‹ Le matérialisme contemporainChapitre 20 sur 24 · Quatrefages, ibid., chap. XIX · texte numérisé non relu

Quatrefages, ibid., chap. XIX

la nature inorganique ne présente pas même la trace, se montre donc comme un caractère distinctif des êtres organisés, comme une de ces lois primordiales imposées dès l’origine des choses, et dont il faut renoncer à chercher la raison (1). »

Cette restauration de l’élément sexuel dans la génération des animaux inférieurs est un coup fatal porté à la génération spontanée. Cette théorie a subi encore d’autres échecs non moins curieux. Pendant longtemps, par exemple, elle avait pu invoquer en sa faveur un fait vraiment étrange et inexplicable en apparence : c’était l’existence des entozoaires 'ou vers intestinaux. « Aujourd’hui, disait J. Müller, c’est par la considération des vers intestinaux qu’il est le plus permis de soutenir l’hypothèse de la conversion d’une matière animale non organisée en animaux vivants. » L’existence de ces vers qui naissent jusque dans les tisssus les plus secrets, jusque dans l’intérieur des muscles, dans l’intérieur du cerveau, semblait un véritable mystère : eh bien! ce mystère est aujourd’hui expliqué, et l’origine de ces êtres étranges est ramenée aux lois ordinaires de la reproduction : seulement elle nous offre un des cas les plus merveilleux et les plus étranges de la théorie des métamorphoses. C’est ce qui est décidément établi par les beaux travaux de M. van Beneden. Qui se fût douté, avant ce savant, qu’un ver parasite fût destiné à passer une partie de sa vie dans un animal, et l’autre partie dans un autre; qu’il dût vivre à l’état fœtal dans un

i. Quatreîbges, ibid., cLap. XXIII.

animal herbivore, à l’état adulte dans un animal carnivore ? C’est pourtant ce qui arrive. Ces animaux changent en quelque sorte d hôtellerie. Ainsi le lapin loge et nourrit un ver parasite qui ne deviendra adulte que dans le chien ; le mouton nourrit le cœnure, qui dans le loup deviendra un ténia. Tout ver parasite passe par trois phases : la première est celle de l’œuf pondu dans l’intestin du carnivore et rejeté par celui-ci; la seconde, celle de l’embryon : l’œuf est avalé par l’herbivore, avec l’herbe qu’il broute, et il éclôt dans son estomac; la troisième est celle de l’adulte : celle-ci a lieu dans le corps du carnivore qui se nourrit d’herbivores (i). Tout le mystère est expliqué sans génération spontanée. D’ailleurs la découverte des sexes et des œufs dans les entozoaires tranche évidemment la question.

Il faut reconnaître toutefois qu’il y a encore certains faits dont on pourrait tirer avantage en faveur de la génération spontanée. Les deux principaux sont : 1° la reconstruction artificielle des substances organiques par la synthèse chimique (2); 2° la résurrection par l’humidité de certains animaux microscopiques, tels que les tardigrades et les rotifères (3).

Nous avons dit déjà que la matière qui compose les êtres organisés est la même que celle qui compose les corps inorganiques. A la vérité, tous les éléments que reconnaît la chimie minérale ne sont pas propres à com-

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