‹ Le massif du Mont BlancChapitre 73 sur 79 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

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107, — Cônes de déjection supérieurs. (P. 249.

Mais venons à l'application des moyens d'amélioration pratiques. C'est à l'origine qu'il faut prévenir le mal, et non quand il a acquis une telle puissance, que les efforts de l'homme deviennent illusoires.

Les torrents ont pour origine des glaciers, ou des réservoirs de neiges temporaires ou persistantes.

Les glaciers, comme on l'a vu, se chargent de régler le débit des cours d'eau, et ce n'est jamais d'eux que partent les inondations subites désastreuses. Les neiges persistantes et temporaires ne sont pas dans le même cas ; qu'elles fondent partiellement ou en totalité au débat de la belle saison, elles produisent soit des avalanches, soit des débâcles partielles sur les rampes des montagnes.

Occupons-nous d'abord des avalanches.

Celles-ci se produisent toujours sur des plans très-inclinés, audessous d'un réservoir supérieur ; ouïe ou cirque plus ou moins étendu, lit d'un ancien glacier, figure 107. L'hiver, les neiges s'accumulent en A. Lorsque surviennent les premières pluies chaudes, les eaux coulent sous le lit de neige, le détrempent, et la masse, glissant par son propre poids, se précipite par l'orifice B sur le cône de déjection formé par une longue série de ruines des sommets et de chutes successives.

L'avalanche suit toujours, ou peu s'en faut, le même chemin ou couloir, et, y entraînant chaque année des débris, en fait une longue traînée de pierres plus ou moins menues, mobiles, sur lesquelles la végétation ne peut s'attacher.

Cependant, les forêts d'arbres résineux aiment ces amas pierreux ; leurs racines ont besoin d'air et, s'accrochant à ces débris, les enveloppent. D'un sol inconsistant, elles font bientôt une pente résistante, solide, oii l'humus s'arrête et fait pousser des mousses, des lichens qui soudent ensemble grosses et petites pierres.

Qu'arrive-t-il trop souvent? Les bûcherons s'attaquent principalement aux arbres qui bordent les couloirs d'avalanches, parce que ces couloirs leur font un chemin tout préparé pour le transport des bois. Les troncs d'arbres abattus, abandonnés sur ces pentes, y glissent jusque dans la vallée, où on les recueille. Dans leur trajet, ils brisent les jeunes sujets qui essaient de pousser entre les pierres;

ils font encore ébouler celles-ci, de telle sorte que, le printemps suivant, Tavalanche, au lieu de ne trouver qu'un étroit couloir et des arbres latéraux qui la brisent et l'éparpillent, a devant elle une large voie unie et toute préparée pour faciliter sa chute. Cette chute n'est que plus terrible, et l'avalanche, qui, à son point de départ, n'a pas trouvé d'obstacles propres à la diviser, roule par gros blocs en augmentant sa vitesse et entraîne tout, avant d'atteindre son point d'arrivée. Parfois même elle fait des bonds et s'étend au loin dans la vallée.

Il devrait y avoir les règlements les plus sévères pour empêcher l'exploitation des bois le long des couloirs, et, si ces règlements existaient, il faudrait les faire observer, ce qui est encore plus difficile que de les édicter (1).

Si dans les ouïes supérieures il y a des neiges persistantes, toute l'année coule un petit torrent soit dans le couloir, soit à la rencontre du cône avec les rampes ou avec son voisin. Dans ce cas, il se forme un autre cône de déjection intermédiaire C et des avalanches de D en C (fig. 107).

Loin de déboiser les couloirs, il serait possible de les boiser; quelques essais ont été faits dans l'Oberland et dans la vallée du Rhône, et ils ont donné de bons résultats. Pour cela, au point B supérieur du couloir, on a planté de longs piquets de fer en quinconces. Ces piquets de fer clouent l'avalanche, l'obligent à fondre sur place, ou, si son poids est trop considérable pour que les piquets la puissent arrêter, ceux-ci la divisent dans sa chute, et, au lieu de tomber en bloc, elle roule en fragments et poussière que les bois arrêtent. Pour boiser les couloirs, on établit de distance en distance, c'est-à-dire à quelques mètres les uns au-dessus des autres, des clayonnages de branches de pin retenues par des piquets de bois enfoncés dans le gravier. Pendant l'été, ces clayonnages arrêtent les terres et sables charriés par la pluie, les branches mortes et détritus. Il se forme ainsi des paliers auxquels on confie la graine de pin. Ces jeunes arbres, très-exposés, sont souvent emportés,

(1) Au mois d'août 1875, nous avons vu exploiter, dans le haut val du Bonhomme, des bois, dans ces conditions fâcheuses : c'est-à-dire le lone- de ces couloirs et sur des points où les avalanches sont déjà terribles.

mais il en demeure toujom^s quelques-uns, et même le sacrifice des victimes n'a pas été inutile. Il reste des débris qui ne demandent qu'à reprendre ; leur faible résistance a cependant contribué à éparpiller l'avalanche.

Mais, à l'orifice supérieur B des couloirs, il n'est pas toujours possible de ficher ces piquets de fer. Souvent, là, le sol n'est autre

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