui les relient) ; ils sont entièrement l'œuvre de deux hommes, de Kellgren et de Braun; et ces méthodes sont arrivées, entre leurs mains, à une perfection de technique et surtout à une sûreté thérapeutique, laissant bien loin en arrière ces autres applications de la médecine vibratoire, que nous n'avons cependant pas cru devoir passer sous silence.
Arvid Kellgren, dans un article (1) puis dans un livre de grande valeur (2), publié en allemand d'abord, en anglais ensuite et qui m'a paru, malgré son importance, ignoré de la plupart des masseurs français, a décrit une méthode de massage vibratoire externe, exécuté avec les mains, qui a été imaginée par son frère Henri Kellgren et leur a donné de très remarquables résultats. Braun, qui appliquait déjà un massage simple dans le nez, depuis plusieurs années, au moyen de sondes revêtues de ouate et imprégnées de médicaments, s'est inspiré de la méthode de Kellgren et a combiné la vibration au massage interne des muqueuses (3).
Quant à moi, j'ai proposé d'ajouter à ce massage vibratoire l'action de l'électricité sous ses diverses formes (21) combinaison qui peut être très avantageuse, dans la plupart des cas.
Kellgren (2) emploie cette forme de massage pour calmer les névralgies, en massant le territoire innervé par le nerf douloureux ; dans les inflammations aiguës ou chroniques, superficielles ou même profondes, etc, Dans la tachycardie, on peut, par le massage vibratoire de la paroi thoracique précordiale, déterminer le ralentissement des mouvements du cœur avec une rapidité et une sûreté merveilleuses.
Par la méthode des vibrations externes, Kellgren a obtenu de brillants résultats dans les affections aiguës du larynx, les paralysies laryngées consécutives à la diphtérie, les inflammations des amygdales, les engorgements glandulaires, etc.
Kellgren est arrivé aux conclusions suivantes, sur le mode d'action et les effets de sa méthode. Nous les reproduisons in extenso, car nous ne voyons, en aucune façon, la raison pour laquelle elles ne s'appliqueraient pas exactement à notre massage vibratoire interne, et nous demandons expressément, dès maintenant, à M. le Professeur
Chiari, qui a toujours éludé ces embarrassantes questions : 1° S'il pense que ces conclusions sont vraies ; 2° dans quelle mesure elles peuvent, à son avis, s'appliquer au massage vibratoire interne. Il ne s'agit pas ici d'action médicamenteuse, Kellgren masse à sec. Ces actions sont-elles réelles ou imaginaires pour M. Chiari, et pour quelle raison théorique, ce qui est vrai pour le massage vibratoire externe de la peau, ne l'est-il plus pour le massage vibratoire interne des muqueuses? D'ailleurs, la récente communication de Freudenthal(38), quia massé des centaines de malades, sans jamais employer aucun médicament, constitue la réponse la plus topique qui puisse être faite aux objections du Professeur Chiari.
Voici les conclusions de Kellgren, qui s'appliquent intégralement à notre procédé.
Le massage vibratoire : 1° augmente l'énergie nerveuse ; 2° diminue la douleur, les névralgies, les migraines, etc. ; 3° il fait contracter les petits vaisseaux ; 4° il excite la contraction musculaire; 5° il augmente la sécrétion glandulaire; 6° il abaisse la température.
Cette action est bien marquée dans la fièvre et les états fébriles ; et il ajoute : la durée des cours de massage à Stockholm est de trois ans, mais il faut de nombreuses années d'exercice régulier pour devenir bien maître de la méthode du massage vibratoire.
Le souci de la technique et de sa parfaite exécution, doit tenir la première place dans l'esprit du médecin qui veut exécuter le massage vibratoire interne, aussi bien, d'ailleurs, que le massage vibratoire externe. Gela peut paraître une exagération, de dire qu'il faut être particulièrement doué pour arriver à appliquer ce massage ; cependant, il est certain que beaucoup de gens sont incapables, par exemple, de devenir de bons opérateurs, que beaucoup sont maladroits; que, d'autre part, le nombre des gens susceptibles d'observer est infiniment plus rare qu'on ne l'admet généralement, et que tout le monde n'est pas opiniâtre et tenace. Celui qui ne sera, en même temps, observateur, adroit de ses mains, et tenace, ne réussira jamais à appliquer d'une façon parfaite le massage vibratoire. Je pense qu'en général, tout le monde pourra arriver, sinon à l'extrême habileté, telle que la possède, par exemple, le D1' Braun, au moins
à une dextérité suffisante, en suivant les préceptes techniques que je vais m'efforcer de tracer. En effet, ainsi que Braun l'a constaté, de visu, et veut bien le dire dans sa préface, j'ai pu arriver, seul, uniquement guidé par les écrits et les conseils de Braun et de Laker, à exécuter les vibrations d'une façon absolument correcte ; il me manquait certains procédés manipulatoires que j'ai appris sous la direction de Braun, en quelques jours. Ce que j'ai fait, les autres peuvent le faire évidemment. Les conditions dans lesquelles j'ai appris la technique du massage vibratoire, se rapprochant de celles où se trouvent la plupart de mes lecteurs, j'espère, par une description minutieuse, leur éviter beaucoup des difficultés que j'ai rencontrées et péniblement surmontées; d'ailleurs, je serai toujours à leur disposition, à ma clinique, pour faire les démonstrations qu'ils voudront bien me demander.
Il se produira, pour le massage vibratoire, ce qui se produit dans tous les arts où l'habileté manuelle entre en combinaison avec les qualités de l'esprit; il y aura de bons et de mauvais masseurs, comme il y a de bons et de mauvais opérateurs. Jamais, par des descriptions ou des démonstrations, on n'apprendra à un médecin mal doué à enlever brillamment un polype du larynx.
Une très longue pratique est nécessaire pour arriver à une dextérité, même moyenne ; aussi, est-il absolument imprudent d'appliquer le massage vibratoire interne avant trois mois d'exercices très sérieux et journaliers. Il ne faut pas espérer être maître de la méthode avant un an à un an et demi, au minimum, d'exercices journaliers ; et même, au bout de ce temps, il ne faut jamais rester un seul jour sans vibrer. En s'astreignant à ces prescriptions, on se rendra compte que, non seulement on entretient ainsi la légèreté et la dextérité de la main, mais que l'on fait chaque jour de nouveaux progrès. Si, pour une raison ou une autre, on n'a pas de malades, tous les jours, à vibrer, il faut cependant exécuter les exercices vibratoires que nous recommandons plus loin. Tout ce que nous venons de dire s'applique également au massage vibratoire externe.
Pour vibrer, le médecin doit se placer en face de son malade,
dans la position ordinaire de l'examen du nez ou de la gorge ; il doit, cela est entendu, posséder une connaissance parfaite du plan topographique général des organes ; et, pour le nez surtout, dont la configuration interne est si variable, il doit connaître, d'une manière complète, celui de son sujet. Le débutant vibrera le nez, 60U5 l'œil, avec l'aide du spéculum; mais, dans ces conditions, on vibre moins facilement ; il vaut mieux, lorsque c'est possible, que l'opérateur n'ait pas à s'occuper de maintenir un autre instrument, et surtout, en abandonnant le spéculum, il fatiguera beaucoup moins le malade ; mais il faut savoir bien où l'on va et être sûr de sa main. Autrefois, Laker et moi, avons recommandé l'emploi du spéculum pendant la vibration ; actuellement, l'un comme l'autre, nous nous sommes pleinement ralliés à la manière de procéder de Braun ; mais alors même qu'il s'agit d'un organe avec lequel on est très familier, il est bon de faire précéder les vibrations d'un minutieux examen au spéculum. Sur un malade qui sait bien se montrer, on peut vibrer la pars oralis et la pars nasalis du pharynx, sans le secours d'aucun instrument ; si cela est nécessaire, on déprimera la langue, en se servant du doigt plutôt que de l'abaisse-langue. Pour vibrer le larynx, on introduira la sonde sous le miroir.
Ces préceptes généraux étant donnés, prenons le cas le plus simple. S'agit-il de vibrer une surface perpendiculaire à l'axe de la sonde, les vibrations doivent être axiales ou longitudinales et consistent en un tapotement d'une rapidité et d'une régularité extrêmes. Lorsqu'on vibre un nez, dans lequel la muqueuse hypertrophiée fait obstacle à la pénétration de la sonde, lorsque, dans le méat moyen, on vibre les bords de Yaditus ad antrum, on combine les vibrations axiales à des vibrations transversales, ces deux sortes de vibrations pouvant être produites en même temps. De plus, la sonde peut être simultanément animée de mouvements plus amples, d'avant en arrière ou de haut en bas, permettant de porter les vibrations sur tous les points de la muqueuse nasale; ce qui constitue une combinaison de l'effleurage aux vibrations.
Le bras du masseur doit être dans la demi-flexion ; la sonde doit être tenue exactement à la manière d'une plume à écrire, entre les
trois premiers doigts delà main légèrement repliés (flg. I et VII) ; les deux derniers doigts doivent être un peu écartés, l'avant-bras doit être en demi-pronation. Le bras doit être solidement appuyé sur l'épaule, par la tonicité active des muscles de cette région. Tout le membre et particulièrement le poignet et les doigts, doivent cependant rester souples ; cette dernière condition est absolument essentielle, autrement les vibrations seront mauvaises et même dangereuses. La sonde ne doit pas être serrée entre les doigts, elle doit être tenue de la même façon qu'ontient un fleuret, sans la serrer. On peut même, lorsqu'on est très exercé, exécuter les vibrations avec la sonde complètement libre et reposant seulement sur le pouce. Le poignet et les doigts sont donc, dans cette forme du massage, absolument inactifs; ils doivent être seulement dans un état de tension suffisant pour transmettre les vibrations engendrées dans le bras par la contraction alternative et rapide des extenseurs et des fléchisseurs, mais excluant toute roideur. Le biceps et le brachial antérieur, d'une part, le triceps, de l'autre, sont les principaux agents actifs de ces mouvements qui se passent entièrement dans l'articulation du coude; le long supinateur, qui est un muscle fléchisseur très actif, joue également un rôle important. Il m'a paru que le bras étant solidement fixé en pronation, les radiaux agissaient également comme fléchisseurs actifs. En tout cas, pendant la vibration, il se forme dans la région externe de l'avant-bras une saillie très marquée. Dans la figure I, j'ai fait représenter, en positionne bras d'un opérateur très exercé à pratiquer le massage vibratoire. Les muscles de l'épaule sont à l'état de tension ; mais pendant la vibration axiale, il ne se produit pas de contractions véritables et alternatives dans les divers groupes antagonistes des muscles de cette région.
L'appareil enregistreur de Marey permet de se rendre un compte très exact de la qualité des vibrations, c'est-à-dire de leur fréquence et de leur régularité. Laker en a fait par cette méthode une étude fort précise, que j'ai reprise entièrement, excepté en ce qui concerne les vibrations laryngées, parce que je n'ai pu me procurer les instruments nécessaires. Pour tout le reste, je ne puis que confirmer absolument les résultats de mon devancier et j'emprunte à son tra-
vail, les graphiques ci-joints, identiques à ceux que j'ai obte-
nus
En outre du cylindre et du tambour polygraphe que tout le monde connaît, l'instrument servant à inscrire les vibrations se compose d'un simple entonnoir de verre, dont les bords sont relour-
Fig I-- Appareil enregistreur de Marey. Au tambour polygraphe, est relié par un tube de caoutchouc un entouuoir recouvert d'uue membrane, sur laquelle uu bras tenant une soude applique les vibrations. On voit deux tracés sur le cylindre ; un autre tracé agrandi est représenté au-dessus du cylindre.
nés, ce qui permet de fixer sur l'orifice une lame de caoutchouc ou de baudruche, qui doit être assez fortement tendue, pour rappeler les conditions de résistance des muqueuses que l'on vibre d'ordinaire (fig. I). Cet entonnoir est relié au tambour polygraphe par
1 Bans le livre de Laker (13), intéressant par toutes ses parties, l'analyse des vibrations a été étudiée d'une façon vraiment remarquable et tout à fait complète.
un tube de caoutchouc. On applique les vibrations sur cette membrane, comme on le ferait sur la muqueuse; le levier fixé au tambour les inscrit sur le cylindre de Foucault, animé d'un mouvement giratoire plus ou moins rapide.
Le contrôle de l'enregistreur est absolument nécessaire pour le médecin qui veut faire du massage vibratoire ; il pourra, avec l'aide de cet instrument, s'initier seul au massage et vérifier plus tard, de temps en temps, la façon dont il l'exécute. Il ne faudra pas cependant négliger les autres exercices dont nous parlerons plus loin. Mais, à mon avis, on ne saurait se passer de l'enregistreur *.
Les figures II et III représentent le graphique de vibrations exécutées correctement. La première figure est recueillie sur un cylindre animé d'un mouvement lent, la seconde sur un cyliudre animé d'un mouvement plus rapide. Chacune des vibrations représentées dans la figure II, dure en moyenne 0,083 seconde, ce qui donne 12,04 par seconde, ou 722,4 par minute. La figure III représente des vibrations très régulières durant en moyenne 0,087 seconde, soit 11,49 par seconde et 690 par minute. Pour calculer la durée des vibrations, il est plus exact de se servir du diapason mû par un électro-aimant, comme on le fait dans tous les laboratoires; c'est ainsi qu'a procédé Laker, et au-dessous de ses tracés de vibrations manuelles, la mesure des temps est indiquée par le tracé des vibrations d'un diapason. Mais il est plus pratique, lorsqu'on n'a pas cet instrument délicat, de faire le calcul direct de la durée des vibrations; il suffit, pour avoir les éléments de ce calcul, de connaître le nombre dé tours que fait le cylindre par minute, et de compter les vibrations
1 J'adresse ici tous mes remerciements à M. le professeur Rouget, du Muséum, qui a bien voulu mettre à ma disposition un appareil enregistreur, celapendant tout le temps qui ma été nécessaire, et à MM. les professeurs Gré liant, du Muséum, et François Franck, du Collège de France, qui m'ont ouvert avec tant de bienveillance et de libéralité leurs laboratoires.
sur un tour entier, ou une fraction de tour mesurée exactement. Les nombres que nous venons de citer peuvent étonner au premier
ai Q
ta a - .-
abord. Cependant, on peut facilement les atteindre, mais il est inutile de les dépasser. On peut bien arriver à produire des vibrations sur
le pied de douze ou quinze cents par minute, mais il ne paraît pas que ces vibrations rapides aient une valeur thérapeutique supérieure si ce n'est, peut-être, dans le traitement des névroses réflexes. Dans tous les cas, on ne peut arriver à les produire, sans que les muscles de tout le membre et de l'épaule soient entraînés en une contraction tétanique ; et dans ces conditions, apparaît nécessairement la raideur du bras, la dureté et l'irrégularité des vibrations, défauts qui doivent être absolument proscrits et qu'un masseur exercé peut facilement éviter, jusqu'aux environs de 800 vibrations par seconde, Comme moyenne pratique, nous indiquerons le chiffre de 350 à 400 vibrations par minute, 6 ou 7 par seconde, un peu supérieur à celui que recommande Braun.
Les figures IV et V montrent des vibrations ou plutôt des tentatives de vibrations faites par une main non exercée. Il est impossible de reconnaître nettement dans ces graphiques les vibrations, et un pareil massage équivaudrait à un badigeonnage, c'est-à-dire qu'il serait aussi inoffensif que peu efficace, si le débutant ne se vengeait de son impuissance à exécuter les vibrations régulières, impuissance dont il a une conscience plus ou moins nette, en les remplaçant par quelques chocs violents et intermittents qui font tressauter le malade, déchirent la muqueuse, produisent une hémorragie, ou tout au moins une sensation très douloureuse, sur le moment même, et un violent mal de tête à la suite de l'application. Au début, l'opérateur est peut-être plus timide ; mais bientôt, au bout d'un mois ou deux, alors qu'il croit, bien à tort, être maître de la méthode, il frappe avec énergie, perfore la muqueuse, sans timidité comme sans remords, et va même parfois jusqu'à briser les cornets. Le massage devient, entre les mains de ce médecin dangereux, une méthode aussi redoutable que l'ont été le galvano-cautère et les caustiques dans ces dernières années, entre les mains de nombreux médecins et même de spécialistes.
Sur toutes les surfaces parallèles ou obliques, par rapport à l'axe de la sonde, on doit faite des vibrations transversales ; le bras, le poignet, la main et les doigts restent complètement étrangers à leur production. Les vibrations transversales sont engendrées par les
contractions des muscles adducteurs et abducteurs de l'épaule, auxquelles peuvent s'ajouter les contractions alternatives des muscles
> ta .t a
Çj" ca
iS "* CL a>
fléchisseurs et extenseurs du bras, pour produire les vibrations axiales. Il faut un long exercice pour arriver à combiner convena-
blement ces deux sortes dé vibrations, que l'on peut cependant exécuter simultanément, et pour éviter la raideur.
Braun, dans sa communication de 1890 (3), expose la technique de sa méthode de la même façon que Kellgren, et citaut ce dernier, il dit : « Dans aucun cas il ne doit y avoir de contraction continue des muscles de l'épaule, du bras et de la main, autrement ces mouvements deviennent durs, etc. » Laker dit, au contraire, « que les mouvements vibratoires sont produits par la contraction tétanique de l'extrémité supérieure droite ». Kellgren a tout à fait raison, c'est ainsi que son massage vibratoire externe doit être pratiqué ; et bien que le médecin exécutant les vibrations internes à l'aide de la sonde n'ait pas besoin de la perfection technique spéciale à celui qui exerce le massage vibratoire externe, les deux exercices recommandés par Kellgren (2), celui du verre et de la table et la vibration à travers les muscles delà cuisse, doivent être journellement exécutés, lorsqu'on est encore à la période de l'apprentissage, avant de commencer à traiter des malades et même ensuite, quelque ancienne que soit l'expérience. Mais Kellgren n'a besoin que de vibrations axiales, aussi n'a-t-il pas à faire contracter les muscles de l'épaule, qui engendrent, par leur contraction comme nous l'avons vu, les vibrations transversales.
Laker parle de contraction tétanique, et Brauu, au contraire, avec Kellgren, dit que la contraction ne doit pas être continue. Braun fait 2 à 300 vibrations par minute, soit 4 ou 5 vibrations par seconde ; et lorsqu'on produit ce nombre de vibrations, et même pour un nombre supérieur (6 ou 7 que nous proposons), ou même encore un peu plus élevé, tel que le propose Laker, on ne peut dire que la contraction est continue, que dans un certain sens, puisque, entre deux contractions des fléchisseurs, prend place une contraction des extenseurs. Lorsque les contractions se suivent avec une extrême rapidité, 1,800 à 2,000 par minute, ou bien chez un masseur inexpérimenté, la tension des muscles antagonistes dans l'intervalle des contractions actives, devient si forte,qu'elle engendre la raideur, qui ne doit jamais exister, pour le nombre de mouvements que nous avons proposé et même pour un nombre de contractions
sensiblement supérieur; cette raideur entraine, de plus, la contraction synergique nuisible de certains groupes musculaires qui ne doivent pas entrer en jeu. L'augmentation inutile de la tension, rend ce mauvais massage très fatigant pour l'opérateur. Laker a peut-être eu tort d'employer le terme » contractions tétaniques » ; dans son esprit, ce terme voulait dire évidemment contraction rapide, sans retour au relâchement, ou, pour mieux dire, à la tension d'équilibre entre les fléchisseurs et les extenseurs ; tandis que, plus exactement, le terme tétanos signifie, peut-être, contraction assez rapide pour engendrer la rigidité, ce que n'a jamais voulu dire Laker.
Je demande pardon au lecteur d'entrer dans ces détails, mais la nature des objections qui nous sont faites, nous y oblige. De la part du Professeur Chiari, nous devions attendre une critique sinon bienveillante au moins plus large. Se basant, en effet, sur l'apparente contradiction existant entre Braun et Laker et l'impropriété du terme employé par Laker, il dit : « Cependant, aucune ce traction musculaire ne peut guère être plus continue qu'une contraction tétanique. » Il continue par cette affirmation surprenante : « Dans tous les cas, étant donné ce manque de précision dans la conception et l'interprétation des mouvements vibratoires, MM. Braun et Laker n'ont pas le droit de leur attribuer des effets aussi spéciaux ; car ils ne s'agit, en somme, que d'ébranlements rapides de la muqueuse, que l'on obtient aussi par des badigéonnages avec des mouvements de va-et-vient. »
Ainsi, s'appuyant sur des contradictions résidant uniquement dans les mots, Chiari ne voit pas que Braun et Laker massent exactement de la même manière, qu'ils produiraient les mêmes graphiques, avec cette seule différence, que Laker emploie des vibrations un peu plus rapides; et il leur refuse, pour cela, le droit d'attribuer des effets spéciaux à ces mouvements vibratoires tout à fait spéciaux, qui ne peuvent, en aucune façon, être comparés aux manipulations que l'on exécute dans le badigeonnage ; pour lui, vibrations et badigéonnages sont des choses égales. D'après cette conceptionélonnante. dans le massage externe, eflleurage, tapotement, vibration, tout cela deviendrait équivalent. De cette manière de raisonner nous conclu-
rons, avec la plus absolue conviction, que jamais Ghiari ne s'est sérieusement exercé à se rendre maître de la méthode du massage vibratoire avant de l'exécuter sur des malades ; puisqu'il conteste aux vibrations toute réalité objective en tant que méthode, qu'il n'a jamais appliqué autre chose qu'un badigeonnage un peu plus énergique que d'habitude et que, par conséquent, il ne pouvait obtenir d'autres résultats que ceux que lui donne, d'ordinaire, son procédé familier et favori. D'une façon générale, les argument négatifs ne valent rien contre les arguments positifs basés sur des faits bien observés. Les observations négatives de Chiari perdent le peu de valeur relative qui leur restait, devant ce fait déjà évident dont nous convaincra encore l'examen du travail de son élève, le Dr Pierce, c'est que personne n'a jamais, à la clinique de Chiari, appliqué ni cherché à appliquer rigoureusement le massage vibratoire.
Dans le nez, la position et la direction de la sonde doivent varier beaucoup, pour que tous les points accessibles de la muqueuse nasale puissent être atteints ; le bras et la main doivent donc se déplacer. Ces mouvements doivent se passer dans l'épaule et dans le bras. Il faut bien surveiller ces mouvements, car, à leur occasion, on pourrait facilement faire des mouvements de flexion du poignet, ce qui engendrerait de la roideur et rendrait les vibrations tout à fait mauvaises ; le masseur doit veiller à ce que son poignet reste toujours immobile, mais non rigide.
A propos de chaque affection, nous rentrerons dans des indications spéciales sur le mode particulier d'application du massage. Nous ne donnerons ici que quelques conseils d'ordre général.
Nousrecommanderons de masser, assis en face du malade; on ne devra masser le nez, debout et placé en face ou sur le côté du malade, ainsi que le recommande Laker, que momentanément, lorsqu'on sera très fatigué et seulement après une pratique déjà très longue du massage vibratoire. La manière de masser le nez sera extrêmement différente, suivant que l'on aura affaire à un nez élargi et peu sensible, dont la muqueuse manque de vitalité, comme dans la rhinite atrophique fétide, ou à un nez dans lequel la muqueuse gonflée, hypertrophiée ou hyperplasiée, douée d'une sensibilité
exagérée, peut être considérée comme le point de départ et la cause des réflexes pénibles, des névralgies et des migraines opiniâtre?, de
y iif
CQ
cfi
5 es -S!
■a es
as ? a.
Si =33
s os *a a a q -3 a g o
fi oj ce
l'asthme dont souffrent les malades. Dans le premier cas, le massage peut être beaucoup plus énergique, les vibrations beaucoup moins fines et les sondes peuvent rester plus longtemps dans le nez. Le
changement fréquent des sondes est commandé ici par le souci de l'antisepsie et de la propreté du nez. Dans le second cas, le massage doit être fait avec une légèreté et une dextérité extrêmes; il faut commencer à vibrer avant de rentrer dans le nez, c'est le seul moyen d'éviter toujours, surtout au début, de faire du pinceautage banal, au lieu de vibrations, et cette tendance est si forte qu'elle se manifeste encore après des années d'exercice. Puis, par un massage rapide, on applique directement le tampon vibrant sur le point choisi, et l'on se retire avec la même rapidité qu'on est rentré. Il ne faut pas perdre de vue les yeux du malade ; c'est la façon dont il supporte l'application, qui doit guider l'opérateur ; mais le temps de cette application ne peut dépasser un très petit nombre de secondes. Les tampons
Fig. VIT. — Coupe sagittale du nez; la sonde vibrante est en contact avec le
cornet moyen.
des sondes sont imprégnés, dans ces cas. d'une solution forte de cocaïne; l'action de ce médicament décongestionne la muqueuse et, en raison de son action analgésiante, permet aux malades trop sensibles de bien supporter, dès les premières séances, le massage qui, si bien exécuté qu'il puisse être, leur produirait une impression désagréable. On profite de l'élargissement du nez pour masser ensuite
un point plus éloigné, en procédant toujours de la même manière, massant au passage les parties déjà touchées, et en combinant l'effleurage et les vibrations transversales ; mais jamais il ne faut essayer de forcer un passage rétréci. Jamais on ne doit pénétrer que dans ceux qui sont librement ouverts, et on adaptera soigneusement le calibre du tampon à celui des cavités nasales. Dans tous les cas où il n'existe pas de véritables obstacles pour la pénétration, on arrivera facilement au pharynx, dont on massera la paroi postérieure par des vibrations axiales. En procédant ainsi, nous ne déchirerons jamais les muqueuses, nous ne briserons pas les cornets, nous ne produirons pas d'angines lacunaires ; si le malade éprouve une impression vraiment très désagréable, c'est que le massage est malexécuté; les suintements sanguins, eux-mêmes, causés parle massage vibratoire, devront être exceptionnels. Ce n'est que lorsqu'on masse des surfaces ulcérées ou des muqueuses complètement dégénérées, que l'on peut déterminer, parfois assez facilement, un écoulement, sanguin, généralement très minime.
Les sondes nasales sont des sondes droites, auxquelles on donne des courbures convenables pour atteindre toutes les parties, même les plus reculées du nez. Les sondes qui doivent passer par la fente olfactive sont très minces, et la couche de ouate qui les enveloppe, très peu épaisse. Les parties visibles du pharynx seront massées avec une sonde droite ou très légèrement courbée, assez résistante, dont l'extrémité sera enveloppée d'une couche épaisse de ouate, fortement serrée et aplatie à son extrémité; pour les parties un peu plus élevées ou un peu plus profondes, on se servira des sondes à extrémité recourbée, et pour le naso-pharynx et l'entrée des trompes on emploira des sondes à grande courbure (Voir la figure VI et l'explication).
Il vaut mieux tenir les sondes directement dans la main sans les monter sur un manche. On se rend ainsi beaucoup mieux compte de la façon dont on vibre, de l'énergie qu'on déploie et de la rudesse des contacts. On peut également masser l'entrée des trompes par le nez, avec des sondes droites, dont l'extrémité est recourbée, comme le bec des cathéters. Cependant, pour masserla voûte pharyngienne
il vaut mieux se servir d'un manche. Chez les malades qui se montrent bien, on massera l'oro-pharynx sans autre précaution que de recommander au malade de tenir la pointe de sa langue derrière les dents. On pourra même vibrer chez quelques-uns la pars nasalis,âe la même manière ; mais, le plus souvent, on devra abaisser la base de la langue et jamais avec l'abaisse-langue, mais toujours avec le doigt, au préalable stérilisé, qui sera beaucoup mieux toléré. Il faut agir dans le naso-pharynx avec la même rapidité et la même dextérité que dans le nez, se guider sur les sensations exprimées par le visage du malade et retirer la sonde dès qu'on voit que le réflexe va se produire. On peut ainsi vibrer à plusieurs reprises et les malades supportent ainsi, beaucoup plus facilement, des séances vraiment efficaces. Il faut bien prendre garde à ne pas accrocher le voile, lorsqu'on entre dans le rhino-pharynx; la sonde étant dans la bouche, on recommande au malade de respirer par le nez ou de respirer doucement, le voile se détend et l'on passe ; si l'on manque le passage, il faut recommencer et ne jamais essayer de pénétrer par effraction. En principe, il ne doit pas se produire dans le pharynx d'écoulements sanguins, et les sensations ressenties par le malade, toujours un peu désagréables, ne doivent jamais être vraiment pénibles et, encore moins, douloureuses.
Le massage du larynx doit s'opérer sous le miroir; il ne présente aucune difficulté insurmontable pour un spécialiste. Il est évident qu'il faut être très exercé à toucher les cordes vocales et à pénétrer directement dans le larynx. Le malade doit faire une bonne provision d'air, pour n'avoir pas besoin de respirer pendant l'application, et l'on masse les cordes vocales avec une sonde laryngienne ordinaire, montée sur un manche, et dont l'extrémité est entourée de ouate très serrée, en appliquant la sonde sur le plan résistant que constituent les deux cordes vocales rapprochées. Lorsque le malade entr'ouvre les cordes pour respirer, on pourra masser les bords libres des cordes et la région sous-glottique.
Pour faire le massage de la trachée, il faut habituer le malade à respirer avec la sonde dans le tube trachéal; on doit pénétrer directement dans la trachée, sans toucher le larynx au passage.
Je masse la base de la langue avec une sonde enveloppée de ouate, dont l'extrémité est retournée à la façon d'une crosse d'évèque. On applique sur la région, la partie convexe de la sonde, dont la tige doit avoir une courbure convenable; la langue du malade doit être tirée hors de la bouche. Suivant les cas et sa dextérité, le masseur pourra opérer avec ou sans miroir.
Les sensations perçues par les malades, la réaction, les accidents
Fig. VIII. — Coupe sagittale de la bouche, du pharynx et du larynx, montrant en place, le miroir latyngoscopique et la sonde larygienne qui reposent sur les cordes.
possibles, doivent être étudiés avec le traitement des diverses affections. Ce sont choses très variables, suivant les individus et les circonstances.
Les sondes auront environ 22 centimètres de long; les nos 4 et 5 de la figure VI représentent les deux grosseurs extrêmes, soit 1,3 mill. pour les plus minr.es. et 2,4 mill. pour les plus épaisses. Ces
sondes doivent présenter une extrémité renflée, reliée au reste de la tige par une partie amincie et rugueuse. La sonde est saisie entre le pouce et l'index au niveau du treizième centimètre. A partir du onzième, la sonde, sans être rugueuse, doit être dépolie, car il est ainsi plus facile de la fixer solidement entre les doigts. Les sondes doivent être en cuivre rouge, c'est le seul métal qui permette de leur donner exactement le degré de rigidité et d'élasticité que l'on désire. Lorsque les sondes ont été portées au rouge, elles sont molles, et toutes, même les plus grosses, sont alors absolument dépourvues d'élasticité ; mais il est très facile de rendre, même aux plus fines, la rigidité et l'élasticité convenables, en les battant simplement sur un bloc de chêne, avec un maillet de buis. On enroule la ouate autour de l'extrémité rugueuse, à la manière ordinaire. La ouate enroulée doit toujours dépasser l'extrémité de la sonde de quelques millimètres ; l'extrémité de la sonde sera toujours ainsi bien protégée. La ouate doit être très serrée et former une masse élastique de la consistance de la pulpe du doigt; lorsque l'on fait du massage à vibrations transversales, le manchon de ouate doit être à peu près cylindrique; lorsqu'on masse la partie orale du pharynx, la ouate doit dépasser largement l'extrémité de la sonde, être fortement comprimée, serrée et aplatie (fi g. VI, 2 ). Pour le massage de la partie nasale du pharynx, les sondes courbées doivent porter la ouate enroulée sur unelongueurbeaucoupplus grande, afin de pouvoir masser simultanément la voûte, laparoi postérieure et le dos du voile. Il est très facile de dresser un domestique à préparer ces sondes, que l'on doit avoir en grand nombre (150 à 200 au moins), ainsi préparées, sous la main, à l'abri delà poussière. Quant aux sondes destinées au larynx et à la trachée, la ouate doit être enroulée sur elles avec beaucoup de soin ; on ne s'en rapportera qu'à soi-même pour cette opération. Le massage des diverses parties des voies respiratoires supérieures doit se faire avec des sondes du même type, variant en grosseurdansleslimites que nous avons indiquées et simplement courbées, à la main ou à la pince *.
1 Nous venons de donner les raisons pour lesquelles nous préférons les
Il vaut beaucoup mieux que les mêmes sondes ne resservent pas dans la même journée. Les sondes aussitôt employées sont rejetées et flambées au gaz ou sur le charbon, pour brûler le coton qui les entoure, en même temps que les substances dont il est imprégné. Puis, les sondes refroidies sont passées à la toile émeri, mais seulement dans la partie comprise entre la région rugueuse et le onzième centimètre; elles sont alors redressées et durcies au degré convenable, avec le maillet, et désinfectées par un séjour d'un quart d'heure dans l'eau bouillante, ou à sec, dans l'étuve à 180°.
J'ai écrit que les séances complètes du massage vibratoire, c'està-dire celles dans lesquelles on massait le nez, le pharynx et le larynx duraient une demi-heure. Lorsqu'on a sous la main tout ce qui est nécessaire, ce massage complet peut être fait en un temps qui n'excède pas douze à quinze minutes ; ce n'est qu'avec les malades qu'on examine pour la première fois, et qui sont très craintifs, que les séances pourraient devenir plus longues. Mais dans ces cas, comme chez les enfants, il faut procéder, au début, avec beaucoup de précautions, n'appliquer d'abord le massage qu'avec des solutions de cocaïne et de la pommade au menthol à 5 °, 0 et s'arrêter dès que le patient montre quelques signes de frayeur ou de réaction. Si l'on agit autrement, on risque de voir les malades se décourager et renoncer à la guérison, poussés par une frayeur instinctive, dont ils seront les premiers à rire par la suite.
sondes de Braun, en cuivre rouge. Les sondes en maillechort que Laker
a. proposées dans son livre et que nous avons employées, sont, à notre avis, inférieures. Les sondes pour le nez ne se laissent pas courber à volonté, comme les sondes nasales. Quant aux sondes pharyngiennes courbées à angles droit, elles sont trop rigides et sont totalement dépourvues de cette élasticité qui donne une grande valeur aux sondes de cuivre rouge, dont on modifie la forme à volonté. Nous ne voyons pas bien l avantage que présentent, sur les sondes de cuivre rouge, les sondes mi-partie en maillechort, mi-partie en étain, propoiées récemment par le Professeur Lucœ (37).
Le massage vibratoire peut-il être appliqué à l'aide d'instruments produisant les vibrations ? En principe et d'une manière générale, je ne le crois pas ; les véritables masseurs se sont toujours opposés à l'introduction des instruments ; ils ne pensent pas qu'aucun d'eux puisse permettre d'appliquer le massage avec la souplesse, l'élasticité qui sont l'apanage d'une main exercée. Ce principe, généralement admis en massothérapie ordinaire, paraît aussi exact lorsqu'il s'agit, de massotbérapie vibratoire externe, et, a fortiori, interne. Cependant, bien que nous ne soyons pas encore autorisé par une longue expérience à émettre cette opinion sans aucune réserve, en nous plaçant à un point de vue encore théorique, il est vrai, nous croyons que Ton peut, à ce principe général, admettre quelques exceptions i.
Les instruments, tels que ceux de Herzfeld(S) et de Lahmann (15), mus par le bras et destinés à corriger, dans une mesure difficile à préciser, les applications incorrectes, l'ignorance ou la maladresse du masseur, sont très imparfaits et doivent être rejetés sans plus d'examen. Avec ces instruments, le masseur se dispense de tout soin et se confie à une machine assez grossière, pour éviter les conséquences fâcheuses de la mauvaise application des vibrations. Ces instruments pourraient, dira-t-on, être employés par les débutants qui craignent de léser la muqueuse. Il reste à savoir dans quelle mesure ils seront garantis contre cet accident : en tout cas, s'ils se servent de ces appareils, il est probable qu'ils ne feront jamais l'effort nécessaire pour arriver à vibrer correctement.
1 Le massage vibratoire externe ,employé en Suède sur une très grande échelle, y est exécuté soit avec les mains, soit avec des instruments dont le plus connu et le plus répanda est le vibrateur de Liedbeck [onpourra consulter avec fruit l'ouvrage écrit en français, dans lequel on décrit l'instrument et ses multiples applications. Stockholm, 4891; Imprimerie royale, Norstedt et fils). Comme nous le dirons plus loin, nous pensons que notre vibrateur pourra remplacer avec avantage cet instrument, dans toutes ses applications, même au massage externe de la peau.
Quant à la machine de Lahmann, en particulier, elle ne présente aucun avantage, et sa construction montre qu'elle n'est pas susceptible de produire des vibrations en nombre suffisant; ces vibrations ont d'autres défauts, dont nous allons parler à propos de la machine d'Ewer (33). Cet instrument est actionné par le tour des dentistes ; c'est déjà une complication, une difficulté. Il est rare que les médecins de notre spécialité possèdent un moteur électrique pour l'actionner. On ne peut songer à la faire marcher soi-même avec le pied pendant l'application, car, en dehors des difficultés d'application qut cela entraînerait, il ne faut pas. lorsqu'on masse, avoir à se préoccuper de quoi que ce soit.
De plus, et cette critique n'est pas la moins importante, au contraire, d'après la description d'Ewer, aussi bien que d'après celle de Lahmann, leurs instruments produisent des séries de chocs, c'est-à-dire des vibrations dures et sèches, dont le caractère est le même que celui des chocs produits par le marteau à aurification des dentistes ou la plume d'Edison. Nous sommes loin des vibrations moelleuses et élastiques, des ondes, que produisent le jeu alternatif des muscles antagonistes, dans la vibration manuelle.
Tout récemment, Freudenthal (38) a proposé un nouveau vibrateur, mu par l'électricité ; il est assurément plus parfait qu'aucun des précédents. C'est une sorte de trembleur électrique, renfermé dans un manche, et susceptible de fournir 7000 vibrations par minute. Mais comme celles des instrumentsprécédents, les vibrations de ce trembleur sont des chocs, et il ne fournit que des vibrations axiales.
J'ai employé un instrument dont je serai le premier à faire la critique, mais dont les vibrations se rapprochent, par leur nature et leur mode de production, autant qu'on peut le concevoir, des vibrations manuelles, dont la perfection ne me paraît pas susceptible d'être dépassée, et qui laisse bien loin derrière lui tous les vibrateurs proposés. Sur ma demande, et d'après les desiderata que je lui avais soumis, M. Gaiffe construisit l'instrument dont la figure est ci-jointe.
Cet instrument se compose essentiellement d'une petite machine
de Gramme renfermée dans un étui de bois; une lame de platine est enfilée très excentriquement sur l'axe de la bobine ; à chaque tour de la bobine, l'instrument tout entier et le bras de l'opérateur sont
Fig. IX.— Conpe du vibrateur électrique. P, enyeloppe de bois du vibrateur: V, sonde vibrante fixée dans le manche et brisée ; M, machine de Gramme BB, bornes par lesquelles la machine de Gramme se relie à la source électrique; EG, lame de platine enfilée excenlriquement sur l'axe de la bobine. L'interrupteur n"est pas représenté dans ce dessin.
entraînés successivement en avant, latéralement à droite, en arrière, latéralement à gauche et en avant, par suite de l'excentricité delà lame mise en mouvement; il se produit ainsi, simultanément, des
vibrations axiales et transversales, telles que Ton peut, après un long exercice, en exécuter avec le bras. Le manche qui renferme cette machine de Gramme, peut être tenu à la main; il est relié par une extrémité aux pôles d'une pile ou d'un accumulateur, et porte à l'autre extrémité une de nos sondes ordinaires.il ne se produit pas avec cet instrument de chocsbrusques,commeavec ceuxdont nous avons parlé ; les deux phases de la vibration double, l'aller et le retour, dans le sens axial et le sens transversal ; sont aussi progressives que le peuvent être les vibrations manuelles ; ce sont des ondes etnon des chocs. L'instrument fournit simultanément, ainsi que le bras, et peut-être mieux que le bras, des vibrations axiales et des vibrations transversales, ainsi qu'on peut s'en convaincre avec l'enregistreur, ou, plus simplement au moyen d'un verre mince et vide sur lequel on applique légèrement la sonde, par son extrémité d. Si on l'applique latéralement, on constate également l'existence des vibrations. Elles sont d'ailleurs parfaitement sensibles à l'œil. La lame excentrique est en platine; on a ainsi, sous un petit volume, une masse mobile suffisante pour déterminer des vibrations assez intenses, aux vitesses que peut atteindre l'instrument. Dans les conditions où il a été construit, l'instrument marche avec un courant de 4 à 6 volts et sa consommation est insignifiante. Lorsqu'il est en bonne marche moyenne, il produit 1500 à 1600 vibrations ou tours par minute; il peut aller, sans trop chauffer, jusqu'à 2000. Un interrupteur permet d'ar-
• ' Le casque vibrantei le fauteuil oscillant sont des instruments construits sur le même type et dont la propriété , ainsi que celle de mon vibrateur, est garantie par un brevet, à M. Gaiffe, rue Saint-Andrédes-Arts, 40, à Paris. — Le même vibrateur, muni de pièces de contact analogue à celles du vibrateur mécanique de Liedbeck, pourra être employé, avec beaucoup plus d'avantages que ce dernier instrument , dans le massage vibratoire externe, sur toute la surface du corps. En effet, te vibrateur de Liedbeck doit être mis en mouvement par une autre personne et les vibrations qu'il fournit sont des chocs.
rêter ou de mettre en marche le vibrateur, au gré de l'opérateur.
Cet instrument, dont personne ne sauraitmettre en doute la supériorité sur ceux déjà construits, car aucun d'eux ne produit simultanément des vibrations en même temps transversales et axiales, et des vibrations qui soient des ondes au lieu de chocs, a cependant des inconvénients et des défauts ; il se présente, suivant le point de vue où l'on se place, dans des conditions de supériorité ou d'infériorité théoriques, par rapport aux vibrations manuelles; je dis seulement théoriques, car il est construit depuis trop peu de temps, pour que j'aie pu étudier cliniquement sa valeur, d'une façon suffisante, et cette étude devra être fort longue pour être complète. Le volume relativement considérable du manche, constitue l'un des inconvénients du vibrateur électrique. Il est absolument impossible, avec cet instrument, d'exécuter, surtout dans le nez, des applications légères et délicates ou bien, au contraire, très vigoureuses, suivant les cas, que peut faire, avec une sonde, une main exercée. Pour appliquer le vibrateur dans le nez, on se servira d'une sonde droite ou coudée, fixée au vibrateur; avec une sonde droite on se masquera entièrement la vue.
Pour le massage du nez et du pharynx, nous avons recommandé d'employer les sondes sans manche, et nous croyons que les vibrations appliquées avec habileté et discernement, au moyen de la main, seront, en général, surtout dans l'ozène et le catarrhe chronique du nez, plus efficaces que celles qu'on peut appliquer avec le vibrateur.
Les vibrations doivent varier en amplitude et en intensité, suivant la nature de l'affection que l'on traite, ou l'état particulier du point que l'on vibre; elles doivent être combinées avec des mouvements d'effleurage plus ou moins intense. Les vibrations peuvent être appliquées partout, jusque dans les recoins les plus reculés du nez. La sonde doit être, à plusieurs reprises, introduite et retirée, avec une extrême rapidité; d'autres fois, au contraire, comme dans l'ozène, il y a avantage à continuer des effleurages et des frictions énergiques sur chaque pointde la muqueuse, pendant un temps relativement long. Tout cela est bien difficile à exécuter avec le vibrateur, car le manche enlève àl'opérateur une grande partie de sa dex-
térité. Le massage vibratoire du nez doit constituer un traitement mécanique essentiellement intelligent. La sonde du vibrateur doit, pour ainsi dire, voir et toucher ; si elle est mue par un instrument, elle devient presque aveugle. L'avantage et la supériorité de mon vibrateur mécanique par rapport au massage manuel, sont représentés par le nombre très grand des vibrations qu'il peut fournir et leur extrême régularité. La clinique nous a appris que les vibrations très régulières et très rapides avaient une action thérapeutique beaucoup plus active que les autres, sur les névralgies et les réflexes d'origine nasale. Les surfaces muqueuses, point de départ de ces réflexes, peuvent être influencées avec une efficacité et une rapidité merveilleuses par les vibrations rapides et régulières; et il est d'abord très pénible et ensuite presque impossible d'exécuter avec le bras, sans chocs, sans secousses et surtout sans rudesse, des vibrations atteignant douze à quinze cents par minute, même pour les masseurs les plus exercés. Dans ces cas, le vibrateur manié avec précision et avec précaution, pourra probablement se montrer supérieur au massage manuel. Nous verrons également, en étudiant les affections de l'oreille, susceptibles d'être améliorées par le massage vibratoire, comment nous pourrons encore l'y employer.
Rappelons-nous que les masseurs les plus habiles et en même temps les plus autorisés, par l'étude scientifique qu'ils ont faite des conditions dans lesquelles doit être employé le massage, ainsi que de son action physiologique et thérapeutique, ont toujours exprimé cette opinion, qu'ils ne pensaient pas que la main pût être remplacée par un instrument, quel qu'il fût '. Nous croyons que pour le massage vibratoire il en est de même, sauf cette exception que nous avons indiquée. Certes, l'instrument peut être utile aux débutants; mais, d'autre part, il est dangereux, parce que, comptant sur lui ,ils ne cherchent pas à exécuter le massage par eux-mêmes, ce qui, dans l'immense majorité des cas, vaut infiniment mieux.
1 Peut-être y a-t-il une exception pour le massage vibratoire de peau, en raison de la fatigue extrême qu'il cause au masseur.
D'autres maladies chroniques des muqueuses, dont le traitement a jusqu'ici présenté des résultats aussi incertains que les affections chroniques de la muqueuse des voies respiratoires, pourraient être, certainement, traitées et guéries par le massage vibratoire; c'estdans les affections chroniques de l'urètre et de l'utérus, que notre vibrateur pourra, croyons-nous, être employé avec beaucoup plus de raison et de succès que dans le traitement des affections analogues de la muqueuse des voies respiratoires supérieures. La sonde du vibrateur introduite dans l'urètre y fournira des vibrations rapides et régulières, sans aucun inconvénient ni danger, ce qui ne pourrait pas être réalisé facilement avec le massage manuel, en supposant même que l'opérateur possède une grande dextérité. On pourra imaginer, pour la muqueuse utérine, des sondes vibratoires de forme appropriée, et comme il n'y a, dans ce cas, aucun inconvénient à modifier le volume de l'instrument, on pourra lui faire produire des vibrations aussi intenses que cela paraîtra nécessaire.
J'ai proposé la combinaison de l'électricité au massage vibratoire (21) ; il était évident qu'un agent thérapeutique aussi actif que l'électricité, dont le mode d'action, pour être mal défini, n'en est pas moins certain, ne saurait être considéré comme inutile, lorsqu'il s'agit de modifier les conditions de nutrition des muqueuses, ou de sensibilité des terminaisons nerveuses qui s'y trouvent, et les conditions de nutrition et de conductibilité des troncs nerveux euxmêmes.
Le mode d'application est simple et aisé. Pour l'application des courants continus, il faut se servir d'un galvanomètre absolument sûr ; nous employons celui de Gaiffe-d'Arsonval. Notre machine d'induction est une bobine de Gaiffe, à gros fil et à fil fin et à trembleur variable, ce qui permet d'employer, à volonté, en même temps que des courants de tension ou les courants de quantité, des courants à interruptions rares ou fréquentes. On fait varier la nature et l'intensité de ces courants, suivant qu'on se propose d'agir sur la nutrition ou sur la sensibilité. Un des pôles de la pile ou de la bobine est relié à une plaque mouillée que l'on fixe sur le front, le bras ou le cou du patient. L'autre pôle est relié, par un fil
conducteur très léger, à la sonde dont on se sert pour vibrer, au moyen d'une serre-fine.
Nous avons été guidé dans l'application de ces diverses formes d'électricité, par les notions acquises et courantes en thérapeutique électrique ; et nous avons, dèsmaintenant, la certitude d'avoir, par ce perfectionnement,, notablement augmenté la valeur thérapeutique du massage vibratoire. L'instrument que nous avons proposé, qui est mû par l'électricité, ne fait que du massage vibratoire simple ; pour lui faire exécuter le massage vibratoire et électrique, il suffit de relier, comme pour le massage électrique manuel, la sonde vibrante à l'un des pôles, par un conducteur et une serre-fine.
Ghiari pense que si j'ai combiné l'électricité au massage vibratoire, c'est que je n'étais pas très satisfait des résultats obtenus avec ce dernier procédé. Cette supposition est entièrement gratuite; ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées; j'ai pensé, à priori, qu'il y aurait tout avantage à combiner les deux procédés l'un à l'autre, ce que les masseurs ont toujours cherché à pratiquer sur la peau. La peau, mauvais conducteur, se prête mal à ces tentatives, faciles à réaliser pour les muqueuses. J'ai pu acquérir rapidement, par l'étude clinique, la certitude que l'emploi de l'électricité, théoriquement si rationne), était un adjuvant précieux du massage; mais, tenant à étudier ces questions avec méthode et à ne pas compliquer les conditions de l'analyse, déjà fort ardue, j'ai, très souvent, jusqu'ici, employé le massage seul.
Je pense même, qu'il y a tout avantage à combiner et à appliquer simultanément tous les procédés thérapeutiques dont l'action curative peut s'ajouter. iïoffinger (6) a obtenu dans le traitement des pharyngites chroniques, en combinant le massage vibratoire à la cure par les eaux de Gleichemberg, des résultats que ces eaux, appliquées seules, ne lui avaient jamais donnés. J'ai la conviction qui par la combinaison du massage vibratoire avec la cure sulfureuse de Cauterets, qui, de toutes les stations thermales françaises, est de beaucoup la plus recommandable dans le traitement des affections chroniques de la gorge et du nez, on obtiendrait de très remarquables résultats.
Ghiari formule en plusieurs endroits cette opinion absolue, « que les bons résultats obtenus par Je massage vibratoire et qu'il ne conteste pas, sans cependant en tenir un compte suffisant, sont uniquement dus aux médicaments employés. » Tous les partisans du massage vibratoire, dans leurs écrits, ont attribué ces résultats, très supérieurs à ceux qu'on obtient par les autres méthodes : 1° à l'action propre du massage vibratoire; 2° à celle des médicaments; 3° à l'application meilleure de ces médicaments. On n'a qu'à lire avec soin les écrits de Braun et les miens pour se convaincre que, loin de soutenir des idées exagérées ou absolues, nous nous en sommes toujours tenus à cette théorie éclectique, qui nous a paru contenir la plus grande somme de vérité. C'est bien à tort que Demme prétend que Laker ne croit qu'à l'efficacité du massage et nie l'action des médicaments. Laker écrit (13) p. 43 : c< Die ver gleichende Contrôle mitden verschiedenen Mitteln lehrt ambesten, dass nicht dièses oder jenes, sodnern die Massage-Wirkung den ivichtigsten Antheil an dem Heil-Erfolge hat » ; ce qui ne veut pas dire que les médicaments n'aient aucune action, mais que l'action principale appartient au massage.
J'ai appliqué, en même temps que le massage vibratoire, de nombreux médicaments, et j'en emploie définitivement un certain nombre, qui se sont déjà montrés efficaces en dehors du massage, mais qui n'ont pu, par leur action isolée, arriver à produire des effets curatifs, de loin comparables à ceux qu'on obtient en les combinant à la vibration, pour ces deux raisons, que l'action curative du massage, s'ajoute à celle qu'ils possèdent en propre et que le massage vibratoire permet de les appliquer d'une façon beaucoup plus rationnelle et beaucoup plus parfaite.
Freudenthal (38), dans un article tout récent et d'un grand intérêt, vient de réduire à sa juste valeur et d'une façon définitive l'argumentation de Chiari. Il a fait du massage vibratoire, pendant trois ans, sur plusieurs centaines de malades; il a obtenu des résultats très remarquables, lui permettant de déclarer cette méthode absolument supérieure aux autres, et afin de pouvoir mieux apprécier la valeur du procédé, il a toujours massé sans employer de médicaments.
Je ne parlerai ici que d'une seule substance que nous employons beaucoup, du chlorhydrate de cocaïne, et je désire m'exprimer d'une manière très nette à ce sujet. Dans l'ozène, où la sensibilité est, d'ordinaire, émoussée et dans beaucoup d'autres cas, où la sensibilité du sujet n'est pas trop développée, je n'emploie pas la cocaïne ; mais lorsqu'il existe une sensibilité exagérée des muqueuses, et surtout au début de la plupart des traitements, j'emploie la cocaïne, non comme médicament, mais comme anesthésique local, comme véhicule permettant l'application facile du massage vibra toire. Il m'est arrivé souvent, en traitantdes malades sujets à la fièvre des foins, aux névroses réflexes, de m'entendre dire : «J'ai déjà été traité par la cocaïne, san? résultat. » J'essayais défaire comprendre au malade le rôle que devait jouer ici la cocaïne et je n'y parvenais pas toujours. J'emploie généralement la cocaïne à 10 °/0, parfois à 20 °/0, chez les personnes extrêmement sensibles. Je ferai plus loin la critique de la cocaïne comme médicament local, et nous verrons combien rares sont les cas où elle peut être employée seule avec efficacité, surtout avec une efficacité durable. Mais je ne perdrai pas cette occasion de m'élever avec la plus extrême énergie contre toute tentative de médication générale au moyen de ce dangereux poison.
Exploitant les légendes merveilleuses et très exagérées, qui arrivaient d'outre-mer, des industriels habiles et nombreux, secondés par un petit nombre de médecins, ont mis à la mode cette substance, beaucoup plus dangereuse que la morphine ou que l'alcool. L'excitation passagère qu'elle procureest suivie, d'une forte réaction; ce nest pas un ton1 que, et de tous les excitants c'est en même temps le plus perfide et le plus pernicieux. Les nerveux s'en emparent, l'absorbent en boissons habilement présentées, et agréables au goût; et ainsi tend à se propager la cocaïnomanie, dont les progrès, dans les dernières années, ont été si rapides. Ce vice est beaucoup plus dangereux que la morphinomanie, qu'il tend aujourd'hui à supplanter. Dastre, cependant, a démontré les propriétés toxiques de cette substance ; Erlenmeyer a jeté le premier cri d'alarme et montré le péril du cocaïnisme.
On a osé écrire que la cocaïne guérit les pharyngites, granuleuses ou autres, les laryngites, etc. Sous quelque forme qu'elle soit appliquée, la cocaïne, seule, ne guérit rien: elle resserre momentanément les vaisseaux, mais si elle n'est pas appliquée en même temps que le massage vibratoire, cette constriction est suivie bientôt d'une dilation vasculaire et d'unecongestion intense. Elle diminue, pour un temps, la douleur; mais elle endort les malades dans un calme trompeur, qui leur laisse ignorer les progrès de leur mal. On a été encore plus loin et on a osé dire que la cocaïne fortifie le larynx, qu'elle donne de l'énergie aux muscles des cordes vocales, et, pour cette raison, on la distribue et on l'ordonne, larga manu, aux chanteurs et aux orateurs, déjà si disposés à la nervosité, au grand détriment de leur santé générale et même de leur voix. C'est là une opinion physiologique assez bizarre, basée d'ailleurs sur aucune observation, que de prétendre qu'un excitant introduit par l'estomac ira actionner particulièrement les muscles du larynx. Pourquoi ceux-là plutôt que les autres ? D'ailleurs, le fait est absolument inexact. Ce qui est vrai, c'est que sous l'influence de la cocaïne il se produit une excitation générale, suivie bientôt d'une dépression ; que les doses de cocaïne devront être, pour arriver à produire le même effet, chaque jour plus fortes, que le patient deviendra facilement cocaïnomane, V perdra rapidement sa san*tfSé^aM#ysîl>iaison, et devra en rendre grâce au médecin d^jrpar igT¥»fa**ee owr d'autres motifs, l'aura poussé sur cetf/e^enteJa^ale. \^\
Pendant un long voyagte dans FAmériqtfê'WL sud! au Chili, en Bolivie et' au Pérou, j'aipu\£on^at^Jv4feûLgs Dropj^és yeux, les prétendus bienfaits de la coc aï n^s^Iv%eE]qtx^^é«> d'Indiens intoxiqués chroniquement par la coca. Je désirerais vivement que les marchands de coca, médecins ou autres, vissent, surplace, les effets lamentables causés, sur les individus et la race, par cette intoxication chronique et héréditaire ; ils constateraient, sur une grande échelle ce qu'elle peut amener de dégradations physiques et morale dans l'organisme humain.
On ne court pas les mêmes risques avec les applications locales de coeaïne, accompagnant le massage vibratoire ; le malade ne
ressent de la cocaïne d'autre avantage que de pouvoir facilement supporter le massage ; et, le traitement fini, il n'y songe plus, ou plutôt ne conserve que le souvenir désagréable de son amertume. Les applications locales de cocaïne dans le massage, ne tombent donc pas sous le coup des critiques que nous avons adressées à l'emploi de cette substance, comme prétendu tonique ou spécifique, contre les affections des voies respiratoires supérieures. Elle n'est employée que comme anesthésigue local et est dépourvue de tout danger. C'était un point qu'il était essentiel de définir, afin qu'il ne se produisît aucune confusion sur le rôle que joue la cocaïne dans l'application des vibrations.
Nous terminerons cette étude générale du massage vibratoire interne, en répondant à cette objection que nous aurions laissé passer si elle n'avait été faite parle Professeur Ghiari : « Comment pouvez-vous prétendre, dit-il, que le même procédé puisse déterminer l'augmentation de volume dans les processus atrophiques, et au contraire la diminution, dans les processus hypertrophiques? » Nous indiquerons plus loin ce que l'on peut attendre, suivant les cas, du massage vibratoire, dans l'un et l'autre sens ; mais qu'il nous soit permis de le dire, une pareille objection, venant de M. le Professeur Chiari, nous surprend beaucoup. D'une part, n'est-ii pas démontré, cela depuis des siècles, que le massage fortifie les organes, les développe etconstitue le procédé le plus efficace pour lutter contre l'atrophie. Les effets du massage sur les membres récemment fracturés, ont mis cette vérité hors de doute. D'autre part, ne sait-on pas, de la façon la plus certaine, que le massage réduit mieux que toute autre métbode les engorgements simples ou inflammatoires des tissus ; et il produit certainement ces de'ux résultats inverses, par un même mécanisme, en agissant sur la circulation du sang et de la lymphe, et de plus, en activant et régularisant tous les phénomènes de la nutrition.