C’est ainsi que Lamarck explique l’origine des sexes
DES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES iOi
turalîstes, que les formes vivantes soient modifiables à l’infini, et que les différentes espèces animales ou végétales ne soient que les transformations successives d’un même type, d’un même animal, d’un même végétal, on comprendra que les sexes aient pu ainsi se produire par une série de transformations graduelles, qui auraient commencé à la génération spontanée, pour s’élever jusqu’à la génération vivipare, la plus parfaite de toutes.
Laissant de côté ce dernier point de la question, à savoir la transformation des espèces animales, voyons ce qu’il faut penser de cette échelle croissante de générations qui s’élèverait ainsi de la génération spontanée à la génération sexuelle et vivipare.
La science moderne a présenté sur cette question un double mouvement en sens inverse des plus intéressants et des plus curieux. Ainsi, tandis que d’un côté on découvrait avec étonnement, dans le règne animal, la reproduction par boutures et par bourgeons, qui semblait propre au règne végétal, bientôt, par une étude plus approfondie, on fut amené à retrouver les sexes et leur rôle important dans ces bas degrés de l’animalité dont on était disposé à les bannir. Quoi de plus curieux, sous ce rapport, que les expériences de Bonnet sur les pucerons? Il découvre que les pucerons se reproduisent sans sexe et par une opération toute végétative, que M. de Quatrefages appelle un bourgeonnement interne. Mais est-ce là tout? Est-ce le seul mode de reproduction ? Non ; car au bout de cinq, six générations, peut-être plus, Bonnet vit reparaître les sexes; il vit
ces mêmes animaux s’accoupler, donner naissance à des œufs parfaitement caractérisés, et de ces œufs sortit des petits capables alors de se reproduire solitairement par une sorte de parthénogénèse. La génération solitaire et agame et la génération sexuelle alternent donc dans cette singulière espèce (1).
De même, Trembley découvre l’hydre d’eau ; il découvre que cet animal se multiplie par boutures, c’està-dire qu’en le coupant, on obtient autant d’individus semblables au type primitif qu’on peut le désirer. Eh bien I est-ce là le tout? Cette sorte de génération suffit^ elle à la multiplication des hydres d’eau, et en général des polypes? Non, et les faits sont ici si curieux, si nombreux et si complexes, que je renvoie le lecteur au livre si intéressant de M. de Qualrefages (2). Mais^ce qui paraît résulter des magnifiques travaux des zoologistes modernes, c’est la restauration de la génération par sexes dans les espèces si confuses et si obscures de l’animalité inférieure. Ces mêmes animaux qui se reproduisent par boutures et par bourgeons, se reproduisent également par des œufs et par le moyen des sexes. M. Ehrenberg, le grand micrographe, le Cristophe Colomb du monde microscopique, a découvert les sexes dans les hydres d’eau; M. Siebold dans les méduses; M. Sieberkühn dans les éponges; M. van Beneden dans les helmintes ou vers intestinaux; enfin, M. Balbiani dans les infusoires.
Comment s’expliquer maintenant une telle complica-