Dix-septième lettre Qt passim
merce est Tanie des relations entre les hommes, de même la circulation éternelle de la matière est Tâme du monde. La force est indestructible comme la matière, elle ne peut être créée ni anéantie. Elle se transforme indéfiniment, elle ne varie que dans ses manifestations, non dans son intensité, qui est toujours, dans la somme de ses effets, égale à elle-même. Les théories physiques nous montrent avec la dernière précision la conversion réciproque du travail mécanique en chaleur et de la chaleur en travail mécanique. Des inductions autorisées nous permettent de prévoir le moment oii toutes les forces de la matière, qui ne sont que des mouvements diversifiés, se transmettront les unes dans les autres et se ramèneront à l'unité. Quand dans un corps une propriété nouvelle apparaît, il y a là non pas création d'une force nouvelle succédant à une force anéantie, mais transformation de la même force dans des circonstances et des applications nouvelles. Pas de repos dans la nature, toute son existence n'est qu'un mouvement
circulaire dans lequel chaque mouvement, produit par un mouvement antérieur, devient à son tour la cause d'un autre mouvement équivalant exactement à sa cause ; nulle part lacune, perte ni excédant. Rien ne croît, ne naît, ne disparaît, rien ne commence et ne finit; la vie universelle est un cercle dans lequel les causes et les effets se lient sans discontinuité et forment une série d'anneaux où chaque anneau peut être considéré comme le premier et le dernier, comme le commencement et la fin de la chaîne immense.
Quant aux lois, elles ne sont que les rapports nécessaires, mécaniques entre les forces, c'est-à-dire entre les mouvements, rapports mathématiques que toutes les sciences doivent se proposer d'atteindre puisque le progrès de chacune d'elles, de la physiologie aussi bien que de la physique, consiste à faire rentrer les écarts et les divergences des phénomènes en apparence les plus inexplicables dans les infaillibles calculs du déterminisme universel. La méthode positive veut que l'on écarte absolument des explications de la nature tout
ce qui n'est pas nécessité absolue, géométrique, tout ce qui impliquerait un choix quelconque ou quelque finalité dans la liaison des phénomènes. L'activité éternelle de la nature s'exprime par des mouvements divers en apparence, et qui ne sont que des cas particuliers de la mécanique universelle. Les lois, répète sans cesse M. Moieschott, sont l'expression la plus rigoureuse de la nécessité ; d'où l'on peut induire combien il est antiscientifique, c'est-à-dire absurde, de considérer le gouvernement de l'univers comme le cours d'un ordre réglé et déterminé d'avance par pn esprit qui gouvernerait du dehors tout en poursuivant la tâche pénible, impossible même de s'accorder avec des lois immuables. Ici se pose un dilemme fameux dans l'école et que l'on varie avec complaisance sur tous les tons, plaisant ou grave, ironique ou didactique. Ou ce sont les lois immuables de la nature qui gouvernent, ou c'est la volonté divine : il faut choisir. Si la volonté divine gouverne, les lois sont superflues ; si au contraire ce sont les lois qui gouvernent, elles
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gouvernent immuablement, c'est-a-dire qu'elles excluent toute intervention d'une cause étrangère. Or tout nous atteste l'existence des lois immuables. Il faut donc bien croire que l'idée de Dieu est la plus inutile des chimères. Si par hasard Dieu existait, son autorité ne pourrait être que purement honoraire. Dans ce cas, il faudrait dire de Dieu ce qu'on disait du roi constitutionnel : Dieu règne et ne gouverne pas. Dieu règne, et ce son! les lois qui gouvernent. Pour l'honneur de Dieu, autant dire qu'il n'existe pas.
Il ne faut donc pas chercher dans des es paces imaginaires, en dehors de ce monde, une retraite où la fantaisie et la superstition puissent se réfugier. Partout où atteint l'expérience, les lois physiques étendent leur empire, qui ne cesse que là où nos sens ne pénètrent plus. On peut donc en inférer qu'en dehors des espaces où s'étend la matière il n'y a rien. Le monde est un infini réel, c'est-àdire composé des mêmes substances, animé par les mêmes forces, contenu par les mêmes lois. L'étude empirique de la nature, de
qurlque côté qu'elle se porte, ne peut trouver nulle part trace d'une influence surnaturelle, ni dans l'espace ni dans le temps. Dans le grand tout, il n'y a que lui. — L'histoire de l'arrangement, de l'organisation du cosmos, de l'cclosion de la vie et de la pensée à la surface de cette planète que nous habitons, tout cela pourrait être àéàmi à priori àes lois mathématiques du mécanisme universel, s'il était possible de réunir toutes les données, tous les éléments du problème. Il faut laisser là l'histoire fabuleuse de certaines périodes déterniinées dans la création de la terre. Tout s'explique par l'action lente et successive des mt'mes forces phvsiquesque nous voyons agir encore aujourd'hui, mais en des intervalles de temps immenses. Des milliers d'années sont au chronomètre de la nature un seul mouvement de pendule, ce qu'est un moment pour nous.
Par là se trouvent en même temps résolus tous les problèmes relatifs à l'origine de la vie. La paléontologie, les couches successives de terrains, les flores et les faunes diverses,
tout indique, nous dit- on, que les êtres organiques qui peuplent la terre ne doivent leur existence et leur propagation qu'à l'action réciproque des substances et des forces connues. Il ne faut pas aller chercher l'explication de ce phénomène dans la chimère d'une force vitale, cette entité imaginaire inventée pour combler un vide de notre ignorance. Cette force vitale serait en contradiction avec le plan général des forces. La vraie force vitale est non pas un principe, mais un résultat. Vivre n'est qu'une application et une force particulière de la mécanique. La flamme de la vie, le feu dérobé parProméthée, se résout pour nous dans les forces physiques et chimiques. LWgamqueet^^ guent que par le degré de complication. Aussitôt que la matière a atteint un degré déterminé de composition, la fonction de la vie prend naissance avec la forme organisée ^ La conservation de cet état de composition chimique au milieu de l'échange constant des molécules