Phénomènes relatifs à la marche des glaciers
moins rapprochées, mais que l'on observe dans la plupart des glaciers? Ces couches indiquées en C, figure 57, dans l'état normal, c'est-à-dire perpendiculaires au lit, sont produites par le phénomène de regélation et de plasticité propre à la glace. On ne les observe guère que dans les glaciers encaissés et produits par de puissants approvisionnements de névés.
Soit, figure 58, une masse A de névés s'éboulant en avalanche sur la pente C D. L'hiver, les avalanches ne sont que des traînées
(1) Nous ne croyons pas utile d'insister ici sur les diverses théories émises par un certain nombre d'observateurs des glaciers, à propos des crevasses et de leur formation. Voir les observations de MM. Forbes, Tyndall, Ch. Martins. L'ouvrage de M. le major Hiiber (William) résume ces observations de la manière la plus claire.
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Les névés glissent comme de la cendre sur les pentes, ils n'ont pas d'adhérence et tombent en poussière. Alors les glaciers sont immobiles, les alternances de dégels et de gels n'existent pas à ces hauteurs ; il n'y a pas regélation ; partant, pas de dilatation ; partant, pas de mouvement. L'été, il n'en est pas ainsi. Les bas névés comprimés, déjà pénétrés d'eau regelée, sont compactes et se brisent par grands parallélipipèdes (voir les fig. 22 et 23). Ils ne tombent en masses qu'à certains moments de la journée, suivant l'action plus ou moins active du soleil. La nuit, le calme se fait, tout cela regèle (1). Les approvisionnements sont donc donnés aux glaciers par distributions quasi-régulières, de telle sorte que ces éboulis composent des tranches séparées régulièrement , par une légère croûte d'eau qui s'est glacée pendant la nuit. Ainsi commencent à se ranger dans un certain ordre des tranches de glaces non encore bien formées, mais séparées cependant, présentant une série d'arêtes a qui vont en diminuant de relief, à mesure que la glace descend et se soude. Aussi voit-on ces reliefs-bandes se prolonger assez loin du point de chute (2). Mais si ces couches (voir fig. 57) tendent à s'incliner de plus en plus vers les parties basses du glacier, elles tendent aussi à se courber (suivant la projection horizontale) ainsi que l'indique la figure 51, puisque l'axe longitudinal marche plus vite que les bords ; si bien, que les plans séparatifs des zones ou tranches h forment des portions de cônes, lesquelles tranches tendent à conserver plus d'épaisseur au milieu du courant glaciaire que sur les bords et à donner au glacier une surface externe bombée, à concentrer sa puissance suivant le grand axe et lui permettre ainsi de mieux résister à l'action des rayons solaires , de manifester une action plus active de dilatation suivant ce grand axe et de se débarrasser sur ses bords des poussières et pierres répandues sur sa surface.
Quand un glacier décroit, qu'il ne remplit plus ses moraines latérales, on remarque, non sans étonnement, que ses bords sont souvent escarpés, ainsi qu'on le voit en B, figure 58, et on se
(1) En été, il est très-rare d'entendre des avalanches pendant la nuit.
(2) Ce phénomène est très-visible à la droite des grands Mulets, entre ces roches et les bases du mont Maudit.
demande pourquoi le courant glaciaire ne procède pas comme un liquide en touchant ses berges, suivant la ligne de surface g h. C'est, comme nous venons de le démontrer, que le glacier tend . toujours à réunir sa masse suivant son axe longitudinal. La réverbération des rayons solaires sur les moraines ou berges rocheuses tend aussi à fondre les parois latérales du courant glaciaire, surtout si les bords ne sont pas très-couverts par les débris transportés. Car, si ces bords sont très-abrités sous cette couche de sables et de pierres, la glace résiste mieux à Faction solaire que si elle était débarrassée de toute souillure. Cependant il faut encore, à ce propos, établir des distinctions. — Car, dans cette étude des glaciers, les actions contraires se rencontrent à chaque pas, et compliquent singulièrement les questions.
Un grain de sable, une petite pierre isolés sur le glacier, absorbant, à cause de leur teinte obscure, une plus grande quantité de calorique que la surface blanche de la glace, rayonnent et forment autour d'eux une petite cavité, de telle sorte que chacun de ces débris se trouve au fond d'un, cône renversé (voir en E, fig. 58). Si, au contraire, c'est une large pierre plate qui repose sur le dos du glacier, celle-ci protège la glace sous son lit et la fait fondre par rayonnement autour de ses bords, surtout du côté exposé au soleil (voir en F, fig. 58), et finit par glisser de ce côté o plus rapidement fondu, tandis qu'elle continue à protéger de son ombre le côté/? (1).
De même aussi, lorsqu'un amas de sable tombe sur le glacier, cette couche locale protège la glace sous-jacente , ralentit sa fonte, et bientôt cette plaque sablonneuse recouvre un cône saillant de glace, d'autant plus régulier que l'amas est d'une épaisseur plus égale.
Ainsi voit-on sur la surface d'un courant glaciaire des tumuli parfois régulièrement espacés, produits par de petites avalanches périodiques de gravier descendues des sommets.
Si donc les roches ou grains de sable séparés tendent à activer la fonte, lorsque ces débris présentent une couche épaisse, ils
(1) C'est ce que Ton désigne sous le nom de Tables.
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la suspendent et peuvent, ainsi que le nriontrent les figures 53 et 53 bis, conserver des glacières pendant un temps très-long.
Nous avons dit que les moraines frontales ne présentent pas et ne peuvent en effet présenter la régularité des moraines latérales. Elles se composent : des débris, des éboulis qui tombent dans les crevasses, sont charriés dans les flancs du glacier, et surtout de l'apport des moraines médianes (fig. 52). Il en résulte qu'au point terminal du glacier, toute moraine médiane forme un tumulus.
Au sujet des moraines frontales, de longues discussions se sont élevées parmi les savants. Nous n'avons d'autre prétention que d'apporter ici certaines observations nouvelles qui pourront, peut-être, éclairer cette discussion. Tous les savants explorateurs de glaciers reconnaissent que les lits de ces glaciers présentent des roches usées, moutonnées, qui ne peuvent laisser de doute sur l'action puissante de frottement, exercée par la glace sur ces lits, et cependant, — dans les parties inférieures des glaciers, sur ces lits , reposent des pierres assez menues , que la glace ne semble nullement balayer devant elle, qu'elle laisse à leur place. Il faut ici distinguer.
Il y a lit et lit. Parfois le lit d'un glacier présente une section très-concave ou même en forme de Y ; parfois, au contraire, il est bombé. Dans le premier cas, le courant glaciaire est encaissé et agit puissamment sur ses bords en ne produisant au thalweg qu'une action à peu près nulle (voir les figures 27 et 30). ])ans le second cas, au contraire, libre sur ses bords, il agit puissamment sur son lit.
Or, si on rencontre des cailloux, des débris menus au fond des glaciers encaissés, on n'en trouve pas sur les lits des glaciers étendus et dépourvus de berges d'un grand relief. De plus, si on signale des amas de débris sous les glaciers, près de leur point terminal, on n'en trouve, passé une certaine altitude, que sur les points où le glacier a laissé un vide, par suite de la disposition de la roche (voir la fig. 28).
Il ne faut pas perdre de vue que, près du point terminal, si un glacier avance, ce mouvement n'est dû qu'à une action de dilatation qui se produit beaucoup au-dessus, c'est-à-dire, à l'altitude
OÙ l'effet de regélation nocturne se produit avec une certaine intensité. A son point terminal, le glacier est neutre, et même quand il s'accroît, quand il avance sur un lit abandonné , mais qu'il recouvre de nouveau, il agit médiocrement sur les matériaux déposés précédemment, sur les moraines frontales, en un mot. Si elles sont puissantes, il ne les balaie pas, ne les repousse pas devant lui, il se moule contre leurs parois, les écrète et les déborde ; si elles sont faibles, il les aplanit, et ne dérange pas les plus gros blocs. Ce fait est bien visible au bas du glacier des Bois.
Ce glacier qui, en 1835, était prêt à déborder la grande moraine frontale située derrière le village des Bois, et menaçait, non de repousser cette moraine , mais de tomber en séracs sur le village, a aplani les petites moraines frontales secondaires; quant aux gros blocs de protogyne, il s'est contenté d'user leur surface supérieure sans les bouleverser, sans leur faire faire quartier. Il laissait, comme il laisse encore aujourd'hui à la source de l'Arveyron, les cailloux sur son lit, sans les balayer.
Près du point terminal, le glacier n'a donc sur son lit qu'un effet insignifiant, et c'est seulement sur ses moraines latérales qu'il produit une action d'érosion en cas de crue puissante, pour élargir sa place. Mais, à une altitude de 2,500 mètres et au-dessus, le glacier n'agitpas avec nonchalance, car, là, est le point du plus grand développement de sa dilatation et, par conséquent, de ses efforts.
Il est évident que ce point a été variable, et qu'à l'époque glaciaire cette zone d'action était à un niveau très-inférieur à celui sur lequel elle opère aujourd'hui. Il est évident, en outre, que la forme du lit a toujours été pour beaucoup dans les résultats que nous pouvons observer. Or, qu'observons-nous , non au point terminal des glaciers, mais à une altitude de 2,000 mètres et plus, lorsque ces glaciers ont disparu ou ont été fort amoindris ? Lits propres, moutonnés, parfois même avec des creusements profonds dans des strates plus tendres que leurs voisines, débris garés derrière des failles, ainsi qu'on le voit en A, figure 59, par cette raison que le glacier, en glissant, alaissé des arches ah vides. Et, encore, ce fait ne se rencontre-t-il que si le lit ne présente pas une section aiguë.
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Si cette section est aiguë (voir en D), le moutonnage se montre bien caractérisé en G E, I F; puis en B sont déposés des débris, dont les plus gros et les plus saillants sont usés sur leur surface supérieure. Le glacier a donc fait une voûte épaisse, par suite de la dilatation dans le sens transversal, qui tendait à le faire remonter le long des deux parois inclinées.
On dira : les débris B proviennent de destructions postérieures au passage de la glace dans ces gorges ; non, car ces débris ont été recouverts d'apports torrentiels, lesquels sont, à leur tour, remplis de débris modernes, et cette section ne se peut voir au-