‹ Le matérialisme et la scienceChapitre 26 sur 39 · Voir ])lus haut, page · texte numérisé non relu

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nature ne peuvent rendre compte de leur origine. Il y a là une fin de non-recevoir absolue contre les prétentions du matérialisme. Elle met parfaitement en lumière le postulat sous-entendu d ms toutes les sectes contemporaines qui prétendent résoudre négativement le problème du commencement des choses par des données expérimentale? puisées dans l'ordre des phénomènes matériels et de leurs lois. Assurément on peut supposer que cet ordren'ait jamais commencé, et c'est cette supposition qui constitue le matérialisme dogmatique. Mais sur quoi s'appuie cette sorte de dogmatisme ? Quelle expérience a vérifié cette hypothèse et l'a fait passer par le contrôle au rang d'une vérité incontestable ? Je réponds à cette hypothèse par une hypothèse contraire qui la détruit. gJe suppose que l'univers eut un commencement, ce qui revient à dire que l'ordre actuel n'a pas toujours existé. Comment les matérialistes peuvent-ils me prouver le contraire ? Par l'examen des lois de la nature ? Mais ces lois peuvent bien rendre compte de

ce qui est, non de ce qui, par hypothèse, a précédé ce qui est. Elles expliquent la forme actuelle de l'univers, non le mode de sa formation, si l'on suppose qu'il y a eu formation. Il ne suffit pas de dire que s'il y a une question d'origine à poser, toute explication expérimentale est impuissante à la résoudre, il faut ajouter que nulle expérience ne peut démontrer qu'il n'y a pas de question d'origine à poser et que l'ordre des phénomènes actuels est éternel comme il est constant.

Plus d'un adversaire de la métaphysique, réduit par l'évidence, nous donnera raison sur ce point. Un savant célèbre de Berlin, M. Yirchow, qui à certains égards peut être considéré comme inclinant visiblement au matérialisme, s'en détache et s'en distingue cependant par ces fermes déclarations qui confirment tout ce que nous venons de dire et que nous recueillons comme l'aveu précieux d'une intelligence supérieure. «Personne, après tout, ne sait ce qui était avant ce qui est. ... La science n'a d'autres données que le monde qui existe.... Le matérialisme est une tendance

à vouloir expliquer tout ce qui existe, tout ce qui se fait par les propriétés de la matière. Le matérialisme va au delà de l'expérience, il se constitue à l'état de système. Or les systèmes sont bien plus le résultat de spécLdations que le résultat de l'expérience. Ils prouvent en nous un certain besoin de perfection que la spéculation peut seule satisfaire, car toute connaissance qui est le résultat de l'expérience est incomplète et présente des lacunes^ »

La science positive n'a d'autres données que le monde qui existe; l'expérience ne peut nous apprendre que ce qui est ; personne ne peut savoir expérimentalement ce qui était avant ce qui est. Il semble que ce soient là les termes dans lesquels doit se tenir tout savant digne de ce nom ; mai.^ cette mesure du bon sens scientifique ne convient guère au tempérament belliqueux de M. Bucliner, le porte- drapeau du matérialisme, non plus qu'à celui de ses jeunes compagnons

\» Revue des Cours sclentlfiqiies,AJ\ukç 186i, p. 308-310.

d'armes. On nous déclare fièrement que la perception des sens suffît au matérialisme ; que c'est sur des faits visibles et palpables qu'il s'appuie; que les sciences physiques et naturelles ont parfaitement le droit de se mêler des questions philosophiques , une science n'ayant d'autres limites que celles qu'elle se pose à elle-même. En vain quelques savants timides conseillent de s'abstenir, parce qu'ils ci'oient que les matériaux de l'empirisme ne suffisent pas encore à la solution des problèmes de cet ordre. « Non sans doute, leur répond avec assurance M. Bûchner, non, ils ne suffisent pas pour résoudre ces questions d'une manière positive, mais ils sont plus que suffisants pour les résoudre d'une manière négative, w Mais n'est-ce pas résoudre ces questions très-positivement que de les résoudre ainsi ? Soutenir qu'il n'y a pas même lieu de poser la question de Dieu, c'est affirmer que le inonde existe par soi, ce qui est une solution très-positive. Or, c'est

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