‹ Le matérialisme et la scienceChapitre 27 sur 39 · Force et Matière, p. 25S -260, etc · texte numérisé non relu

Force et Matière, p. 25S -260, etc

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ce que deux vrais savants, l'un dans l'ordre de la logique, l'autre dans les sciences de la réalité, MM, Stuart Mill et Vircbow, se déclarent péremptoirement incapables d'affirmer, toute démonstration de ce genre étant à leurs yeux entachée d'une pétition de principe. Jusqu'à ce que le matérialisme soit parvenu à sortir de ce cercle vicieux que la logique trace autour de sa conception fondamentale, jusqu'à ce qu'il ait réussi à prouver expérimentalement que ce qui est a toujours été tel qu'il est, dans la forme actuelle de l'ordre reconnu des phénomènes ; tant qu'il n'aura pas oté à ces questions d'origine le caractère de transcendance qu'elles ont par essence, et qu'il n'aura pas soumis ses solutions négatives à une vérification dont l'idée seule est contradictoire; jusque-là, et nous avons, on le voit, de bonnes raisons de croire ce moment fort éloigné, le matérialisme subira la condition commune de toute démonstration non vérifiable. Il raisonnera à sa façon sur l'impossibilité de concevoir un commencement au système des choses, à l'existence de la matière

et de ses propriétés, mais il ne prouvera rien expérimentalement, ce qui est, d'après ses principes, la seule manière de prouver quelque chose. Il spéculera, ce qui est fort humiliant pour les contempteurs de la spéculation. Il recommencera une métaphysique, ce qui est le comble de la disgrâce pour les adversaires de la métaphysique. On nous reproche sans cesse le caraclère à priori de nos solutions concernant les causes premières. Il faut que le matérialisme accepte sa part de l'objection, si plein d'illusions qu'il puisse être sur sa valeur et sa portée scientifiques, si enivré qu'il soit des conquêtes de la science positive avec laquelle il essaye vainement d'identifier sa cause^ de confondre sa fortune et «es droits.

cnAPiTPiE vu.

Incompétence du matérialisme scientifique dans les questions d'origine. Exemples tires de sa critique de l'idée de Dieu.

Nous avons essayé de montrer que l'expérience, telle que l'emploient les sciences de la nature, n'a pas qualité pour traiter les questions d'origine; qu'elle ne peut rien avancer sur ces grands sujets qui puisse être vérifié; ({ue par conséquent le matérialisme est mal venu à se présenter à nous comme étant la solution négative de ces questions, au nom des sciences naturelles, de même que le spiritualisme se ferait illusion à lui-même s'il se persuadait qu'il possède la démonstration rigoureusement et positivement empirique de Dieu. Ni la théodicée ni la négation de

la théodicée ne sont^ à proprement parler, objet de science positive^ dans le sens que nous avons donné à ce mot, n'étant pas matière à vérification expérimentale. Hors de ce point unique, il n'y a que la raison et le raisonnement opérant d'après leurs procédés et sous leur responsabilité propre. Nous venons de le démontrer sous forme synthétique ; nous arriverions au même résultat par voie d'analyse, en examinant la thèse négative du matérialisme contre Dieu aussi bien que ses thèses positives sur l'éternité de la matière et de la force.

Prenons d'abord cette affirmation qu'il n'y a pas de Dieu. M. Clievreul, dans le livre que nous avons déjà plusieurs fois cité et qui est presque exclusivement consacré à la définition de la méthode expérimentale et à ses emplois divers, fait précisément à cette question une curieuse application de ses principes. Suivons-le pour un instant, ce sera pour nous une occasion intéressante de voir comment un savant peut envisager les problèmes de cet ordre avec ses procédés et ses habitudes d'es-

prit. L'alhée, dit-il dans un chapitre que nous résumerons le plus souvent avec les expressions mêmes de l'auteur*, affirme qu'il n'y a pas de Dieu et que dans l'univers il n'existe que de la matière brute et des forces qui y sont inhéi'entes. En posant une pareille affirmation, l'athée part-il de la méthode expérimentale? Assurément non. Il reproche aux partisans de l'existence de Dieu de n'admettre qu'une hypothèse, dans l'impuissance où ils sont de la démontrer. Mais, lui, peut-il démontrer la sienne? Il ne l'a jamais fait et tout porte à croire qu'il ne le fera jamais. Et reprenant à son point de vue la question de l'existence de Dieu , M. Chevreul entreprend de nous faire sentir qu'il y a dans la suite du raisonnement d'où l'on conclut Dieu une logique plus conforme à l'esprit de la méthode expérimentale que dans la suite du raisonnement contraire.

En quoi consiste la pratique usuelle et

1. Histoire des connaissances chimiques^ liv. V, chap. m, art. 2, p. 350 et sq.

familière de cette méthode? A rechercher la cause immédiate d'un effet, d'un phénomène sur lequel l'attention de l'observateur s'est fixée. Le but une fois atteint, qu'y a-t-il? un effet décrit, constaté, et la cause immédiate de cet effel connue. Appliquons cela à la considération de la vie dans le monde. Nous y verrons une série d'effets disposés de telle sorte que nous devons les rapporter à une cause intelligente, et que celte cause intelligente nous paraît être la seule par laquelle il soit possible d'expliquer une pareille liaison d'effets. Remarquons bien qu'il n'y a dans ce raisonnement qu'une analogie avec la mé thode expérimentale, une conformité avec l'esprit de cette méthode. M. Chevreul ne prétend pas offrir ce raisonnement comme une application précise des règles de l'expérience positive ; mais c'est un raisonnemeni pour le moins aussi naturel, aussi nécessaire que celui que nous faisons en voyant une montre, l'agencement de ses parties, les résultats de cet agencement, quand nous concluons que la montre ne s'est point faite seule,

sa partie essentielle n'étant pas la matière brute, mais l'arrangement de ses parties par l'esprit de l'homme.

Voici un vertébré, un insecte, un mollusque, à partir du moment où, germe fécondé, il apparaît à l'œil aidé du microscope; observons-le jusqu'à sa mort, et nous verrons combien les actes dont sa vie se compose diffèrent du mouvement de la montre. Tous les organes de celle-ci restent matière brute pendant le mouvement comme pendant le repos. Mais l'être destiné à vivre jouit de la faculté de s'accroître aux dépens du monde extérieur. Que de phénomènes remarquables depuis sa naissance jusqu'à Tépoque où il transmet la vie à des parcelles de matière qui seront un jour des individus semblables à leurs ascendants et capables à leur tour de la transmettre à d'autres parcelles ? Quelle merveille que cette forme spécifique se perpétuant dans une succession d'êtres, les circonstances restant les mêmes, surtout si l'on compare l'extrême variété de toutes ces formes spécifiques d'êtres vivant dans des

circonslances semblables du monde extérieur et n'empruntant à ce monde, pour s'accroître, qu'un très-petit nombre d'éléments matériels! Examinez les différences respectives des organes aux divers âges de la vie, l'harmonie mutuelle, le changement graduel de ces formes, dans le même individu. Appliquez à l'étude philosophique de la vie les grands principes de fetat antérieur et de l'étal ultérieur auxquels M. Chevreul attache avec raison une si grande importance, et qui ne sont qu'une transformation du principe de la finalité, une traduction en langage expérimental et positif. Mais voyez surtout éclater les merveilles de la vie dans l'instinct de l'animal, dans l'intelligence de l'homme, dans la grandeur inattendue du sens moral qui couronne et achève cette série de phénomènes. — Si la montre ne s'est point faite toute seule, la partie essentielle étant non la matière brute mais l'arrangement de ses organes par l'esprit de l'homme, ce fait incontestable nous conduit sans détour à dire : L'univers ne s'est pas fait seul tel que nous le voyons ; une intelligence suprême a

présidé à son arrangement avec nombre, poids et mesure. Ici, de même que dans la montre, ni la matière, ni la nature des forces simples agissant sur cette matière ne constituent essentiellement l'être vivant. C'est l'arrangement de cette matière soumise à une résultante de forces qui constitue la i>ie et en vertu de laquelle la vie de l'être se transmet avec sa forme spécifique à des individus capables de la perpétuer dans l'espace et dans le temps. « Cette suite de considérations, conclut M. Chevreul, ne satisfait- elle pas plus l'esprit que les raisonnements dont la conclusion aboutit au matérialisme ? Qui m'y a conduit? C'est l'usage continu de la méthode expérimentale dont le point de départ est le phénomène, l'effet; et le but, la cause immédiate de ce phénomène, de cet effet. C'est la pratique instinctive de cette méthode qui naturellement, nécessairement me conduit à cette conclusion que si la montre est l'œuvre de la science humaine, l'être doué de la vie n'a pu la recevoir, avec l'instinct, l'intelligence et le sens moral, que d'une science

divine*. » S'il n'y a pas là une démonstration rigoureusement positive, au sens vraiment scientifique du mot, il y a du moins un ordre et une liaison de raisonnements qui sont de nature à établir une très -forte probabilité pour tout esprit qui n'est pas systématiquement et d'avance déclaré contre cette croyance.

En tout cas, et c'est le point essentiel que M. Ghevreul veut mettre en lumière, il y a dans cette manière de raisonner beaucoup plus d'analogie avec l'esprit expérimental que dans celle des matérialistes. Peut-on citer, par exemple, une proposition plus à priori ^ plus étrangère à toute observation, plus réfractaire à toute vérification possible qu'un principe tel que celui-ci que l'on retrouve à la base de tous les systèmes matérialistes : Tout ce qui est possible arrive ? D'où l'on infère que l'univers étant possible, cela suffit pour qu'il soit — ou bien encore que l'univers étant possible, arrangé commeoious le voyons,

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