Phénomènes relatifs à la marche des glaciers
jourd'hui que par suite de l'érosion de la coupe donnée par une chute d'eau. Cette observation peut être faite le long du glacier des Bossons, en montant de la Pierre-Pointue à la Pierre à l'Echelle. Dans la brisure des schistes un peu au-delà du chalet des Motets ; dans le val de Bérard ; à la partie inférieure du glacier de Tré-la-Tête ; au bas du val Bionnassay, au droit de Ghampel ; dans la gorge entre le mont Bouge et l'aiguille du Peuteret (val Yeni), etc. Il est donc clair que, partout où le glacier actif trouvait une surface assez large pour lui livrer passage , il l'usait et élargissait d'autant cette place, supprimant les obstacles, les rugosités qui gênaient sa marche; que, là où l'espace était étroit, borné par des parois rapprochées, il passait par-dessus, négli-
geait ces couloirs. Et cela est logique, pourrait-on dire; le glacier, plastique, extensible par dilatation, n'a de puissance qu'en raison de sa masse; il ne peut, comme la goutte d'eau, faire son trou, le temps aidant. Il passe oii ses propriétés peuvent produire un effet, oii ses efforts auront un résultat utile.
On nous pardonnera de donner ainsi comme une intention à une substance matérielle. Mais cette substance possède des propriétés qui lui sont propres, et, plus on étudie ces phénomènes naturels, plus on reste frappé d'admiration devant ce travail, qui, pour être lent, agit toujours dans le sens des forces qui lui sont attribuées, sans user ces forces en un travail inutile et sans perdre de temps.
Venons maintenant aux glaciers dont la surface est étendue et qui ne sont pas limités latéralement par des berges rocheuses.
Ceux-là, bien entendu, ne peuvent actuellement exister qu'à de grandes altitudes. Exposés au rayons solaires, ils ont quitté les parties basses et se sont réfugiés à 2,500 mètres, à l'exposition du nord, et lorsqu'ils sont protégés par des sommets élevés.
Ces conditions faisant défaut, ils ont presque complètement disparu, et il faut atteindre l'altitude de 3,500 mètres pour les trouver. Alors, ce ne sont plus des glaciers, mais des neiges ou amas de névés.
Actuellement, donc, les seuls glaciers de cet ordre, sur le massif du Mont Blanc, sont : le glacier du Tour, le plus puissant de tous, le glacier de Lognan, et les petits glaciers des Nantillons, de Blaitière, des Pèlerins et de la Frasse (1). La plupart de ces glaciers sont approvisionnés par des névés situés à de grandes hauteurs, peu puissants comme étendue, inais très-épais, à cause des ravinages profonds qui leur servent de lits (2).
En se formant, ils descendent sur des rampes assez douces. Au lieu de disposer des moraines latérales et frontales, ils rangent leurs débris rocheux suivant une courbe elliptique, de telle sorte qu'entre les moraines latérales et frontales, il y a transition
(1) Voir la carte générale.
(2) Il faut faire exception pour le glacier du Tour, dont les névés occupent un grand plateau, à l'altitude moyenne de 2,900 mètres.
122 DES MORAINES
insensible. A défaut de berges naturelles, ils en établissent mécaniquement, se font un lit avec ses bords, lit bombé parfois.
A une époque assez rapprochée de nous, il existait un beaucoup plus grand nombre de ces sortes de glaciers.
Aujourd'hui, on peut donc étudier facilement leurs lits, à peine abandonnés. Tels sont les glaciers au-dessus des Lacs-Blancs, ceux du Lac-Cornu, au-dessous de l'aiguille de la Floria, fort diminués ; tel est celui des Fours, entièrement fondu et dont il restait un lambeau, il y a trois ans (1).
Les lits de ces glaciers présentent les moutonnages des roches, immédiatement au-dessous des sommets auxquels ils s'appuient. Ces moutonnages sont parfaitement propres et les débris sont réfugiés dans les creux de la roche que le glacier ne moulait pas, ou à l'abri des brisures, ainsi que le fait voir la figure 59. Les moutonnages sont plus ou moins saillants suivant que la roche a offert plus de résistance, et, entre les strates les plus résistantes, il s'est produit des érosions qui conservent de petites flaques d'eau. Au glacier des Fours, les strates se présentent en travers de la pente, l'ensemble de la surface du lit donne une succession de sillons plus ou moins bombés avec arrachures en aval ou en amont, ainsi que le montre la figure 60, devant ou derrière lesquelles ont été laissés les débris meubles, par le courant (voir en A).
Ces glaciers étendus, plats, à lits convexes souvent, se sont formés au détriment de plateaux plus élevés, mais que successivement ils ont déblayés. Ceci mérite une explication.
Soit figure 61, un soulèvement A B, présentant un plateau élevé, dont les strates sont presque verticales, avec escarpement abrupt AC. Les neiges se sont accumulées de A en B pendant l'époque glaciaire et se sont éboulées de C en D, oii elles ont commencé à former un glacier. Mais la pente A C, abrupte, était habituellement découverte (2) et cette paroi, exposée aux agents atmosphériques, se ruinait chaque jour. Les débris entraînés par les avalanches tombaient sur le glacier qui les charriait. La paroi AC reculait principalement pendant l'été en a c, puis en e/ et ainsi -jusqu'au
(1) En 1873.
(2) Voir-les figures 30 et 42.
point B. La ruine toutefois ne pouvait pas descendre plus bas que le point G parce qu'à mesure que la paroi s'effritait, le glacier gagnait et couvrait le terrain en montant vers la sommité, puisqu'il était toujours alimenté par le névé supérieur.
Mais, le plateau AB'perdant de son étendue, les névés perdaient
Lit du elacier des Fours.
de leur importance et le glacier était moins alimenté. Il tendait ainsi à diminuer, et, si enfin le dernier vestige B du plateau était ruiné à son tour, le glacier n'avait plus de réservoir alimentaire. A moins donc d'admettre que l'altitude du lit CGK fût consi-