Décomposition des rhomboèdres
les monts de la Brenva C aux aiguilles des Dames-Anglaises et de Peuteret. Entre ces deux arêtes (de la Brenva et de Peuteret) il y avait certainement une dépression de la masse, mais non ce profond ravinage, puisqu'on voit la base de la ruine des cristaux intermédiaires. Les cristaux plus homogènes et plus résistants, dans le voisinage des grands plans de retrait, ont résisté là comme partout, et la masse plus fendillée, moins résistante, intermédiaire,
a été enlevée par les névés et les glaces, puis charriée en sable et en cailloux jusque dans les basses vallées.
Revenons aux schistes cristallins et gneiss, dont les ruines présentent un tout autre aspect et, à moins de brisures préalables au moment du soulèvement, ne se creusent pas aussi puissamment, ne montrent pas ces témoins formidables, ces grandes aiguilles aiguës que laisse la protogyne.
La masse plus tenace des gneiss, dès que les aspérités de la surface ont été ruinées, forma une assiette résistante et qui ne se laisse pas entamer facilement ; les rampes, relativement douces et accessibles, ne se creusent pas et ne se décomposent qu'à la surface. La formation rhomboédrique étant évidente, les aiguïtés, les sommets soulevés se ruinent, conformément à la figure 47. Soit A la masse intacte des schistes cristallins et aussi des gneiss.
Les rhomboèdres a les plus exposés aux intempéries sont altérés et laissent à la longue, à leur place, des alvéoles bornées parles rhomboèdres ^, et ceux de derrière c.
Ces alvéoles maintiennent les débris des rhomboèdres a jusqu'à ce que les névés et les glaces les entraînent (voir en B). Puis arrive le tour des rhomboèdres c qui se ruinent, étant découverts, ainsi que les rhomboèdres b. De proche en proche, la ruine attaque ces masses cristallines, mais laisse toujours apparaître une sorte de siège avec son dossier et ses bras, singulièrement propre à conserver les neiges.
La décomposition des roches schisteuses cristallines qui forment la montagne de la Côte A, la montagne des Jours B et la montagne des Faus C, figure 48 (i), contre-forts qui séparent le glacier des Bossons du glacier de Taconnaz, et celui-ci du glacier du Bourgeat, montre comment les rhomboèdres d'arêtes laissent par leur destruction successive ces sièges favorables à la conservation des neiges.
Mais les schistes cristaUins, les gneiss n'ont pas toujours cette belle formation régulière qui leur permet de résister longtemps aux agents atmosphériques et fait que leur destruction est, pourrait-on dire, méthodique. Ces systèmes cristaUins présentent
(1) Vue prise de la Pierre-Pointue.
souvent des enchevêtrements très-étranges de cristaux, entre leurs plans de stratification.
Ils sont mâclés, offrent des groupes beaucoup plus résistants que d'autres, des formations imparfaites, au milieu desquelles apparaissent des matières étrangères, porphyritiques, granitiques, des filons de mica, des parties de schistes feuilletés, des pétrosilex, etc.
Alors la destruction, bien que se conformant aux mêmes condi-
Schistes cristallins. La montaene de la Côte et celles des Jours et des Faus.
tions, est irrégulière. Telles sont les roches qui dominent la Flégère et s'élèvent jusqu'à la Floria au nord, et jusqu'aux Aiguilles- Rouges à l'est, figure 49 (1).
On voit ici que si les groupes cristallins se pénètrent, se mâclent, cependant la destruction a opéré comme il a été dit ci-dessus, attaquant les parties tendres ou les plus exposées, creusant les faces des rhomboèdres (voir en A), et arrivant, conformément à la nature même de la roche, à former ces sièges oii la neige se repose et persiste. Aujourd'hui, le grand glacier latéral qui descendait jusqu'à la Flégère, et qui couvrait toute la surface moutonnée BBB,
(1) Prise des rampes de l'aiguille du Bochard.
est réduit h la petite flaque G, et laisse voir, dénudé, rancien lit sillonné parles lignes de plans de jonction des groupes cristallins détruits, dont les débris ont été transportés dans la vallée parles glaces.
Il est donc possible dans une certaine mesure, par tout ce qui vient d'être dit sur le mode de destruction des roches, de supputer le volume des parties enlevées, de compléter les portions des groupes cristallins dont il ne nous reste que des ruines ou même des souches usées, limées par le passage des glaces. Et de ces observations, il résulterait : 1° que l'altitude actuelle des sommets, atteint celle des parties les plus élevées des soulèvements primitifs ; 2^* que ces soulèvements, s'ils n'ont guère perdu de leur altitude, ont énormément perdu de leur masse par l'altération des pentes, par la ruine des parties saillantes latérales, par l'élargissement des vallées, la destruction des digues qui , partout, barraient les dépressions dans la matière soulevée ; 3° que les massifs de soulèvement présentaient des plateaux supérieurs plus ou moins plans ou bossues, qui ont été ravinés, creusés successivement par le concours des névés, des glaces et des variations considérables et brusques de la température ; 4'' que cette destruction des pentes, cette altération des plateaux a eu pour résultat de combler les parties les plus basses des dépressions produites par le soulèvement, d'envoyer, jusque dans les plaines, d'immenses cônes de déjection qui ont formé les grandes vallées et ont régularisé le cours des rivières et des fleuves ; 5^ qu'en concourant à ce grand travail, en l'ébauchant, les glaciers ont eux-mêmes contribué à leur ablation.
Comblant les dépressions, remplaçant les glacières par des cours de glaces, ruinant les pentes et les adoucissant depuis les parties inférieures jusqu'au niveau supérieur des plateaux, rompant les digues, transportant au loin les débris des escarpements sapés, les glaciers laissaient plus facilement pénétrer la chaleur du soleil, au milieu de ces soulèvements. Ils s'abaissaient alors sous cette action solaire et découvraient d'autant les parois qui leur servaient de berges. Celles-ci, plus exposées à la gelée et à la chaleur, se ruinaient plus vite et renvoyaient par rayonnement la chaleur sur ces glaciers.
« HAPITRK IV.