INTRODUCTION
atmosphériques, noter la chronolog"ie de leur histoire, c'est, sur une plus g-rande échelle, se hvrer à un travail méthodique d'analyse analog*ue à celui auquel s'astreint l'architecte praticien et archéolog'ue qui établit ses déductions d'après l'étude des monuments.
Heureux si je puis éveiller dans quelques esprits le désir de compléter ce qu'un homme, livré à ses seules ressources, à ses connaissances imparfaites, peut entreprendre lorsqu'il s'ag^it d'observer des phénomènes de cette importance et dont l'étude exigée une patience à toute épreuve, une certaine aptitude physique et la passion des recherches excitée par les difficultés matérielles.
Peut-être les savants qui ont déjà traité ces matières avec tant d'autorité, trouveront-ils que ce livre n'a pas des allures suffisamment scientifiques.
J'écris pour tout le monde, c'a toujours été le but auquel je visais, et n'ai d'autre prétention, en donnant au public le résumé de mes observations, que de faire pénétrer, chez le plus g*rand nombre, le désir ardent d'étudier la nature, notre mère commune, et dont les enseig^nemenls sont toujours les plus sains et les plus profitables pour l'esprit.
LE
Configuration primitive du massif du Mont Blanc.
La croûte terrestre, refroidie au moment du plissement qui a formé le massif du Mont Blanc, n'avait pas encore atteint le degré de dureté qu'elle a acquis depuis. Elle conservait une certaine élasticité et mollesse, soit qu'elle fût composée de matières susceptibles de se cristalliser par refroidissement lent, soit qu'elle eût reçu les couches épaisses des lias, des terrains jurassique, néocomien, etc., demeurant encore à l'état mou et flexible.
La protogyne, dont se composent les parties les plus élevées du massif, en se faisant jour entre cette croûte qui, tout en s'épaississant et se refroidissant, tendait de plus en plus à se contracter, refoula les couches supérieures, les souleva, non comme si ces couches eussent été rigides et homogènes, mais en les plissant, les tordant pour ainsi dire, ou les faisant glisser les unes sur les autres.
Cependant, là où l'effort avait une grande puissance, des cassures diirent se produire, comme elles le feraient dans une matière gélatineuse ; de telle sorte qu'il y eut souvent courbure prononcée des couches soulevées, mais aussi, failles et larges brisures avec écartement des parois.
En effet, si les couches plissées conservaient une grande élasti-
cité par suite de leur état de mollesse, elles n'étaient pas susceptibles de s'étendre comme une matière liquide ou comme du caoutchouc, et de perdre en épaisseur ce qu'elles auraient gagné en
étendue.
Examinons la figure 1, et soit A une section de la croûte terrestre avant le plissement. Pour trouver une issue, la protogyne P (voir la section B) dut supprimer ou écarter toute la partie a h de cette croûte. Mais il faut penser que cette croûte avait une tendance à se contracter, c'est-à-dire à perdre, par suite du refroi-
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Schistes cristaH.
Mode de soulèvement.
dissement, une partie de son étendue, en s'appuyant avec une grande énergie sur le noyau qu'elle enveloppait par la force d'attraction.
Deux forces agissaient donc simultanément et en sens contraire. Les matières intérieures comprimées tendaient à briser leur enveloppe, et cette enveloppe tendait à enserrer de plus en plus ces matières intérieures.
Nécessairement, la force expansive dut l'emporter; elle souleva la croûte sur un point faible, et quand celle-ci fut arrivée à la limite de ses propriétés élastiques, elle craqua, et tendit, par suite de ces conditions, l\ se contracter, à élargir la plaie ouverte. La
protogyne soulevée repoussa les parois qui l'enserraient, les refoula elles plissa parallèlement au grand axe de la fissure.
Les terrains superposés qui composent la croûte, encore flexibles, se courbèrent parfois violemment, mais ne purent occuper plus d'étendue qu'ils n'en avaient lorsqu'ils recouvraient une surface unie.
Or, la surface plissée donnant un développement plus grand que la surface unie, nécessairement les couches soulevées laissent entre leurs fragments d'autant plus de vide qu'elles sont plus éloignées du centre. C'est ce phénomène de plissement et de refoulement qu'indique la section B faite sur le massif du Mont Blanc, perpendiculairement à la vallée de Chamonix et au val Veni.
La protogyne ayant débordé la fêlure en P, les schistes cristallins refoulés, plissés, apparaissent en G sur le versant nord et aussi quelque peu sur le versant sud, et les terrains liasiques fortement déprimés et plissés apparaissent en D, tandis qu'ils ont été enlevés sur le versant opposé et ne laissent voir que des fragments ; si bien que, de ce côté, tout le long du val de Chamonix, les schistes cristallins sont à nu. Quant aux terrains jurassique, néocomien, etc., à peine, de ce côté, si on en trouve quelques vestiges. Nous reviendrons sur les causes qui ont fait disparaître ces immenses débris.
Cette mollesse relative des couches soulevées permettait à la protogyne, qui elle-même était à Tétat pâteux, très-ferme, de se mouler entre ces couches, d'y adhérer et même parfois de les déborder ainsi que cela se voit sur les rampes de l'aiguille du Midi, côté occidental.
La protogyne, qui aujourd'hui affecte des formes prismatiques, et même parfois une apparence stratifiée, présentait au moment du soulèvement des formes mamelonnées, comme font encore les granits du Morvan et des Vosges. Mais cette substance, dont l'apparence externe était celle d'immenses rognons, en se cristallisant par refroidissement lent, se contracta et se divisa, en laissant apparaître des surfaces de retrait, suivant certains angles présentant des formes prismatiques et pyramidales. Ces surfaces de
retrait ont cela de particulier, qu'elles sont plus dures que n'est la masse intérieure, ou plutôt qu'elles présentent de plus grands cristaux et un moins grand nombre de fendillements. Entre elles, souvent, se sont formés des cristaux qui tapissent les plans de retrait et qui ajoutent à leur dureté (1).
La partie la plus élevée du massif du Mont Blanc, entièrement composée de protogyne, offrait donc primitivement une surface mamelonnée dont les mamelons étaient séparés par des plans de