‹ Le massif du Mont BlancChapitre 19 sur 79 · L'envers de Claitière · texte numérisé non relu

L'envers de Claitière

qu'on désigne sous le nom de Petit-Rognon, puis il est forcé, par la prédominance du pic du Tacul, de se détourner brusquement vers le nord; il rencontrait donc, à l'époque glaciaire, un angle saillant formé d'une masse de protogyne, sur sa rive gauche. Cette masse de protogyne, autrefois compacte, s'est divisée en aiguilles, sous l'action des agents atmosphériques, et le glacier a coupé la

(1) Voyez la Carte générale.

plus saillante d'entre elles, au ras de sa surface actuelle, il a ruiné presque entièrement la seconde et n'a laissé subsister que celles qui ne gênaient pas trop son passage. Aujourd'hui le glacier, s'étant abaissé, laisse voir les racines de l'aiguille qui faisait l'angle, et la base des ruines de la seconde, figure 29 (1).

Le glacier primitif a donc agi sur cet angle saillant, comme un bélier; il l'a enlevé, arraché pour faire sa place. Sur les flancs de l'aiguille M on distingue parfaitement les parois profondément striées par la glace, et les ruines des aiguilles enlevées font voir comment la glace a procédé, laissant subsister les plans de retrait et creusant les miUeux plus tendres, de telle sorte que ces racines d'aiguilles permettent de reconnaître ces plans que tracent des arêtes saillantes émergeant de la neige. Cette action, que l'on peut facilement constater en petit, s'est produite en grand pendant la période glaciaire.

Mais n'oublions pas que s'il s'agit du massif du Mont Blanc, le plateau supérieur présentait une surface bossuée supportée par des rampes plus ou moins abruptes des schistes cristallins et terrains soulevés, que la présence des neiges ne pouvait avoir qu'une faible action sur ce plateau préservé de la destruction par cet épais manteau. La partie culminante du soulèvement était ainsi soustraite aux agents atmosphériques. C'est donc par les parties inférieures que l'écoulement des glaciers a commencé son travail. Quand, après de longs efforts, ces courants ont pu franchir les digues que le soulèvement leur opposait et convertir les glacières (2) d'accumulation en glaciers d'écoulement, que leur marche a été réglée, qu'ils ont pu se faire des lits ; c'est sur les parois encaissantes qu'ils ont agi, comme il vient d'être dit. En les érosant, ils faisaient ébouler les parties situées en contre-haut, et ces éboulements se produisaient en raison de la nature de la roche.

Serrons de plus près la question et prenons une partie du massif du Mont Blanc.

(1) Vue prise du Tacul; A est le sommet du mont Blanc du Tacul; B, le rognon; E, le petit rognon; D, l'aiguille du Plan. On voit en C les ruines des deux aiguilles qui formaient obstacle au tournant du glacier. La ligne I K indique la hauteur du glacier ancien.

(2) Voir le chapitre IL

Si on jette les yeux sur la figure 1, on voit que les schistes cristallins avaient été soulevés et plies pour faire place àlaprotogyne

jsri

Page 1