CATARRHE AIGU OU CORYZA
Tout le monde, à part les ozéneux, connaît cette affection du nez, banale, mais désagréable, qui, en dehors des symptômes plus ou moins pénibles qu'elle détermine, chaque fois qu'elle se produit, amène dans le nez des modifications persistantes que nous aurons a considérer plus loin.
Lorsque l'état chronique est établi, chaque poussée nouvelle marque une étape en avant dans la voie des altérations pathologiques. Les crises aiguës apparaissent avec plus de facilité, deviennent de plus en plus fortes, et l'état du sujet, dans l'intervalle, s'exagère, au point de constituer une véritable infirmité.
Peut-on, par le massage vibratoire, arrêter le coryza aigu ? Il est certain qu'on le peut, dans beaucoup de cas au moins, si l'affection est vraiment prise au début. On fera un massage vigoureux, mais en même temps délica1 de toute la muqueuse nasale avec une solution de cocaïne à 20 °/0. On répétera ces vibrations toutes les deux
1 Dans ces cas surtout, il faut s'abstenir de vibrer, si Von n'est absolument sûr de sa main.
heures, et on peut amener, soit un avortement complet du coryza, soit, en tout cas et sûrement, une grande atténuation de tous les symptômes et un raccourcissement rapide du processus.
Pendant le récent séjour du Dr Braun à Paris, il contracta un violent coryza accompagné d'une fièvre assez intense, qui faillit le mettre dans l'impossibilité d'assister à une réunion de médecins. Il se fit, lui-même, dans la soirée, sous les yeux de nos confrères, un énergique massage vibratoire du nez qui produisit chez lui une amélioration très grande et en même temps très rapide de tous les symptômes, notamment de la fièvre, de la céphalalgie et de l'obstruction nasale; il se fit, vers minuit, un second massage, et le lendemain, il n'avait conservé que le souvenir de son indisposition. Un autre médecin , le Dr B. , atteint d'un coryza, au début, fut soigné ce soir même par le Dr Braun, et son coryza fut arrêté.
On ne peut attribuer à la cocaïne cette guérison ; la preuve est faite depuis longtemps, que la cocaïne, dans les cas aigus, n'améliore que momentanément les symptômes, et que son application, loin d'amener un soulagement définitif, est suivie, à brève échéance, d'une congestion plus forte de la muqueuse nasale. Dans ces ca?, comme dans toutes les affections du nez que nous allons étudier, le tampon de ouate doit être très mince, et la sonde très libre, dans le nez et entre les mains du masseur ; autrement, l'application est pénible et le frottement qui en résulte, produit sur la muqueuse une action plutôt fâcheuse, tout au moins, extrêmement désagréable.
Il est absolument certain que le massage vibratoire exécuté régulièrement sur la muqueuse nasale, la fortifie, la rend beaucoup moins sensible et beaucoup moins susceptible de s'enflammer sous l'influence des diverses causes ordinaires d'irritation ; et l'on peut atteindre même ce résultat, pour des muqueuses aussi susceptibles que celles qui sont déjà atteintes de catarrhe chronique ; nous en verrons la démonstration plus loin; mais West certain que lorsqu'une muqueuse nasale, à peu près normale, aura subi deux ou trois cures de massage (parfois même il suffira d'une seule), elle ne sera atteinte de coryza aigu que d'une façon tout à fait exceptionnelle, puisque
l'on peut même obtenir ce résultat avec une muqueuse très altérée et prédisposée, par ses altérations mêmes, dune grande susceptibilité.
CpRYZA CHRONIQUE
On discute beaucoup, actuellement, sur la nature exacte des affections catarrhales chroniques du nez ou rhinites chroniques. Nous n'avons pas à entrer, ici, dans ces discussions théoriques. Nous reconnaîtrons pratiquement trois formes principales : 1° une forme inflammatoire, dans laquelle la muqueuse nasale rouge et irritée est constamment recouverte par une couche de pus ; 2° une première forme hypertrophique caractérisée surtout par une hyperhémie constante, ou, plus souvent passagère, de la muqueuse, qui se gonfle, mais peut se réduire momentanément, soit spontanément, soit sous l'influence de la cocaïne ; 3° une seconde forme d'hypertrophie, qui, plus exactement, est une hyperplasie, dans laquelle le gonflement est dû plutôt au développement anormal des éléments du tissu conjonctif, qu'au développement ou à la dilatation des vaisseaux de la muqueuse nasale. Cette forme d'hypertrophie ne se réduit que peu sous l'influence des applications de cocaïne. Il est certain qu'il existe certaines formes, probablement, même, les plus nombreuses, dans lesquelles l'hypertrophie et l'hyperplasie sont combinées en proportions variables.
Dans la première forme, le massage vibratoire peut rendre de très grands services. Je l'applique quelquefois, dans les premières séances, avec l'aide de la cocaïne à 10 °/0, lorsque la muqueuse est très sensible, mais surtout chez les malades craintifs. D'ordinaire, je fais la vibration, d'abord avec la solution de sublimé à 1 °/oo, puis avec le baume du Pérou, qui m'a donné d'excellents résultats dans tous les états inflammatoires chroniques du nez et de la gorge. Les vibrations portent les médicaments danstoutes les parties du nez, les font mieux pénétrer dans la muqueuse que les badigeonnages les plus parfaits, et à cette action s'ajoute leur action mécanique propre, incontestable, puisque Freudenthal (38), dans cette catégorie d'affections, a obtenu des résultats très
brillants, en appliquant le massage vibratoire sans aucun médicament ; aussi, les résultats sont-ils d'une extrême rapidité et ces vieilles rhinites sont-elles plus modifiées en six semaines ou deux mois, qu'elles ne l'avaient été par des années de traitement, au moyen du badigeonnage. Les applications doivent être faites tous les jours, au début, et ensuite, tous les deux jours ; car, de cette façon, le malade s'habitue mieux, éprouve moins de réaction chaque fois qu'il est soigné ; et, lorsque les séances se suivent de très près, la guérison se produit beaucoup plus rapidement ; c'est là un fait que j'ai nettement constaté.
L'électricité, sous forme de courants continus et de courants induits avec gros fil et interruptions moyennement fréquentes, est un excellent adjuvant fru traitement.
L'emploi des douches nasales est au moins inutile ; les douches n'agissent qu'en nettoyant les parties les plus déclives de la cavité nasale, et encore, d'une façon très incomplète. L'action du courant liquide contribue fortement à accélérer le relâchement de la muqueuse; et, en somme, la douche nasale, indépendamment de ses dangers pour les oreilles, de son action fâcheuse sur l'odorat, fait, dans cette affection, et, en général, dans toutes celles où les médecins et les spécialistes l'emploient d'une main si large, plus de mal que de bien à la muqueuse nasale ; dans l'ozène, nous l'avons vu, c'est une médication purement symptomatique qui, si elle n'est pas nuisible, est dépourvue de tout effet curatif. Les poudres diverses, astringentes ou caustiques, ne sont ici d'aucune utilité, au contraire.
Si la rhinite est accompagnée de polypes, il faut les enlever et cautériser au galvano leur point d'implantation. On doit également cautériser au galvano les parties de la muqueuse qui montrent des traces évidentes de dégénérescence myxomateuse ou les enlever, si elles sont assez volumineuses.
Lesempyèmes chroniques des sinus, que l'on rencontre si souvent, en même temps que ces rhinites purulentes, peuvent être influencés heureusement par le traitement du nez; mais il ne faut pas trop escompter ce résultat, on doit rechercher soigneusement ces affections et les traiter séparément. On sait que, parla guérison d'un
sinus malade, qui déverse constamment le pus à la surface de la muqueuse nasale, les inflammations de cette muqueuse peuvent guérir ; mais souvent, il arrive aussi que, même dans les cas où la muqueuse n'est atteinte que secondairement, elle est assez malade pour exiger, même après la guérison du sinus, un traitement spécial etparliculier. Les ulcérations de la muqueuse nasaleque l'on constate dans cette forme de rhinite, guérissent très rapidement sous l'influence du massage.
Dans la syphilis du nez, les ulcérations de la muqueuse seront très rapidement guéries par des vibrations au sublimé à 1 °/00 ou avec une pommade mercurielle. Il faut, bien entendu, s'aider du traitement général delà syphilis, qui tient la première place.
La deuxième forme de rhinite chronique est aussi très heureusement et très rapidementinfiuencée par le massage vibratoire ; on l'applique avec des solutions à 10 °/0 de cocaïne et des pommades mentholées à 5 °/0 ou à 10 °/0. L'action du premier médicament, employé seul, est passagère ; celle du second, pour n'être pas négligeable, ne saurait être comparée aux résultats qu'on obtient en l'associant au massage. La muqueuse chaque jour se réduit, et la contraction, d'abord passagère, devient durable. On peut ainsi éviter bien des opérations de crêtes et de déviations de la cloison qui pouvaient, avec raison, être jugées utiles lorsque la muqueuse gonflée venait en contact avec ces saillies anormales et produisait des phénomènes d'irritation ; mais ces opérations ne sont plus nécessaires lorsque la muqueuse des cornets s'est rétractée d'une façon définitive. Nous pouvons, à propos de cette affection, renouveler, avec bien plus de raison encore, les critiques que nous adressions à la douche nasale. Les poudres irritantes et astringentes ou caustiques produisent une réaction toujours vive, le plus souvent pénible et sans aucun résultat sérieux. Le galvano-cautère a été la grande arme que médecins et spécialistes ont employée contre toutes les obstructions ou catarrhes chroniques du nez, et même, on peut le dire pour beaucoup d'entre eux, sans distinction, contre toutes les affections de cet organe. Disons de suite, pour n'avoir plus à y revenir, que dans l'byperplasie de la muqueuse, c'est-à-
dire dans ces formes de gonflement qui ne peuvent être réduites temporairement par l'action de la cocaïne et qui sont dues surtout au développement du tissu conjonctif, le massage vibratoire a peu d'effet. On peut l'essayer, cependant, et parfois il amènera des résultats dont pourront se contenter les malades, mais c'est en général au galvano-cautère, ou au couteau, ou aux cautérisations par l'acide trichloracétique que nous donnerons la préférence, dans ces cas ; ou bien c'est à eux que nous nous adresserons, si les vibrations sont restées inefficaces. Les cautérisations devront être faites avec prudence et modération, ni trop profondes, ni trop superficielles.
Dans la forme hypertrophique proprement dite, on s'est livré à une véritable orgie de cautérisations. Cette médication, appliquée sans modération, détermine souvent, malgré toutes les précautions antiseptiques que l'on peut, et que l'on doit prendre, de graves conséquences. Que d'empyèmes des sinus sont résultés de cette fureur ignée qui a sévi dans ces dix dernières années, que de cicatrices rétractiles douloureuses ont été ainsi produites! Ces cicatrices deviennent souvent, on le sait, le point de départ de réflexes pénibles, migraines, asthme et même crises épileptiques, et les patients, sans être guéris de leur affection primitive, se sont trouvés, à la suite du traitement, porteurs d'infirmités nouvelles. Si la cautérisation restait très superficielle, l'effet curatif était nul, ou à peu près, les malades restaient toujours disposés au coryza, avaient toujours le nez, ou tout au mojnsl'un des côtés du nez, fermé, conservaient leurs maux de tète et les autres symptômes pénibles, heureux lorsqu'ils ne les voyaient pas augmenter. Pour un cas d'amélioration produite par le galvano-cautère, on en compterait quatre non influencés et cinq rendus pires. Ces chiffres sont certainement loin d'être exagérés, au contraire, car bien des cas comptés comme améliorés par le médecin qui s'en rapporterait seulement à l'examen objectif, sont restés stationnaires, ou même ont empiré, si l'on s'en rapporte à l'appréciation, par le malade lui-même, de ses symptômes subjectifs ; ce qui constitue le véritable critérium de l'amélioration. Cette critique des méthodes employées contre les affections chroniques du nez est si juste, et les spécialistes sont si con-
vaincus de leur absolue inefficacité, qu'il n'y en a peut-être pas un seul, je le crois du moins, qui ne ferait comme Bogdan, Laker ont fait, c'est-à-dire qui ne se refuserai énergiquement à s'en servir pour lui-même.
Le massage vibratoire doit être appliqué, dans ces cas, avec beaucoup de précautions, si l'on ne veut pas déterminer de réaction, de sensations désagréables, de maux de tête; dans les première3 séances, surtout, il faut masser avec un petit tampon, ouvrir le nez progressivement et toujours pénétrer sans efforts. Chaque application ne doit pas durer plus de une à deux secondes ; il faut tenir ses yeux fixés sur ceux du malade et se retirer dès les premiers indices de réaction. Dans ces conditions, le malade supporte beaucoup mieux les applications successives, qui seront, en moyenne, de huit à dix, pour chaque narine, dans une même séance.
Presque tous les cas seront très notablement améliorés, si le traitement est suivi avec régularité ; si les vibrations sont exécutées d'une façon parfaite, il n'y aura aucun symptôme réactionnel, fâcheux; il ne se produit de maux de tête que lorsqu'elles sont mal exécutées. La muqueuse acquerra une grande résistance, deviendra beaucoup moins sensible; les rhumes deviendront rares et pourront même disparaître complètement; le malade respirera facilement, ne connaîtra plus ces migraines et ces incapacités de travail si fréquemment causées par les catarrhes chroniques du nez. A part les cas de rechutes graves, dus, le plus souvent, à des imprudences des malades ou à des conditions exceptionnelles, la guérison, après un traitement bien fait, durera au moins un an, et il sera prudent, à l'approche de l'hiver, de subir pendant deux ou trois ans une petite cure de massage vibratoire ; dans ces conditions, et d'après les données acquises par tous ceux qui pratiquent le massage vibratoire depuis plusieurs années, la guérison paraît devoir être définitive. Il est même certain qu'elle peut l'être, après une cure unique de massage.
Il faut s'entendre sur ce mot guérison. Lorsque les malades atteints de catarrhe chronique du nez consultent, c'est que généralement leur muqueuse a subi des transformations telles qu'elle ne revien-
dra jamais à un état complètement normal, et que les symptômes produits par sa maladie ont atteint un degré d'acuité incompatible avec l'existence normale. Je dis qu'un malade est guéri lorsque les symptômes qu'iléprouvaitsont tellement atténués qu'il ne s'en plaint plus et que sa muqueuse est fortifiée contre les nouvelles poussée?, à tel point qu'il ne s'enrhumera plus dans les conditions où il s'enrhumait facilement d'ordinaire. C'est tout ce que peut, entre nos mains, donner le massage vibratoire dans les affections catarrhales chroniques du nez, et le Professeur Chiari, son adversaire, a reconnu déjà et reconnaîtra facilement encore, j'espère, qu'avec les anciennes méthodes, on ne peut compter sur un pareil résultat. Si, au contraire, les malades venaient demander au spécialiste ses soins, à une période beaucoup plus précoce, il pourrait, sans trop s'engager, leur promettre une guérison absolument complète et définitive.
Le Dr Laker, atteint d'un catarrhe naso-pharyngien, a pu améliorer beaucoup son état en se massant lui-même ; autrefois il était très sujet aux coryzas, actuellement il ne s'enrhume plus. Il avait fait longtemps sur lui-même des badigeonnages à la cocaïne, sans aucun résultat. Moi-même, je suis atteint, depuis l'enfance, d'un catarrhe naso-pharyngien très violent, et j'ai toujours chaque année cinq ou six coryzas très intenses ; depuis que je me vibre le nez et bien que je me vibre irrégulièrement, je ne m'enrhume plus par le nez. Malheureusement, je n'ai pu arriver à me vibrer le pharynx, et l'amélioration très sensible qui s'est produite pour mon nez, ne s'est pas manifestée pour ma gorge; et, tout récemment encore, j'ai subi, aux premiers froids, une forte atteinte d'angine de Tornwaldt, qui s'est ensuite propagée vers les bronches et le nez; mais cependant, le nez a été infiniment moins atteint qu'il ne l'est d'ordinaire. Depuis neuf mois que je me masse très irrégulièrement le nez, c'est la première manifestation qui se montre du côté de cet organe devenu évidemment beaucoup moins sensible qu'autrefois.
Je ne puis résister au désir de citer l'observation suivante qui m'est communiquée par le Dr Laker, parce qu'elle se rapporte à un confrère en spécialité, le Dr Bogdan, bien connu en Autriche.
«Il souffrait, depuis l'enfance, d'un catarrhe chronique, avec gonflement de la muqueuse nasale, qui s'étendait au larynx et à l'oreille moyenne. Il était très sujet au coryza, éprouvait des céphalées continuelles, des élancements du côté de l'antre d'Highmore et toute la série des inconvénients liés d'ordinaire à cet état. Il n'avait jamais employé aucun des procédés thérapeutiques usuels, car son expérience lui avait montré qu'ils n'avaient aucune valeur. Il fut massé par Laker et guérit complètement. Le DrBogdan publiera lui-même son observation, dans un article qui va paraître incessamment dans la Wiener medicinische Presse. »
Le Prolesseur Lucœ, l'éminent spécialiste de Berlin, souffrait depuis des années d'une rhinite chronique, qui déterminait chez lui des réflexes très pénibles, migraines, etc. Quoique spécialiste très distingué, il n'avait pu obtenir aucune amélioration. Il fut massé, en 1892, par Laker, apprit à se masser lui-même, et a pu, par ce traitement, obtenir une guérison absolument complète, qu'il a bien voulu me confirmer lui-même i.