Écoulement torrentiel dans une gorge
suivant des courbes données par le courant (1). Mais l'eau n'a pas fait à travers des roches dures ce trait de scie, et, si elle l'avait fait, elle n'aurait pas laissé pures les arêtes de E en F. Ce ne sont même pas les eaux seules qui ont émoussé, élargi et creusé de la manière la plus étrange ces parois; il a fallu, pour qu'elles pussent exécuter ce travail, qu'elles entraînassent avec elles du sable et des cailloux, et ce sont ces matériaux qui, en tourbillonnant dans le courant, ont peu à peu usé les parois les
(1) Gorges du Trient.
plus dures. En effet, en section horizontale, ces gorges présentent toujours une succession d'étranglements et de cirques, ainsi qu'on le voit en P. L'eau, chargée de sables et de cailloux, en tourbillonnant, ainsi que l'indiquent les spirales, formait ces cavités si parfaitement polies ; mais, en creusant les parois des gorges tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, — car la fêlure primitive donnait toujours une série d'angles rentrants et saillants (voir en T), et forçait le courant à se porter tantôt sur un bord, tantôt sur l'autre, — l'eau se ménageait des bassins où elle ralentissait d'autant plus son courant que les tourbillons devenaient plus étendus.
Cascades.
Un phénomène du même ordre s'observe dans les torrents qui coulent à la surface même des pentes.
Nous avons dit que les glaciers primitifs, comme le font encore les glaci&rs actuels, avaient, lorsqu'ils descendaient sur une pente très-irrégulière, arraché, brisé les roches saillantes par pression, puis, qu'ils avaient usé les aspérités restantes, en laissant intactes les déchirures du côté d'aval, figure 77. Soit la section a b c cl e d'un soulèvement incliné, le courant glaciaire a réduit cette section à celle a' à' c' d' é . Le glacier s'étant retiré pbis haut, survient le torrent qui coule sur cette pente. A chaque escarpement arraché ad e' il forme une chute, au bas de laquelle il trouve une surface
relativement plane. Il creuse la base de l'escarpement, ainsi qu'on le voit en A, et l'eau, tourbillonnant avec violence au pied de la chute, range, autour du bassin qu'elle se creuse chaque jour, tous les cailloux B qu'elle charrie et qui l'ont aidée à creuser ce bassin. Le torrent forme donc au pied de chaque cascade un petit réservoir endigué, qui recueille le liquide et ralentit la violence du courant (1). Aussi les torrents qui arrivent dans les vallées basses, après avoir trouvé ces chutes et ces paliers , ne causent-ils jamais les dégâts qu'occasionnent ceux qui descendent directement sans ressauts.
Il arrive même qu'à la base de ces chutes, le tourbillonnement des sables et cailloux se produit d'une manière si régulière qu'il creuse des cuves assez profondes, circulaires et parfaitement polies, auxquelles les montagnards donnent le nom de Marmites de Géants,
Il n'est pas douteux qu'au moment des débâcles successives de l'époque glaciaire, ce phénomène a dû se produire sur une trèsgrande échelle, et qu'il a pu former quelques-uns de ces petits lacs réguliers et profonds qu'où rencontre au pied de certaines cascades aujourd'hui fort réduites (2).
Les roches cristallines sont celles qui sont les plus favorables à l'écoulement régulier des torrents, à cause même de la nature de leur formation et de leur dureté. Les terrains schisteux houil- 1ers sont au contraire ceux sur lesquels les torrents causent les ravinages les plus dangereux pour les vallées, en ce qu'ils ne retiennent pas les eaux.
Examinons d'abord les torrents coulant sur les roches cristallines. Si l'on veut bien recourir à la figure 47 et à l'explication qui l'accompagne, on verra que les roches cristallines, gneiss, schistes cristallins, présentent des plans de retrait obliques qui forment des rhomboèdres, ou tout au moins des pans coupés obliques aux pentes (3). Les eaux, en s'écoulant, tendent naturellement à suivre ces plans qui forment des jonctions entre les masses, lais-
(1) Voir la cascade du Dard descendant du glacier des Pèlerins et les chutes supérieures du torrent de Blaitière (vallée de Chamonix).
(2) Ce phénomène s'observe fréquemment au pied des cascades pyrénéennes. i^) Voir aussi la fi mire 34 bis.