‹ Le matérialisme et la scienceChapitre 25 sur 39 · M. Auguste Comte et M. Stuart Mill · texte numérisé non relu

M. Auguste Comte et M. Stuart Mill

visme, n'oblige le genre humain à rejeter les explications théologiques sur le commencement du monde, à cesser de rapporter la constitution de la nature à une volonté intelligente, de croire à un créateur et suprême gouverneur du monde. Ce raisonnement, par lequel il établit sa thèse, vaut contre le matérialisme aussi bien que contre le positivisme. En effet, dit M. Mill dont nous résumons la pensée, parce que l'on est résolu à ne tenir compte, dans les sciences positives, que d'un ordre reconnu des phénomènes, s'ensuit-il que l'on soit obligé d'étendre à l'infini en arrière et d'appliquer au passé les mêmes théories positives qui expliquent le présent ? Dans l'ordre actuel des choses, nous rejetons le surnaturel^ c'est-à-dire toute explication des phénomènes prise ailleurs que dans les lois déterminées ou délerminables.

Mais le mode positif de penser n'est pas nécessairement une négation du surnaturel ; il se contente de le lejeter à l'origine de toutes choses. Si T univers eut un commencement, ce commencement, par

ET LA SCIE?fCE. 171

les conditions mèin(?s du cas, fut surnaturel ; les lois de la nature ne peuvent rendre compte de leur propre origine.

Tout ce que la philosophie positive (et de même le matérialisme) peut établir, c'est que, dans les limites de l'ordre existant de l'univers, ou plutôt de la partie qui nous en est connue, la cause directement déterminative de chaque phénomène est naturelle. Mais avec ce fait il n'est nidlement incompatible de croire que l'univers fut créé et même qu'il est continuellement gouverné par une intelligence suprême, pourvu que nous admettions que ce gouvernement intelligent adhère à des lois fixes. Il suffit, pour être fidèle à ce qu'il y a d'essentiel dans la philosophie positive, de considérer tous les événemenîo comme des parties d'un ordre constant, chacun de ces événements étant le conséquent invariable de quelque antécédent, condition ou combinaison de conditions. Mais sur le reste l'opinion est libre et personne n'est obligé d'aller au delà de ce point, même étant admis le mode

positif (le penser. Il demeure loisible pour chacun de nous de reconnaître ou de nier un antécédent universel duquel tout le système de la nature soit originellement le conséquent, que cet antécédent universel soit d'ailleurs conçu comme une intelligence ou non. — La gravité de cette concession de M. Stuart Mill n'a pas échappé, nous l'avons vu', à la sagacité de M. Littré, et l'on s'explique sans peine la vivacité des instantes réclamations que le chef actuel du positivisme français oppose à de pareilles assertions, par lesquelles toute la métaphysique peut se relever, pourvu qu'elle se tienne à l'origine des choses et qu'elle ne prétende pas troubler par des vues arbitraires, c'est-à-dire par des caprices, l'ordre actuel et reconnu des phénomènes.

Retenons de ce raisonnement de M. Stuart Mill cette proposition qui nous paraît péremptoire : si l'univers eut un commencement, ce commencement, par les conditions mêmes du cas, fut surnaturel ; les lois de la

Page 1