CHAPITRE V
r)5. — Point terminal du glaciei* des Ro^ssons. (P. 107.)
ait fait reculer de cinq cents mètres ce point B au point D. Mais si le point B est en D, l'épaisseur du glacier est beaucoup moindre, de trente ou quarante mètres, par exemple; son activité, moindre aussi ; il s'avance moins rapidement, et arrive à son extrémité inférieure à un état de neutralité presque complète. Survient, pendant plusieurs années, une grande abondance de neiges, des étés humides; le réservoir A s'emplit prodigieusement. Mais, si plein qu'il soit, il ne peut guère avoir d'action sur cette longue langue C D de glace. S'il la refoule, ce ne peut être que dans les parties supérieures on alors il se forme des bourrelets, des séracs ; puis de ce chaos de glaces anciennes et d'apports récents naît un nouveau glacier G H sur l'ancien. Il se passe encore bien des années avant que cette couche nouvelle ait reconquis le terrain perdu (1) et soit revenue au point B. Mais ce n'est pas le point D, déduction faite de l'ablation estivale, qui atteint ce point B; c'est le point H.
On a la preuve évidente de ce fait au bas du glacier des Bossons. La nouvelle couche glaciaire qui, en 1835, atteignait presque la route de Ghamonix et barrait la vallée, ayant reculé depuis cette époque par suite de l'ablation du glacier, a mis à découvert une partie de la surface supérieure du glacier qui, vers 1770, avait son point terminal au-dessus du point terminal actuel. Il y a tout lieu d'admettre que la couche nouvelle recouvrant complètement l'ancienne et la surpassant, par suite de son activité plus grande, les deux courants se soudent ; mais la soudure des deux masses ne peut supprimer les poussières et pierres qui recouvraient la plus ancienne, pierres et poussières qui se trouvent ainsi prises entre deux glaciers et établissent une séparation qui constate, d'une manière évidente, le recouvrement d'un courant par un nouveau, figure 55 (2). A, glace ancienne recouverte en partie par des débris de la moraine B, débris qui se retrouvent pris sous le courant plus
(1) Vers 1770, les glaciers du Mont Blanc étaient très-bas. En 1835, ils ont atteint leur apogée; or, les hivers de la fin du dernier siècle ont été longs et froids; de 1812 à 1818, les hivers ont été, de même, froids ou les étés très-humides. L'hiver de 1829- 1830 a été particulièrement rigoureux.
(2) Bas du glacier des Bossons , pris des rampes en face , à l'altitude du chalet des Bossons, B (juillet 1873).
DES MORAINES
moderne C. L'adhérence est si parfaite, actuellement, entre les deux courants, qu'un petit cours d'eau glisse le long de la jonction et s'engouffre en t dans un moulin (1).
La coupe du glacier des Bossons, faite sur E C B, figure 56, explique clairement la situation des deux courants, un peu audessus du point terminal. La partie g, plus ancienne, est recouverte de débris morainiques m. La crue k a recouvert l'ancien glacier en se soudant à sa surface ; la ligne ponctuée /, n^ indique la section du glacier en 1835.
On observera que l'ancien glacier g a fondu beaucoup plus du côté de la rive droite, regardant le sud-ouest, que du côté de la rive gauche, regardant le nord-est, tandis que le nouveau glacier s'est comporté différemment. Nous allons, de ce fait, tirer une conséquence assez importante.
En 1835, le dos du glacier des Bossons atteignait la crête de la