‹ Le matérialisme contemporainChapitre 11 sur 24 · Newton, Principia mathematica. London, 1726, p · texte numérisé non relu

Newton, Principia mathematica. London, 1726, p

nous n’avons pas encore une assez grande abondance d’expériences pour les résoudre (1). » Ce curieux passage, tout en trahissant les incertitudes de la pensée de Newton, ne nous apprend-il pas qu’il était encore beau* coup plus près qu’on ne le croit de la philosophie mécanique de Descartes, et qu’il inclinait fort à considérer le phénomène de l’attraction comme le résultat d’une agitation de molécules d’un fluide extrêmement subtil, dans lequel les corps planétaires seraient plongés. Mais ce qui est le plus décisif, c’est le passage suivant : « 11 est inconcevable que la matière brute et inanimée puisse opérer sur d’autre matière sans un contact mutuel ou sans l’intermédiaire de quelque agent immatériel ; il faudrait pourtant que cela fût ainsi, en supposant avec Épicure que la gravitation est essentielle et inhérente à la matière, et c’est là une des raisons qui m’a fait demander que vous ne m’attribuassiez pas l’opinion de la gravité innée. La supposition d’une gravité innée inhérente et essentielle à la matière, tellement qu’un corps puisse agir sur un autre à distance et au travers du vide, sans aucun intermédiaire qui propage de l’un à l’autre leur force et leur action réciproque, cette supposition, dis-je, est pour moi une si grande absurdité que je ne crois pas qu’un homme qui jouit d’une faculté ordinaire de méditer sur des objets physiques, puisse jamais l’admettre. La gravité doit être causée par un agent qui opère constamment selon certaines lois ; mais j’ai laissé à la décision

U Pnncipia mathemalica, p. 530.

de mes lecteurs la question de savoir si cet agent est matériel ou immatériel (1). »

Il résulte de ces différents textes, qu’aux yeux de Newton (qui a bien le droit d’être écouté quand il s’agit de la nature de l’attraction) ce phénomène était vraisemblablement l’effet d’une cause mécanique, agissant conformément aux lois générales du mouvement, quoiqu’on n’ait pas encore assez d’expériences pour rien affirmer sur la nature de cette cause mécanique. Quelques-uns des plus grands savants du xvm e siècle ont adopté cette opinion, par exemple Euler, qui, tout en défendant énergiquement la loi de Newton contre les cartésiens, admettait cependant avec ceux-ci que tous les phénomènes de mouvement s’expliquent mécanique ment, et rejetait l’idée d’une attraction à distance, comme d’une qualité occulte renouvelée des scolastiques. Voici ce que nous dit Euler à ce sujet :

« C’est un fait constaté par les raisons les plus solides que, dans tous les corps célestes, il règne une gravitation générale par laquelle ils sont poussés ou attirés les uns vers les autres, et que cette force est d’autant plus grande que les corps sont plus proches entre eux. Ce fait ne saurait être contesté ; mais on dispute s’il faut l’appeler une impulsion ou une attraction, quoique le seul nom ne change rien dans la chose même. Votre Altesse sait que l’effet est le même, soit qu’on pousse un chariot par derrière ou qu’on le tire par devant; ainsi l’astronome, uniquement attentif à l’effet de

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