‹ Le massif du Mont BlancChapitre 20 sur 79 · Elargissement du val de Chamonix · texte numérisé non relu

Elargissement du val de Chamonix

et que sur ces schistes cristallins il restait des couches énormes de terrains soulevés. Les terrains disloqués et réduits en débris

par les pluies diluviennes antérieures à l'époque glaciaire remplissaient les creux et avaient été portés en partie dans les vallées basses. Il devait cependant en rester des lambeaux le long* des rampes cristallines, puisqu'on en trouve encore des traces (1).

Dès que les glaciers purent commencer leur marche, ils entraînèrent d'abord ces lambeaux qui n'avaient qu'une solidité relativement faible et qui n'adhéraient pas aux roches cristallines. Quand ce premier travail de déblaiement fut effectué, le niveau supérieur du grand glacier qui suivait la vallée actuelle de Ghamonix et passait par-dessus le Prarion pour tomber dans la vallée de Sallanches, atteignait la partie supérieure du soulèvement des schistes cristallins, figure 30 (voir en A). Ce glacier agissait en a du côté de la chaîne du Brévent, et en b du côté du massif du Mont Blanc, avec une énergie proportionnée à sa masse, puisqu'alors la distance entre ces deux rives était de plus de 3,000 mètres. Il laissait en G les débris des terrains soulevés de formation postérieure aux schistes cristallins; car il ne pouvait leur faire franchir la digue du Prarion ; mais il arrachait successivement toutes les aspérités des parois encaissantes et élargissait d'autant son lit supérieur.

Elargissant ce lit (voir en B) et trouvant ainsi plus de place, il abaissait son niveau, découvrait d'autant les berges élevées dont il avait sapé les parois et qui s'éboulaient, en laissant apparaître de grandes faces verticales des roches c. Gelles-ci, exposées dès lors aux intempéries puisque les neiges ne pouvaient s'y arrêter, se fendaient chaque jour sous l'action de la gelée et du dégel. Les parties faibles et plus tendres tombaient les premières ; les parties résistantes laissaient des témoins sous forme de contreforts. Alors ces parties faibles éboulées ouvraient des issues aux neiges supérieures qui , profitant de ces couloirs, commençaient à former des glaciers latéraux, lesquels opéraient à leur tour, sur leurs parois, comme l'avait fait le grand glacier troncal.

Le profil D indique l'état actuel de la vallée suivant une section faite du Brévent au sommet de l'aiguille du Midi. Le thalweg ancien

(1) On trouve encore de ces lambeaux dans la vallée même de Chàmonix sous la Flégëre (lias)^ en bas de la montagne de la Côte (gypse).

doit, SOUS les alluvions modernes de cailloux roulés et sous les cônes de déjection, conserver les débris des terrains secondaires soulevés qui n'ont jamais pu être entraînés. C'est sous l'action des glaciers latéraux que les crêtes E des schistes cristallins soulevés (voir en B) ont été détruites et adoucies et que les rampes de la protogyne de l'aiguille du Midi ont été ruinées.

L'existence de ces glaciers latéraux qui ont subsisté bien longtemps encore après que le glacier troncal s'était abaissé, ne permet plus aujourd'hui de constater l'altitude à laquelle ce glacier troncal atteignait primitivement, puisque ces glaciers latéraux ont entraîné les berges hmites de ce glacier troncal et qui conservaient les traces de son passage au moment de sa plus grande puissance. Entre la partie inférieure de ces glaciers latéraux et la surface externe du glacier troncal, il y eut pendant un temps fort long des parties de roches-berges qui ont gardé l'empreinte du passage de ce glacier troncal, réduit, ainsi que des dépôts de moraines latérales. Mais ce sont là des traces trës-postérieures à l'apogée de Fépoque glaciaire, car il faut bien arriver à constater, lorsqu'on examine les vallées actuelles, que Fépoque glaciaire a eu des périodes de décroissance fort longues, et que cette décroissance est due en grande partie au travail même des glaciers.

En effet, plus ceux-ci frayaient leur chemin, plus ils s'écoulaient facilement et' plus ils tendaient à s'abaisser, puisque le réservoir ne s'augmentait pas en raison de ce surcroît d'écoulement. Plus la surface d'un glacier se rapprochait du fond de la vallée, plus les parois latérales s'échauffaient sous l'action du soleil et tendaient, par rayonnement, à fondre ce glacier. Les ruines occasionnées par l'effort des glaciers latéraux sur les rampes et le long des contre-forts, adoucissaient les pentes, élargissaient les vallées et permettaient aux rayons solaires de pénétrer plus longtemps au fond des gorges primitives. Ainsi, le glacier, en travaillant à son écoulement, travaillait en même temps à son ablation. Nous nous servons à dessein du mot ablation, parce qu'en effet, c'est par retranchements successifs que le glacier est définitivement supprimé ou fondu

Toutes les grandes vallées des Alpes laissent voir encore la trace des moraines frontales qui marquent les limites successives de retrait des glaciers troncaux primitifs. Il semble que le glacier se retirait vers les hauteurs par étapes, dès qu'il avait terminé son œuvre dans les parties inférieures ; et ce phénomène est la conséquence des obstacles qu'il avait à vaincre. L'obstacle vaincu, il abandonnait la place pour continuer son œuvre plus haut. Nous allons nous faire comprendre.

On a vu que les soulèvements n'avaient pas disposé des vallées continues, ayant toutes leurs débouchés, ainsi qu'on le constate aujourd'hui. Ces vallées primitives étaient des affaissements, la plupart, des fosses plus ou moins profondes et larges, sans issues, ou du moins n'en possédant qu'à des niveaux supérieurs à l'altitude de leur fond.

Pour ne parler que de certaines grandes vallées, il est bien certain que la vallée de Chamonix était barrée à son extrémité occidentale par le Prarion ; que la vallée de Sallanches était fermée au-dessus de Cluses ; que la vallée d'Entrèves était fermée aussi au-dessus de Cormayeur par la réunion des monts Chétif et de la Saxe ; que le val Ferret suisse était clos par la jonction du Catogne au mont de la Rive-Haute ; que le val de Sembrancher était limité par une digue schisteuse formidable entre ce bourg et Bovernier ; que la vallée actuelle du Rhône ne formait qu'une suite d'affaissements avec étranglements dont l'un se trouvait au droit de Fiesch et de Ernen, un autre plus bas au-dessous de Brig, un troisième à Sierre, un quatrième à Sion, un cinquième au-dessous de Martigny et un sixième à Saint-Maurice ; de telle sorte que le profil

^,,,,,.,,,rt^,,..-.,,.<7^^^^

Page 1