‹ Le matérialisme et la scienceChapitre 18 sur 39 · Cinquième j dix-septième lettre ei passim · texte numérisé non relu

Cinquième j dix-septième lettre ei passim

ET LA SCIENCE. Hl

produit la vie des individus. La vie n'est donc rien qu'un état de la matière fondé sur ses propriétés inaliénables, résultat de mouvements spéciaux que provoquent la chaleur, la lumière, l'eau, l'air, l'électricité et les ébranlements mécaniques. L'œuvre du physiologiste est de suivre dans son évolution graduelle la matière, soit qu'elle monte, soit qu'elle descende dans la série des êtres, selon qu'elle se compose ou se décompose, depuis la formation de la terre, de l'air et de l'eau jusqu'à la création de l'être susceptible de croître et de penser. « Une bouteille contenant du carbonate d'ammoniaque, du chlorure de potassium, du phosphate de soude, de la chaux, delà magnésie, du fer, de l'acide sulfurique et de la silice, est d'une manière idéale le principe vital complet. » Tout ce que nous appelons corruption, désorganisation, mort, n'existe pas dans le sens propre du mot ; dans la circulation incessante de la matière, il n'y a ni commencement ni fin. Que les éléments dissociés se rencontrent de nouveau dans des combinaisons convenables, et

l'animal naîtra. C'est raffinité de la matière qui estla toute-puissance créatrice {schaffendc Allrnacht). De là on peut conclure à l'inutilité et à l'absurrlité des causes finales. Le monde organique aussi bien que le monde inorganique n'est qu'une série mathématiquement ordonnée de résultats, non un plan pensé et voulu, non une harmonie d'intentions liées entre elles ; c'est un pur théorème de mécanique. Les forces agissent nécessairement, aveuglément, et de leur concours résulte la diversité infinie des êtres.

L'âme, la pensée, la volonté, que deviennent-elles ? quelque chose de très- simple en vérité, et qui concorde avec le reste du système. Ce qu'on appelle l'âme, l'ensemble des forces mentales, n'est rien que le produit d'une composition extraordinaire de la matière. Il faut suivre jusqu'au bout la loi d équivalence à^^ forces physiques pour trouver le secret que les psychologues ont cherché en vain. C'est M. Herbert Spencer (il ne sera pas assurément désavoué par M. Moleschott) qui a poussé aussi loin aue possible cet essai

de génëraiisalion de la loi d'équivalence et du principe des transformations de la force. D'une part les forces vitales sont en corrélation exacte et directe avec les forces physiques, et d'autre part elles sont la source des pensées et se dépensent à les produire. L'activité mentale est l'équivalent exact de l'activité de l'oxydation du cerveau. « Les modes de conscience appelés pression, mouvement musculaire, sensation de son, de lumière et de chaleur, sont produits en nous par des forces qui, si elles se dépensaient d'une autre manière, mettraient en pièces ou en poussière des morceaux de matière, engendreraient des vibrations dans les objets environnants, opéreraient des combinaisons chimiques ou feraient passer des substances de l'état solide à l'état liquide.... Toutes choses égales, ce que nous appelons quantité de conscience est déterminé par les éléments constitutifs du sang.... La production des forces intellectuelles dépend directement des changements chimiques. La quantité d'action mentale est en rapport avec l'oxydation du phosphore

qui entre dans la composition de la substance cérébrale*. » L'âme humaine ne diffère donc pas de l'âme des animaux par la qualité, mais seulement par la quantité. La pensée est un simple mouvement de la matière. Le rapport est le même entre la pensée et les vibrations électriques des filaments du cerveau qu'entre la couleur et les vibrations de l'éther. Quant à la volonté, il implique contradiction au plan universel qu'elle soit autre chose que l'expression mécanique d'un état du cerveau déterminé par les actions extérieures.

Cette théorie a pour conséquence (qui le croirait?) une théorie du progrès. Quelle est, d'après ces données, la vraie destinée de l'homme ? quelle est la loi de l'évolution graduelle de la société, liée intimement à l'évolution graduelle de la matière? «Tout

1. Voyez, dans la préface du traducteur des Lettres siir la Circulation de la vie^ plusieurs citations des Premiers principes de M. Herbert Spencer évidemment destinées à montrer l'affinité de la Icctrine de M. Spencer avec celle de M. Moleschott.

le labeur de l'homme, dit M. Moleschott, s'effectue dans des voies qui aboutissent, comme autant de rayons, au cercle que la matière doit parcourir. La lutte se rapproche ou s'éloigne du centre suivant les degrés de notre savoir. Plus nous concevons clairement que nous travaillons au plus haut développement de l'humanité par une judicieuse association d'acide carbonique, d'ammoniaque et de sels, d'acide humique et d'eau, plus aussi deviennent nobles la lutte et le travail au moyen desquels nous cherchons à fixei* sur le plus court chemin, au dedans du cercle, la rotation des éléments*. » La question sociale n'est donc plus aux mains du politique ni de l économiste, elle est tout entière aux mains du naturaliste. Au fond, la misère n'est qu'un manque de matière, qui s'exprime indirectement par un manque d'argent. La solution de la question de la misère est donc dans une meilleure répartition de la matière. Il y a des sels en quantité excessive, nous n'avons

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