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Jonction des schistes cristallins avec la protogyne

phériques, laissait passer un courant glaciaire, les schistes étaient entraînés et faisaient place. Cependant, sur beaucoup de points, ils opposèrent une longue résistance, soit parce que leur contexture était particulièrement tenace, soit parce que la matière était plus dure. Entre les lits des glaciers, restaient des arêtes fort altérées elles-mêmes, mais dominant cependant la surface des grands courants latéraux, comme des côtes, ainsi qu'on le voit en EFG, donnant la section du lit de ces glaciers latéraux. Toute la partie CABE des schistes cristallins, dont nous ne pouvons supputer

(1) Nous employons ici, pour les gneiss , les schistes cristallins , la qualification stratifiée, bien que l'examen de ces roches nous laisse, sur bien des points, des doutes à cet égard et que ces prétendues stratifications puissent souvent être prises pour des plans de retrait. Cette réserve, que nous avons faite relativement à la protogyne, serait moins absolue lorsqu'il s'agit des gneiss et schistes cristallins.

exactement la section de surface, au moment du soulèvement, fut successivement détruite, d'abord en G A, parle grand glacier troncal, puis de A en B, par le travail des glaciers latéraux. Conformément à ce qui a été dit plus haut, la destruction des rampes avait commencé par le pied de G en A, puis s'était successivement propagée en remontant vers les points culminants.

Les ruines de ces schistes cristallins, de ces gneiss, n'affectent pas toutefois l'apparence pyramidale ou prismatique, singuhèrement aiguë parfois, dentelée d'une façon étrange, des protogynes ; elles présentent, au contraire, une régularité géométrique qui est la conséquence de la structure. G'est surtout à grande distance

45, — Le sommet du Mont Blanc.

et de points élevés qu'on est frappé de l'aspect régulier de ces ruines.

Ainsi, par exemple, l'aspect du massif du Mont Blanc, pris du signal, au-dessus du col de Balme, est fidèlement reproduit par la figure 45. Les schistes cristallins, encaissant la protogyne, suivent une ligne qui passe par les lettres ab ce\ S étant le sommet du Mont Blanc, e le dôme du Goûté et / l'aiguille du Goûté. Sur toutes les pentes formées par ces gneiss, on voit apparaître les rhombes, régulièrement disposés, et ces côtes kyl,o^ réservées entre les glaciers latéraux et dont la figure 44 donne le profil.

Relativement aux gneiss, on constate que la protogyne présente

un aspect désordonné, mâclé (1), des défauts de parallélisme que l'on n'observe pas dans les schistes cristallins qui, lorsqu'ils sont purs, résistent puissamment et ne présentent pas ces amas de blocs entassés, disjoints, branlants, qui caractérisent les sommités de protogyne.

Quand ces roches encaissantes des schistes cristallins furent cependant entamées par les glaces et surtout par l'action atmosphérique, que leurs pentes réglées mirent à nu la masse de protogyne, le temps attaqua énergiquement celle-ci et y produisit les ruines que nous voyons aujourd'hui. La figure 45 montre comment les immenses amas de névés, accumulés sur les rampes nord de la sommité du Mont Blanc et qui s'étendent de l'aiguille du Midi h à l'aiguille du Goûté /, firent leur chemin en B (2) jusque dans la vallée.

Sur cette ligne, il s'était produit, dans la masse des gneiss, de profondes cassures causées par l'effet du soulèvement principal (3). Les glaces trouvèrent donc des points faibles sur cette partie de la rampe du massif, brisèrent les obstacles et descendirent en droite ligne dans le glacier troncal, laissant comme berges l'aiguille du Midi et l'aiguille du Goûté, la montagne de la Côte m et les rampes de la Pierre-Pointue jo. L'aiguille du Midi, dont toute la partie supérieure est formée de protogyne, se détruit journellement ; l'aiguille de Goûté, composée de schistes cristallins, ne paraît pas subir d'altération et conserve ses arêtes intactes.

Mais l'encaissement des schistes cristallins sur les rampes nordouest du massif ne permit pas à la glace, sur tous les points, de faire un trajet aussi direct. Si la raideur de la pente, au droit du Mont Blanc, favorisait une émission directe, la largeur du massif au droit du ïacul et du Géant, le peu de pente relative, permettaient aux gneiss d'opposer aux courants glaciaires des digues qu'ils franchirent difficilement, qu'ils ne purent détruire totale-

(1) L'espace g indique le lit du grand glacier latéral qui existait à la base des aiguilles du Midi, du Plan et de Blaitière, à la fin de l'époque glaciaire ; 7i, une étape de retrait de ce glacier; i, le glacier actuel des Pèlerins.

(2) Glacier des Bossons.

(3) On observe encore une de ces cassures bien apparente, qui s'étend de la Pierre à l'Echelle jusqu'à la moraine droite du bas du glacier des Bossons.

ment, mais dans une faille desquels ils finirent par se frayer un lit étroit. Telle est la Mer de Glace au point où elle prend le nom de Glacier des Bois, tel est aussi le Glacier de l'Argentiëre à sa partie inférieure.

On remarquera (1) que la Mer de Glace dut être longtemps barrée par le soulèvement des gneiss qui réunissait l'aiguille de Bochard au Montenvers et à la Filiaz, qu'elle atteignit une altitude déplus de 2,000 mètres (2) et qu'à grand'peine, profitant d'une brisure dont oq trouve les traces au-dessous du Chapeau (3), le courant arracha les roches, se fit un lit et ne put descendre dans la vallée qu'en faisant un coude prononcé vers l'ouest. Le même fait se produisit au glacier de l'Argentière ; après être descendu directement du sud-est au nord-ouest, le courant fut contraint, par la disposition et la résistance de la base des gneiss , de se détourner brusquement vers l'ouest.

La ténacité de ces gneiss sur la partie nord-ouest du massif opposa donc longtemps une résistance au courant glaciaire troncal; puis, quand celui-ci eut enfin déblayé son lit, ces gneiss formèrent les berges qui durent être laborieusement tranchées pour laisser la voie aux glaciers descendant perpendiculairement au glacier troncal des sommités du massif. Alors ces derniers courants n'étaient que des courants latéraux, des affluents. Pendant bien des siècles, leurs embouchures se tinrent à un niveau de 2,000 mètres d'altitude, c'est-à-dire au niveau de la surface du glacier troncal, et ce ne fut qu'après l'ablation de celui-ci que ces glaciers affluents abaissèrent leurs embouchures aux dépens des anciennes berges et en ruinant leurs parois.

Du côté italien, le peu de largeur de la vallée, l'escarpement abrupt de la protogyne, le peu de résistance des lias encaissants, l'absence presque complète de gneiss, produisit des résultats très-

(1) Voir la carte générale.

(2) Le Montenvers, altitude 1,921»» ; le courant glaciaire dépassa ce niveau de plus de 300 mètres.

(3) A la base de l'aiguille de Bochard, on signale, en effet, des lias, des cargneules, dont la présence indique un renversement des schistes cristallins sur ce point, et par conséquent une contexture faible qui a été en grande partie enlevée par le glacier.

différents. Les glaciers affluents, courts, rapides, descendirent directement dans le glacier troncal en ravinant profondément les rampes dé la protogyne et laissant subsister entre ces ravins des aiguilles d'une acuité prodigieuse.

Ainsi , la sommité du Mont Blanc , qui du côté de la vallée de Chamonix est étayée par ces grands contre-forts de schistes cristallins dont notre figure 45 montre le large empattement, s'élève, du côté du val Yeni et du val Ferret italien, sur le bord de l'escarpement, figure 46 (1). Les schistes cristallins n'existent pas à la base de cet escarpement, mais seulement une bande assez peu

Le orlacier'de la Brenva.

élevée et renversée de terrain liasique. La protogyne a donc été profondément ruinée , n'ayant plus cette base solide qui l'encaisse sur l'autre versant. Les aiguilles qu'elle a laissées comme témoins sont prodigieusement altérées sur leurs parois, d'oii à chaque instant se détachent des blocs de toutes dimensions et une poussière fine (2).

(1) Vue prise au-dessus d'Entrèves, en montant au col Ferret.

(2) A est la partie postérieure visible de la cime du Mont Blanc; B, Peuteret et les Dames-Anglaises ; C, les monts de la Brenva ; D, le glacier de la Brenva.

C'est par ce flanc sud-est que la destruction du massif s'effectuera. Les glaciers ont commencé par l'entraînement des parties les moins résistantes. Plus ils ont déblayé, plus ils ont mis à nu les parois, plus le soleil et la gelée ont d'action sur elles, et plus elles s'éboulent. On voit en R les souches qui, aujourd'hui, émergent de la glace, des cristaux qui réunissaient primitivement

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