Creusement des lits torrentiels
boueux et torrentiel, les grandes crues qui formaient une nappe
couvrant entièrement le sol, au moment où elles baissaient, creusaient un plus ou moins grand nombre de courants, déterminés par des accidents du sol, à travers la nappe générale, et plus rapides que n'était ce courant général.
Ces courants tendaient à suivre des lignes droites, autant que le permettaient les rampes de la vallée. Ils procédaient comme il a été démontré figure 90 et formaient un lit composé de cônes de déjection très-allongés, s'enchevêtrant, mordant les uns sur les autres, se recouvrant en manière d'écaillés et remblayant ainsi la vallée par lits successifs, avec une parfaite régularité et suivant une loi qu'il n'est pas difficile d'expliquer.
Soit figure 92, une vallée, recouverte d'une nappe d'eau coulante avec quatre courants torrentiels ABCD. Ceux-ci déposent chacun un cône de déjection en raison de leur puissance. En les déposant, ils forment des lignes de rencontre ah c plus creuses, qui deviennent à leur tour les lits torrentiels ae, he, cf cg. Ces nouveaux courants déposent leurs cônes de déjection d'autant plus puissants qu'ils sont plus violents. Mais le courant abe vient se heurter contre l'escarpement H ; ne pouvant renverser cet obstacle, il se déporte, ainsi que nous l'avons vu précédemment, figure 91 , vers le courant cf et finit par se joindre à lui, suivant la ligne Ih, ou plutôt suivant la ligne H; car le torrent cfa fini par prendre la ligne déclive formée par les cônes de déj ection des torrents cfy cg. La courbure se prononce, et, en formant à son tour le cône de déjection suivant la ligne mn vers l'amont, elle sera bientôt obligée d'abandonner la ligne // pour prendre ce nouveau Yiimn. Tous ces rapides séparés dans la masse coulante tendent donc à se réunir en un seul et à creuser le lit du torrent futur, lequel passera d'un bord de la vallée à l'autre.
Il n'est pas besoin de dire que beaucoup de circonstances locales font varier à l'infini ces cours des torrents ; moraines, barrages déterminant des accidents particuliers : mais la loi reprend toujours son empire.
Nous avons dit quelques mots de la disposition des matériaux charriés par les torrents suivant leur volume. Les plus lourds sont naturellement déposés ou échouent les premiers, à moins que Ja
vitesse acquise en raison de leur poids ne les entraîne ; les moyens, en arrondissant leurs angles, facilitent leur entraînement et sont transportés fort loin si le courant est rapide ; les plus petits parviennent jusqu'aux lacs inférieurs ou jusqu'aux vallées basses si des réservoirs ou des paliers ne les retiennent pas.
Un torrent de vallée, figure 93, présente, ainsi que l'indique la figure 88, une section transversale convexe avec relèvement des bords, ou simplement convexe. Les pierres trop lourdes s'arrêtent sur le lit oii, comme le démontre la figure 86, elles s'ensevelissent d'autant plus profondément qu'elles sont plus grosses, si ce lit est graveleux.
Les pierres, qui n'ont pas assez de poids pour résister à la force du courant, sont roulées latéralement, par suite du refoulement