‹ Le massif du Mont BlancChapitre 34 sur 79 · Strates d'un {placier, crevasses · texte numérisé non relu

Strates d'un {placier, crevasses

sée sur un lit rugueux et cette bande assez chargée d'une matière flexible C pour l'obliger à se prêter à toutes les inégalités de l'assiette. Supposons une action de tirage en A. Il y aura résistance en a par suite du frottement sur une surface rugueuse et immobile, absence de résistance en h, puisque la masse tout entière C provoque le mouvement de tirage. Comment le caoutchouc se comporte-t-il? Les molécules supérieures tendront à se déplacer, tandis que les molécules inférieures résisteront au déplacement ; d'oii , des zones de tirage dans la masse qui , du tracé T, arriveront au tracé Y^ figure BT^". Mais si la masse est homogène, si elle est douée d^uties qualité élastique puissante, supérieure aux résistances j il faudra bien que les molécules ae suivent le rtïduvément pi^ondncé en fg. L'observation vient appuyer la théorie^ oii plutôt, la théorie n^est établie que sur l'observatioil.

La glace est douée de propriétés multiples. Elle se dilate par la regélation de l'eau qu'elle contient ou qu'elle absorbe, et par d'autres causes encore obscures; elle est plastique, c'est-à-dire ([u'elle se prête à toutes les formes qu'on veut lui donner et après avoir été réduite en fragments, si elle subit une pression sous une basse température, elle se moule suivant le creux dans lequel on l'enferme. Ainsi d'un morceau de glace, on peut faire un cylindre, une sphère, une pyramide, une baguette, une tablette. Donc, le parallélipipède Imno (fig. S7) peut devenir le polyèdre /' m ri d (fig. 57^''). L'épaisseur fa, après le tirage, sera nécessairement moindre que l'épaisseur ha avant le tirage et la masse

57 bis. — Strates d'un glacier, crevasses.

élastique, aura gagné en longueur ce qu'elle a perdu en épaisseur ; elle aura avancé irrégulièrement, en un mot.

Il est certain que le glacier n'est pas tiré à sa partie inférieure comme la bande de caoutchouc, mais il se dilate, et cette dilatation de toutes ses parties étant en raison directe de la masse, c'est au point de sa section où le glacier est le plus large et le plus épais que cette dilatation est plus puissante. S, étant la section transversale d'un glacier (voir figure 57*'*).

La dilatation la plus considérable â lieu de 6' en t transversalelilent et , longitudinalement , en p, c'est-à-dire près de la surface ëxtértie. Si, en s et /^ il y a défaut de puissance longitudinale, les berges, de plus, ralentissent le mouvement d'extension en avants produit par la dilatation; en p^ cette action n'est point gênée*

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elle s'exerce librement, tandis qu'elle est moins puissante audessous et est entravée par le frottement sur le lit. Ainsi, la partie centrale supérieure s'avance plus vite que les bords s et t. plus vite que la partie ?' touchant le lit, et, de fait, l'action produite longitudinalement équivaut à une action du tirage, comme celle qu'indique la figure 57^"'.

Mais, si Ton tend une bande de caoutchouc, non-seulement on lui fait perdre en épaisseur, mais aussi en largeur, ce qu'on lui fait gagner en longueur; il n'en est pas de même du glacier qui ne subit pas une action de tirage , mais en produit une de dilatation. Si la dilatation longitudinale du glacier a pour effet de faire avancer plus vite son milieu que ses bords et sa surface que son lit, la dilatation dans le sens transversal a pour effet de compenser la diminution latérale produite par le mouvement plus actif du milieu. Il y a donc tension longitudinale et tension transversale, et ces deux actions, qui se contrarient, ont pour effet de produire des ruptures, des fêlures transversales ou obliques, surtout près des bords, fêlures qui s'élargissent par l'effet de la tension inférieure et la fonte estivale. Ces fêlures, ces crevasses, ainsi qu'on nomme les ruptures transversales de la masse, sont habituellement perpendiculaires aux zones de tension l' 7i' (voir fig. 57 ^*''), c'est-à-dire, suivant h, t, inclinés vers l'amont ; mais, comme la partie supérieure du glacier marche plus vite que sa partie inférieure, ces crevasses tendent à se relever, suivant la ligne h' f et même à s'incliner en sens opposé suivant la ligne h!' t" ; dans le cas h' t' la tension de la glace aura formé une nouvelle crevasse n' t" et toutes deux, suivant le même mouvement, produiront la section h"t" up; puis, de nouveau, la tension occasionnera une troisième crevasse ar. Ces crevasses forment, dès lorSj un réseau compliqué qui tend à disloquer le glacier et à hâter son ablation (1).

Il ne peut être mis en doute que la tension produit les crevasses, car celles-ci ne se montrent que lorsque le glacier s'est constitué, qu'il établit un courant. Les petits glaciers supérieurs

(1) Voyez Tyndall. Glaciers of tke Alps.

qui se forment parfois, même au-dessus de l'altitude des névés et là où les neiges s'imbibent de l'eau des fontes sous l'action des rayons solaires ou du fœhn (vent du sud-est), n'ont pas de crevasses ou ne commencent à en montrer qu'à leur partie inférieure. Mais il arrive que sur le dos d'un glacier, et vers le milieu de son cours particulièrement, c'est-à-dire aune altitude de 2,500 à 3,000 mètres, on voit, ou plutôt on entend ces crevasses se faire, car en se fendant, par suite de la tension de la masse, le glacier produit de véritables détonations suivies d'un sifflement. Ces fissures, qui n'ont d'abord que 1 ou 2 centimètres de large, s'ouvrent en peu de temps et l'eau de la surface s'engouffre dans ces vides en donnant passage à quantité de bulles d'air.

De tous les phénomènes de nature à causer une vive impression sur les altitudes, il n'en est pas qui produise une émotion plus vive ; et les guides les plus résolus eux-mêmes perdent leur sangfroid lorsque le glacier se fend ainsi sous leurs pieds avec détonations et sifflements sinistres, bien que jamais une crevasse ne s'ouvre instantanément de plus d'un pouce.

M. Desor rend compte, dans ses Excursions et séjours sur les glaciers, d'une de ces débâcles sèches sur le glacier de l'Aar, et il ajoute : <( De l'ensemble de ces observations, il résulte que la formation des crevasses a lieu de préférence par les nuits froides, après des journées très-humides, et ce fait semble militer fortement en faveur de la théorie de l'infiltration. En tous cas, la formation brusque des crevasses qui se propagent avec une extrême rapidité sur une très-grande étendue me parait une objection capitale contre la théorie de semi-fluidité. Comment, en effet, concevoir une tension et une rigidité telles que le supposent nécessairement toutes les circonstances réunies des crevasses, si l'on admet que le glacier est un corps semi-fluide , se mouvant à la manière des laves (1)?»

Nous ajouterons à ces observations que, ces crevasses se formant pendant un abaissement de la température et après que le glacier a été fortement saturé d'eau, il faut bien admettre que la

(1) Desor, Excursions et séjours dans les glaciers, p. 489.

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regélation à une action puissante sur la masse, quoique l'oscillation du thermomètre plongé dans cette masse soit à peine sensible, lorsque l'air extérieur passe de + T"" ou B*" à — 3^ ou 4\ La crevasse n'est qu'un produit d'une tension, et la tension ne se peut manifester que si la glace se dilate.

Si le lit présente des bosses qui forcent le courant glaciaire à faire le dos d'âne pour les franchir, les crevasses transversales sont répétées et ouvertes à la partie supérieure; si, au contraire, le glacier descend sur Un lit uni et peu incliné, les crevasses sont plus rares et régulièrement distantes. Près du point terminal, elles ne se produisent plus, parce que là l'action de la

^1 ter. — Strates d'un glacier.

tension devient nulle en été, moment delà marche accentuée des glaciers. Ces crevasses transversales sont dites aussi latérales^ parce qu'en effet elles se produisent plus ouvertes latéralement que sur J'axe, à cause du mouvement plus rapide du courant central; mais elles traversent souvent d'un bord à l'autre le glacier, ou habituellement se chevauchent, ainsi qu'on le voit en M, figure 57 **'* ; phénomène suffisamment expliqué par la tension et le mouvement plus rapide au centre de la masse. Quant aux crevasses marginales, qu'on n'observe que sur les cours extrêmes des glaciers, et qui sont parallèles aux bords, elles ne sont produites que par la séparation de la glace d'avec les rives. Les glaciers encaissés finissent au point terminal, en queue isolée des berges. Cette queue, c'est l'axe longitudinal du glacier qui possède l'activité la plus puissante et s'avance le plus loin.

Et la preuve de ce ralentissement, produit dans le courant par

le frottement sur le lit et par la pression qu'exerce la partie supérieure, c'est l'apparence X, figure 57'"% qu'affectent les couches ou strates à l'extrémité des glaciers. Le mouvement étant plus prononcé à la surface supérieure qu'au fond, les strates se courbent, ainsi que le montre notre section longitudinale. Cette disposition des strates est parfaitement apparente au glacier de l'Argentière, au-dessous des derniers séracs. La glace est donc à la fois plastique et élastique puisqu'elle s'étire, se courbe, s'allonge ou se comprime sans se briser (1).

Mais pourquoi ces strates l' n! o'ni! , figure 57^'% strates plus ou

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