DES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES
L'un des problèmes les plus obscurs de la science humaine, et devant lequel une philosophie circonspecte aimera toujours à garder le silence plutôt qu'à proposer des hypothèses si difficiles à vérifier, est le problème de l'origine de la vie sur le globe terrestre. S'il y a une vérité démontrée en géologie, c'est que la vie n'a pas toujours existé sur notre terre, et qu'elle y est apparue à un jour donné, sans doute sous sa forme la plus élémentaire; car tout porte à croire que la nature, dans son développement, suit la loi de la gradation et du progrès; mais enfin, à un jour donné, la vie est apparue. Comment? D'où venait-elle? Par quel miracle la matière brute est- elle devenue vivante et animée? C'est là, je le répète, un grand mystère, et tout esprit sage aimera toujours mieux se taire que d'affirmer ce qu'il ne sait pas.
Pour M. Bùchner, il n'y a pas là de difficulté. La vie est une certaine combinaison de matière qui est devenue possible le jour où elle a rencontré des circonstances favorables. S'il se bornait à ces termes, il serait difficile de le réfuter: car qui peut savoir ce qui est
possible et ce qui ne Test pas? Mais l'auteur allemand va beaucoup plus loin. Pour lui, il n'y a jamais eu dans la nature apparition d'une force nouvelle. Tout ce qui s'est produit dans le passé a dû se produire par des forces semblables à celles que nous connaissons aujourd'hui. Par là, il s'engage à soutenir qu'aujourd'hui même encore nous assistons au miracle de l'origine de la vie, que la matière est apte à produire spontanément des organismes vivants. En portant la discussion sur ce terrain, il fournit une base solide à la discussion, car nous pouvons alors nous demander ce que la science nous apprend de l'origine actuelle des êtres vivants; en un mot, quel est aujourd'hui l'état de la science sur la vieille et célèbre question de la génération spontanée (1).
On appelle génération spontanée ou hêtérogènie la formation de certains êtres vivants, sans germes préexistants, par le seul jeu des forces physiques et chimiques de la matière. Dès la plus haute antiquité, on a cru à la génération spontanée. « On voit, dit Lucrèce, des vers tout vivants sortir de la boue fétide lorsque la terre, amollie par les pluies, a atteint un suffisant degré de putréfaction. Les éléments mis en mouvement et rapprochés dans desconditionsnouvelles donnent naissance à des animaux. » Cette croyance durait encore au xvicet au xviie siècle. Yan Helmont décrit le moyen de faire
(1) On trouvera un résumé intéressant de la question des générations spontanées dans les leçons de M. Milne Edwards, reproduites par la Revue des cours publics scientifiques, 5, 12, 19 déc. 18G3.
naître des souris, d'autres auteurs l'art de produire des grenouilles et des anguilles. Une expérience décisive de Redi porta un coup mortel à toutes ces ridicules superstitions. Il montra que les vers qui viennent de la viande ne sont que des larves d'œufs de mouche, et qu'en enveloppant la viande dans une gaze légère on empêchait la naissance de ces larves; plus tard, on reconnut les œufs déposés sur cette gaze, et le mystère fut expliqué. Cependant la découverte du microscope ouvrit une voie nouvelle aux partisans de la génération spontanée. Les animaux microscopiques qui apparaissent dans les infusions des matières animales et végétales semblaient se produire en dehors de toutes conditions sexuelles et sans germes préexistants. Les belles expériences de Needham parurent donner gain de cause à cette opinion ; celles de Spallanzani la firent reculer sans la vaincre définitivement. Au commencement de notre siècle, une expérience capitale de Schvvann fit faire un pas décisif à la question, dans un sens contraire à la génération spontanée. La science semblait avoir abandonné ce problème, lorsque M. Pouchet le remit à la mode par des expériences qui ont fait du bruit, et qui, suivant lui, étaient démonstratives de la génération sans germes. Les anti-vitalistes triomphaient quand un autre savant, un de nos chimistes les plus éminents, M. Pasteur, a repris la question et Ta poussée à peu près aussi loin qu'on peut aller aujourd'hui : dans les expériences les plus délicates, les plus ingénieuses et les plus solides, il a réfuté tous les arguments des hétérogénistes, et je crois pouvoir dire que, dans ce grand débat, l'Académie
des sciences et la grande majorité des savants lui ont donné raison.
Il nous serait difficile ici d'entrer dans le détail des discussions expérimentales qui ont eu lieu. Contentonsnous de donner une idée générale et philosophique de la question. Ainsi c'est déjà un fait remarquable et une présomption défavorable à la génération spontanée que les partisans de cette hypothèse aient été peu à peu refoulés jusque [dans le domaine de l'infiniment petit, dans la sphère de l'invisible pour ainsi dire, là où les expériences sont si difficiles, où l'œil est si facilement trompé. Si un tel mode de génération était possible, on ne voit pas pourquoi il n'aurait pas lieu dans d'autres sphères de l'animalité, et pourquoi il serait précisément réduit au monde microscopique.
M. Bûchner dit, à la vérité, que ce sont là les organismes les plus imparfaits, et que par conséquent on conçoit qu'ils puissent se produire par le mode de génération le plus simple et le plus élémentaire ; mais il reste à se demander si la perfection des organismes est précisément en raison de leurs dimensions, et si les plus petits sont toujours les plus imparfaits : or c'est ce qui évidemment n'est pas. Si l'on admet, avec M. Milne Edwards, que la perfection d'un animal est en raison de ce qu'il appelle la division du travail, c'est-à-dire la division des organes et des fonctions, il est facile de voir que cette division est tout à fait indépendante de la taille de l'animal. Ainsi , les insectes, par exemple, qui sont généralement très-petits, sont des animaux trèssupérieurs aux mollusques par le nombre et la division
des fonctions ; cependant ils leur sont inférieurs par les dimensions. L'homme, le plus parfait des animaux, n'en est pas le plus grand. On ne peut donc pas conclure de la petitesse à l'imperfection, et par conséquent l'imperfection prétendue des infusoires n'explique pas pourquoi la génération spontanée n'aurait lieu que dans le monde de l'infiniment petit J'ajoute que l'organisation des infusoires n'est point du tout, comme on serait tenté de le croire, une organisation simple ; elle est, au contraire, très-complexe, et l'illustre micrographe Ehrenberg a démontré que ces petits animaux presque invisibles sont aussi parfaits et aussi richement organisés que beaucoup d'animaux plus élevés (1). M. Bûchner nous dit lui-même que le rotifère, qui n'a que le vingtième d'une ligne, a une bouche, des dents, un estomac, des glandules intestinales, des vaisseaux et des nerfs.
On invoque encore en faveur des générations spontanées le raisonnement suivant : « S'il n'y avait, dit-on, qu'un seul mode de génération, la génération par sexe, on comprendrait qu'on fût disposé à rejeter comme une pure illusion contraire à la loi générale les productions spontanées dans certaines espèces; mais l'expérience nous apprend qu'il y a des modes très-variés de génération; pourquoi l'un de ces modes, au plus bas degré de l'animalité, ne serait-il pas l'hétérogénie ? »
Cette objection est assez importante pour nous arrêter quelques instants.
(1) Ehrenberg, Organisation der Infusions Thierchen.
Les curieuses expériences de Ch. Bonnet (de Genève) sur les pucerons, celles de Trembley sur les hydres d'eau, celles de beaucoup d'autres naturalistes sur les autres classes de polypes, et en général sur les animaux inférieurs, nous ont appris qu'il y avait pour les animaux, comme pour les végétaux, trois modes principaux et distincts de reproduction : la reproduction sexuelle, la gemmiparité, ou reproduction par bourgeons, et la fissiparité, ou reproduction par bouture, par scission, par division. Ces trois modes peuvent même se subdiviser, et il y a des nuances intermédiaires. Ainsi les sexes peuvent être séparés ou réunis ; lorsqu'ils sont réunis dans le même individu, c'est rhermaphroditisme. Il peut encore arriver qu'il n'y ait qu'un seul sexe, le sexe féminin, qui se reproduit sans la fécondation de l'élément mâle : c'est la parthénogénèse. D'un autre côté, la gemmiparité, ou bourgeonnement, peut être interne ou externe : le bourgeon peut tomber à l'intérieur même de l'animal, et se développer en lui, de manière à en sortir tout formé et imiter ainsi la reproduction ordinaire ; ou bien le bourgeon peut tomber au dehors et se développer dans un milieu externe. Enfin la fissiparité elle-même se subdivise; elle est spontanée ou artificielle: spontanée, lorsque l'animal se sépare de luimême en deux animaux distincts ; artificielle, lorsqu'une division externe provoque la multiplication (1).
(1) On trouvera dans le livre curieux de M. de Quatrefages, sur les Métamorphoses de Vhomme et des animauxx des exemples de tous ces modes si variés de génération.
Entre ce dernier mode, la fissiparité spontanée, et ce que nous appelons la génération spontanée, y a-t-il donc une si grande différence , et la nature n'a-t-elle pas pu passer de l'un à l'autre ? Ne pourrait-on pas se représenter de la manière suivante l'échelle de développement de la vie? Le premier degré de la vie, à sa première apparition, serait spontané: une simple rencontre de matière pourrait en déterminer l'existence. Puis, l'être vivant une fois né, se reproduirait par simple scission, à un degré supérieur par bourgeonnement, d'abord externe, puis interne; à un degré supérieur, le sexe femelle apparaîtrait, et la mère donnerait naissance à des œufs qui pourraient éclore sans être fécondés par le mâle; à un degré supérieur, l'élément mâle apparaîtrait, mais confondu sur le même individu avec l'élément femelle; enfin, au plus haut degré, les sexes seraient séparés dans deux individus distincts; et là encore une différence existerait entre les animaux qui produisent des œufs et ceux qui produisent des petits vivants. Ainsi, les sexes ne seraient que le dernier degré d'une série de modes de génération, dont le premier n'est qu'une combinaison chimique, une simple agrégation matérielle (1).
Supposez maintenant, avec M. de Lamarck et d'autres naturalistes, que les formes vivantes soient modifiables à l'infini, et que les différentes espèces animales ou végétales ne soient que les transformations successives d'un même type, d'un même animal, d'un même végé-
(1) C'est ainsi que Lamarck explique l'origine des sexes.
tal, on comprendra que les sexes aient pu ainsi se produire par une série de transformations graduelles, qui auraient commencé à la génération spontanée, pour s'élever jusqu'à la génération vivipare, la plus parfaite de toutes.
Laissant de côté ce dernier point de la question, à savoir la transformation des espèces animales, point capital que nous toucherons dans un des chapitres suivants, voyons ce qu'il faut penser de cette échelle croissanté de générations qui s'élèverait ainsi de la génération spontanée à la génération sexuelle et vivipare.
La science moderne a présenté sur cette question un double mouvement en sens inverse des plus intéressants et des plus curieux. Ainsi, tandis que d'un côté on découvrait avec étonnement, dans le règne animal, la reproduction par boutures et par bourgeons, qui semblait propre au règne végétal, bientôt, par une étude plus approfondie, on fut amené à retrouver les sexes et leur rôle important dans ces bas degrés de Panimalité dont on était disposé à les bannir. Quoi de plus curieux, sous ce rapport, que les expériences de Bonnet sur les pucerons? Il découvre que les pucerons se reproduisent sans sexe et par une opération toute végétative, que M. deQuatrefages appelle un bourgeonnement interne. Mais est-ce là tout? Est-ce leur seul mode de reproduction ? Non ; car au bout de cinq, six générations, peut-être plus, Bonnet vit reparaître les sexes ; il vit ces mêmes animaux s'accoupler, donner naissance à des œufs parfaitement caractérisés, et de ces œufs sortir des petits capables alors de se reproduire solitai-
rement par une sorte de parthénogénèse. La génération solitaire et agame et la génération sexuelle alternent donc dans cette singulière espèce (1).
De même, Trembley découvre l'hydre d'eau; il découvre que cet animal se multiplie par boutures, c'està-dire qu'en le coupant, on obtient autant d'individus semblables au type primitif qu'on peut le désirer. Eh bien ! est-ce là le tout? Cette sorte de génération suffitelle à la multiplication des hydres d'eau, et en général des polypes ? Non, et les faits sont ici si curieux, si nombreux et si complexes, que je renvoie le lecteur au livre si intéressant de M. de Quatrefages (2). Mais, ce qui paraît résulter des magnifiques travaux des zoologistes modernes, c'est la restauration de la génération par sexes dans les espèces si confuses et si obscures de l'animalité inférieure. Ces mêmes animaux qui se reproduisent par boutures et par bourgeons, se reproduisent également par des œufs et par le moyen des sexes. M. Ehrenberg, le grand micrographe, le Cristophe Colomb du monde microscopique, a découvert les sexes dans les hydres d'eau ; M. Siebold dans les méduses ; M. Sieberkûhn dans les éponges; M. van Beneden dans les helminthes, ou vers intestinaux; enfin, M. Balbiani dans les infusoires.
Comment s'expliquer maintenant une telle complication, un tel mélange de systèmes de reproduction dans ces genres inférieurs? Comment peuvent-ils se
(1) Quatrefages, chap. XIII.
(2) Id., chap. XIII, XIV, XV et suiv.
reproduire à la fois de tant de manières différentes? Voici l'explication que donne de ce fait M. de Quatrefages, dont l'autorité est considérable en ces matières : « Jusqu'à nos jours, dit-il, les divers modes de reproduction avaient été considérés comme indépendants les uns des autres, et par suite, on leur attribuait une importance biologiqucment égale. Qu'il fût œuf, bulbille en bourgeon, le germe était pour les naturalistes quelque chose de primitif; l'être auquel il donnait naissance rie datait que de lui. La reproduction gemmipare était donc l'égale de la génération par œufs. — Évidemment, on se trompait. Les bourgeons, les bulbilles, quelque apparence qu'ils revêtent, ne sont que le produit plus ou moins médiat d'un œuf préexistant : celuici seul renfermait le genre essentiel, le germe primaire de toutes les générations qui découlent de lui. Par conséquent, les bourgeons ne sont que des germes secondaires; et les êtres résultant de leurs développements se rattachent médiatement à l'œuf primitif. La reproduction par œufs est donc seule fondamentale, c'est une fonction du premier ordre, La reproduction par bourgeons n'intervient plus que comme accessoire : c'est une fonction subordonnée (1). — Médiatement ou immédiatement, tout animal remonte à un père et à une mère (appareil mâle ou femelle) ; et la même observation s'applique aux végétaux. L'existence des sexes dont la nature inorganique ne présente pas même la trace, se montre donc comme un caractère dislinctif
(1) Quatrefages, ibîd., chap. XIX.
des êtres organises, comme une de ces lois primordiales imposées dès l'origine des choses, et dont il faut renoncer à chercher la raison (1). »
Cette restauration de l'élément sexuel dans la génération des animaux inférieurs est un coup fatal porté à la génération spontanée. Cette théorie a subi encore d'autres échecs non moins curieux. Pendant longtemps, par exemple, elle avait pu invoquer en sa faveur un fait vraiment étrange et inexplicable en apparence : c'était l'existence des entozoaircs ou vers intestinaux, a Aujourd'hui, disait J. Mùller, c'est par la considération des vers intestinaux qu'il est le plus permis de soutenir l'hypothèse de la conversion d'une matière animale non organisée en animaux vivants. » L'existence de ces vers qui naissent jusque dans les tissus les plus secrets, jusque dans l'intérieur des muscles, dans l'intérieur du cerveau, semblait un véritable mystère : eh bien ! ce mystère est aujourd'hui expliqué, et l'origine de ces êtres étranges est ramenée aux lois ordinaires de la reproduction : seulement elle nous oiïre un des cas les plus merveilleux et les plus étranges de la théorie des métamorphoses. C'est ce qui est décidément établi par les beaux travaux de M. van Beneden. Qui se fût douté, avant ce savant, qu'un ver parasite fût destiné à passer une partie de sa vie dans un animal, et l'autre partie dans un autre; qu'il dût vivre à l'état fœtal dans un animal herbivore, à l'état adulte dans un animal Carnivore? C'est pourtant
(1) Qualrefages, ibid., chap, XXIII.
ce qui arrive. Ces animaux changent en quelque sorte à' hôtelleries. Ainsi le lapin loge et nourrit un ver parasite qui ne deviendra adulte que dans le chien; le mouton nourrit le cœnare, qui dans le loup deviendra un ténia. Tout ver parasite passe par trois phases : la première est celle de l'œuf pondu dans l'intestin du Carnivore et rejeté par celui-ci; la seconde, celle de l'embryon : Fœuf est avalé par l'herbivore, avec l'herbe qu'il broute, et il éclôt dans son estomac ; la troisième est celle de l'adulte : celle-ci a lieu dans le corps du Carnivore qui se nourrit d'herbivores (1). Tout le mystère est expliqué sans génération spontanée. D'ailleurs la découverte des sexes et des œufs dans les entozoaires tranche évidemment la question.
Il faut reconnaître toutefois qu'il y a encore certains faits dont on pourrait tirer avantage en faveur de la génération spontanée. Les deux principaux sont : 1° la reconstruction artificielle des substances organiques par la synthèse chimique (2) ; 2° la résurrection par l'humidité de certains animaux microscopiques, tels que les tardigrades et les rotifères (3).
Nous avons dit déjà que la matière qui compose les êtres organisés est la même que celle qui compose les corps inorganiques. A la vérité, tous les éléments que
(1) Flourens, Journal des savants, mai 1861.
(2) Voyez Berthelot, Chimie organique fondée sur la synthèse. Introduction.
(3) Rapport sur les animaux réviviscents, à la Société biologique, par le docteur Jkoca.
reconnaît la chimie minérale ne sont pas propres à composer de la matière vivante; mais toute matière vivante peut se résoudre en éléments minéraux, dont les principaux sont l'hydrogène, l'oxygène, l'azote et le carbone, auxquels viennent s'ajouter en moindres t roportions, le phosphore, le fer, le soufre et quelques autres moins importants. Ainsi l'hypothèse des molé* cules organiques de Buffon, c'est-à-dire d'une matière particulière propre aux êtres vivants, est aujourd'hui réfutée par la chimie organique. Mais ce qui est vrai, c'est que ces éléments minéraux produisent dans les êtres vivants des composés que Ton ne rencontre pas dans la nature morte ; ces composés sont pour la plupart, comme on dit en chimie, ternaires et quaternaires, c'est-à-dire composés de trois ou de quatre éléments, tandis que les composés inorganiques sont généralement binaires. Ces premiers composés organiques, que l'on appelle produits immédiats, se combinent à leur tour en matières plus complexes, qui elles-mêmes finissent par former les tissus et les organes des corps vivants. Voici donc ce qu'on avait obtenu par le moyen de l'analyse chimique : on avait pu, en descendant ainsi du composé au simple, arriver aux éléments, azote, oxygène, carbone, etc. Mais on ne pouvait remonter cette échelle; et jusqu'à ces derniers temps, on ne savait pas avec ces éléments reformer artificiellement les premiers composés : en un mot l'analyse manquait de synthèse. Or, en chimie, la synthèse est la preuve de l'analyse : c'est la vérification, c'est la démonstration. Il manquait donc quelque chose ; l'analyse ne donnait pas tout ; ce quel-