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C'est le cœur qui connaît les principes. » (Pascal

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Bergson, le plus littéraire des philosophes, sa croyance dans une certaine spontanéité ou liberté de la personne. Le problème qui torturait les graves loisirs de Sully Prudhomme et qui alimentait les sombres mélancolies de Loti — à savoir : la contradiction des données de l'esprit et des désirs du cœur — est pour lui un problème périmé. Il peut admirer saint François d'Assise, Luther. Pascal, sans réserve, sans s'apitoyer sur leur ignorance et leur « superstition u. Il ne lui paraît pas invraisemblable qu'il surgisse de nouveaux saints. Il a coudoyé des hommes dont il ne suspecte pas la bonne foi, qui — écrivains comme lui et plus grands que lui, — se sont convertis et sont morts en Dieu. Même si c'est un pur esthète, l'histoire de Coppée, de Huysmans. de Charles Guérin et, plus récemment, celle de Le Cardonnel, de Paul Stapfer, d'Albert Fleury, lui est familière. Il laisse aux primaires les moqueries. Bref, ce qui frappe immédiatement dans notre époque, lorsqu'on la compare aux temps du matérialisme et du Parnasse, c'est que les préjugés qui faisaient obstacle, alors, au sentiment religieux ont été balayés. L'aire est nette.

Mais nous pouvons aller plus loin. Nombreuses déjà sont en ce moment les œuvres qu'inspire une réelle préoccupation religieuse.

Il faut l'avouer, l'aloi en est rarement pur. A côté de quelques poètes, enfants de chœur mêlés

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au siècle, tels MM. François Mauriac et Robert Vallery-Radot ; à côté d'inquiets « unanimistes » qui ont fait leur Dieu de l'inconscient collectif et leur prophète de M. Jules Romains ; à côté des fils mystiques du « bon saint Verlaine » et de Marceline Desbordes-Valmore qui mêlent transports charnels et extases purifiantes et pour qui la religion est souvent le condiment du vice, — il y a les esthètes qui n'ont vu dans le mysticisme qu'une nouvelle veine à exploiter, il y a les curieux et les érudits qui s'attachent aux accessoires de la piété: musique, vêtements, liturgies et pèlerinages. Mais surtout il y a la puissante et respectée corporation des traditionnistes : Barrés, Bourget, Bazin, leurs trois dieux ; Bordeaux, Louis Bertrand, René Boylesve, André Beaunier et quelques autres demidieux^.

Mode et imitation, disons-nous, conservatisme et esthétisme, curiosité frivole et raffinement de vice, — de l'encre au lieu de sang. Il est certain qu'un abîme sépare en ce moment l'art de la vie. La littérature est devenue une façon d'industrie, industrie avantageuse, qui n'exige pas de capitaux. La plupart des écrivains font, comme ils disent, du vice, ou de la vertu, indifféremment. C'est ainsi qu'en ce moment — soit fatigue du public, soit

1. C'est la corporation des Bien-pensants. Il y a dans cette lettre B, une fatalité.

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usure moineiitanée du genre grivois — les romans et les pièces défendent souvent les idées morales. Un homme informé, directeur d'une grande revue, nous disait dernièrement : « Le sujet religieux fait prime à cette heure sur le marché ».

Laissons donc hors de cause la personne de nos « chers maîtres » et constatons que, s'ils ont changé de manière, c'est qu'ils croient que le public a changé de goûts. Mais n'attendons pas d'eux un de ces chefs-d'œuvre où sera incarnée notre meilleure âme. Il faut pour cela une compétence directe, une profondeur ardente, une sincérité, qu'ils n'ont pas. En vérité, bien souvent, et dans les parties les plus pathétiques, ils prêtent à sourire. Dès qu'ils parlent de vertu et de religion — M.Romain Rolland en a fait la remarque — ils forcent la note. Il n'y a pas moyen d'y croire. Mais puisque aussi bien leur peu de sérieux a pu produire, çà et là, quelque ouvrage honorable, — que n'est-on pas en droit d'espérer de l'avenir, s'il est vrai, comme c'est notre assurance, que la génération qui monte a soif, non de l'apparence, mais du réel et de la plénitude de l'être?

Mais nous sortons de la littérature pour entrer dans la vie concrète de la nation, et qu'il est difficile d'apprécier les tendances qui s'y dissimulent, obscures, muettes. Rien, ici, ne remplace l'expérience. La mienne, très limitée, se joint à ma foi

pour me contraindre à l'espoir. Je vois que c'est, non pas le déchet, mais les meilleurs de la nouvelle élite, qui soupirent après Dieu, quand ils ne l'ont pas déjà conquis. Cette jeune France, je suis obligé de le constater, unit le sens du réel et celui du divin. Admirable est sa décision d'apostolat; profond son dégoût pour tous les remplaçants de Dieu, — le Progrès, la Morale indépendante, la Société, le Surhomme ! En dépit de la dévotion athée d'un Mae- i terlink^, des transports douteux de nos belles poétesses, notre patrie aime toujours la franchise ; les idées chez elle sont encore à cheval et militantes; sa robuste veine n'est pas tarie de sang rouge.

Oui, c'est ma certitude que la jeune France est en quête du vrai Dieu.

Écoutez, pour finir, comment M. Jacques Delacôdre, un Jeune-France, conte le pèlerinage de la génération nouvelle - :

Lanterne en main, comme Diogène autrefois cherchant un homme, je suis parti, en quête d'une morale, en quête de la vraie morale.

Sans doute avais-je entendu égrener maint chapelet de devoirs, et maint système ingénieux m'avait été proposé.

Mais tout cela n'avait suscité en moi nul amour.

1. « Sur un sommet, il a élevé un temple de beauté, d'amour et de vérité. Aucune porte n'en défend l'entrée, aucune divinité éphémère ne l'habite », dit Mn»" Georgette Leblanc. Bref, un mysticisme sans Dieu.

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