Les barrages dans les torrents supérieurs
vaut une ligne droite. En raison même de la formation des roches qui leur servent de lit, leur cours forme des lignes brisées, figure 110. Soit A B, le cours d'un torrent, l'effort principal du courant se produit en G ; en D, il y a calme relatif et ralentissement. C'est en effet en C que se font les affouillements, que s'usent les roches. Un tronc d'arbre, des pierres placés de G en E produisent bientôt en D un remblai de cailloux et de sable, un palier, et il se
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produit une chute dans la largeur FC. C'est alors qu'il faut charger ce palier D, principalement de F en C, avec de grosses pierres, de manière à reporter la chute de F en E. Ainsi augmente-t-on la longueur de l'axe du torrent et diminue-t-on d'autant sa pente , trouve-t-on des paliers qui ralentissent le courant et même des affouillements a ^ y à la base de chaque chute, lesquels forment autant de réservoirs qui rejettent sans cesse les cailloux sur le palier et le consolident. C'est en aidant aux procédés que la nature emploie, et non en cherchant à les vaincre, qu'on peut modifier un état de choses fâcheux.
Nous avons expérimenté en petit ces barrages, et en quelques jours, dans un torrent qui charriait à chaque pluie quantité de graviers, nous obtenions un cours régulier très-ralenti et de l'eau limpide.
Les torrents les plus désastreux ne sont pas ceux qui coulent entre des rives rocheuses et très-résistantes, mais ceux qui se précipitent dans ces ravins de schistes argileux, droits généralement et dont les berges décomposées s'éboulent en masses considérables dans le courant, gênent sa marche, se délayent sous forme de boue épaisse, constituent accidentellement des barrages visqueux que les eaux finissent par entraîner en avalanches formidables, irrésistibles dans leur course et qui roulent, avec elles, arbres, roches énormes, pour se répandre en cônes de déjection dans les vallées. Arrêter ces courants de boue dans leur marche est une entreprise impossible.
Quelquefois ils présentent une masse si compacte, d'une viscosité si tenace, qu'ils ne roulent que très-lentement. L'eau s'amasse au-dessus d'eux, et, impatiente, en quelques instants elle ronge une de ces rives décomposées, pour s'épancher en dehors du lit, couvre de débris des prairies ou les ravine, entraînant au loin la terre végétale.
Il n'y a de remède à cet accident que la formation de réservoirs^ supérieurs qui retiennent quelque temps les eaux de fonte ou de pluie et les empêchent de se précipiter à la fois dans le même ravin.
Habituellement, ces ravins profondément creusés par les eaux
dans les schistes argileux commencent par une ouïe plus ou moins large (voyez fig. 79), plus ou moins accentuée, mais à l'orifice de laquelle le ravin, d'abord étroit et. peu profond, s'élargit et se creuse à mesure qu'il descend des rampes.
Ces ouïes sont toujours creusées dans une partie affaissée ou déjà fortement déprimée par l'ancien passage des glaces; parfois elles atteignent des dimensions considérables , telles sont le« combes que l'on rencontre à droite en montant le val Ferret italien. Mais, petites ou grandes, ces ouïes ou combes réunissent les fontes ou les eaux des pluies d'orages en peu d'instants et, en