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Stratification des schistes cristallins

hâtaient la ruine de l'ensemble. Le soleil échauffait ces roches dénudées et le rayonnement tendait d'autant à fondre les glaces comprises entre elles.

Cependant il nous faut voir aussi comment les schistes cristallins se ruinaient. Leur structure bien plus franchement stratifiée que celle de la protogyne, leur nature feuilletée, leur défaut d'homogénéité, leur cristallisation souvent imparfaite et mélangée, devait donner d'autres ruines que cette dernière roche.

Indépendamment des plans de stratification, les gneiss et schistes cristallins présentent, comme l'a fait voir la figure 34, des plans de retrait obliques qui font de la masse une réunion de rhomboèdres, figure 43. C'est là une structure normale qui est souvent

dérangée par des plissements, des courbures de la roche stratifiée, flexible encore au moment des grands soulèvements. Quelquefois les plans de retrait se croisent encore , ainsi qu'on le voit en A. Ces rhomboèdres atteignent des dimensions considérables ou sont très-petits, suivant que la matière, en se refroidissant et se cristallisant, se trouvait dans les conditions favorables à l'un ou l'autre de ces cas. De plus, comme il vient d'être dit, les strates montrent de grandes différences de dureté. Parfois aussi, la masse présente des mâcles, et pénétrations de polyèdres des plus confuses; des filons de protogyne, de porphyre, de serpentine, de granit, injectés à travers les fissures de la masse. Les gneiss, les schistes cristallins sont donc soumis à des causes de ruine par l'irrég^ularité même de leur constitution.

L'effort de soulèvement et de contraction, qui a fait sortir les schistes cristallins des profondeurs oii ils se trouvaient, jusqu'au niveau où nous les voyons aujourd'hui, sur les rampes du massif (hi Mont Blanc, sur la chaîne du Brévent et des Aiguilles Bouges, a produit des discordances marquées dans les couches, des failles, des ruptures qui n'ont pas peu contribué à faciliter la ruine des rampes. Quand le grand glacier troncal qui, à l'apogée de l'époque glaciaire, suivait le val de Chamonix et s'élevait jusqu'à l'altitude de 2,000 mètres et plus (1), se fut abaissé, les glaciers latéraux commencèrent leur œuvre de destruction sur les rampes du Brévent et des Aiguilles-Bouges (voir les figures 34 et 34 bis). Mais là, la forme du soulèvement qui ne présentait qu'une arête, ne se prêtait pas au creusement des vallées intérieures, comme le massif même du Mont Blanc.

Quelques témoins restèrent au milieu de l'immense déblai de matériaux que ces glaciers latéraux opérèrent et dont nous voyons encore les lits si bien caractérisés depuis Plaii-Praz jusqu'au col des Montets.

Aux deux extrémités du massif même, c'est-à-dire du côté de Saint-Gervais au sud-ouest et du Catogne au nord-est, les schistes cristallins élevés à peu près au niveau du soulèvement de proto-

(1) A 1,000 mètres au-dessus du village de Chamonix.

gyne, forment comme deux contre-forts extrêmes qui maintiennent le grand axe (voir la figure 12). Ces schistes cristallins sont d'une structure excellente du côté du sud-ouest, le plus élevé ; moins résistantes du côté du nord-est, le plus bas, où ils n'apparaissent plus en si grande masse et n'ont pu percer avec autant d'énergie la couche des terrains liasiques.

Les schistes cristallins qui forment l'aiguille du Goûté, le Bionnassay, et qui s'étendent jusqu'au col du Bonhomme, ont opposé aux agents atmosphériques une résistance plus grande que la protogyne elle-même et se ruinent plus lentement. Toutefois, le principe de structure de ces schistes étant celui dont nous avons présenté les dispositions, la ruine se fait en raison de ce principe même, c'est-à-dire que les rhomboèdres soulevés sont ruinés dans les parties les plus tendres et parfois enlevés totalement.

Alors, il reste, à la place du rhomboèdre enlevé, un creux qu'occupe le névé.

Le soulèvement des schistes cristallins sur ce point ne devait pas présenter la physionomie de la protogyne, mais au contraire des arêtes tranchantes ou sommets assez aigus qui durent être altérés promptement par les agents atmosphériques, puisque les neiges ne pouvaient les couvrir également d'un épais manteau.

Nous avons vu, figures 1 et 11, que la jonction des schistes cristallins avec la protogyne, côté du val de Chamonix, présente un plan vertical, à peu près parallèle au grand axe du soulèvement. En descendant de la ligne de jonction, dans la vallée, on reconnaît que les strates des schistes tendent à s'incliner en éventail, ainsi que l'indique la figure 44. Quel aspect présentait la déchirure des schistes cristallins et gneiss AB et des schistes micacés AC, au moment du soulèvement?

Nous ne pouvons, à cet égard, que fournir des conjectures. La matière refoulée, plissée, manquait pour former une voûte continue au-dessus de la protogyne. Elle avait dû se fendre, nécessairement, pour la laisser passer. Mais, comme il fallait que ces schistes eussent conservé encore, à ce moment, un état de mollesse et d'élasticité qui leur permit de se courber comme il est arrivé sur bien des points, la brisure C AB ne devait présenter qu'un

aspect irrégulier. Quoi qu'il en soit, les fêlures de retrait, coupant la stratification des schistes cristallins, se déterminèrent comme si la matière eût été dans son état normal et formèrent des rhomboèdres immenses composés d'une multitude d'autres (1) et la ruine s'opéra en raison de cette structure ; c'est-à-dire que les rhomboèdres résistèrent ou se détruisirent en raison de leur plus ou moins grande dureté ou de la place favorable ou défavorable qu'ils occupaient par rapport à la protogyne,

Là, où la protogyne se maintenait, opposait une résistance à la destruction, comme on l'a vu ci-dessus, les schistes cristallins, protégés, se maintenaient aussi.

Là, où la protogyne, ruinée par les névés et les agents atmos-

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