De ipsâ nature
ce qu'il faut bien comprendre. Il arrive cependant trop souvent aux adversaires de la métaphysique de l'invoquer dans les cas embarrassants et de faire intervenir ce nouveau deus ex machina pour dénouer les problèmes insolubles par les causes matérielles. Si l'école matérialiste veut être fidèle à l'esprit de la méthode expérimentale, il faut absolument qu'elle renonce à ce nom trop commode qui n'est qu'une métaphore sous laquelle se glisse plus d'une équivoque et s'abrite plus d'une pétition de principes.
En résumé, la critique du matérialisme dans la question de l'existence de Dieu repose sur deux propositions : l'une qui établit l'immutabilité et l'universalité des lois physiques, d'où l'on conclut l'inutilité d'un dieu qui coexisterait avec ces lois; l'autre qui prétend établir l'absence complète des marques de dessein, d'où l'on infère que le monde dans sa constitution actuelle étant un ensemble de résultats purement mécaniques absolument exclusif de toute intention, il n'y a pas eu de création. Ni Dieu créateur, puis-
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qu'il n'a pas laissé de traces de sa pensée dans son œuvre, ni Dieu providence, puisque son acte providentiel disparaît dans l'inflexibilité des lois, voilà la conclusion. Des deux propositions sur lesquelles elle se fonde, l'une est incontestable, mais en bonne logique elle ne conclut pas contre Dieu. A supposer que Dieu existe, il est auteur de Tordre et dès lors on ne peut pas exiger qu'il se révèle dieu en portant atteinte capricieusement aux lois qu'il a posées. L'autre proposition est des plus contestables, c'est celle qui exclut la finalité de l'étude scientifique du monde. Qu'on le remarque bien, cette proposition n'aurait toute sa valeur qu'à la condition d'être absolue. Or elle ne l'est pas, elle ne peut pas l'être; elle est relative à certaines parties du monde, elle cesse d'être exacte pour d'autres. Et s'il y a quelque part, en un seul point du monde, des traces sensibles de finalité, tout nous porte à croire qu'il y a des fins ailleurs, même là où elles ne se révèlent pas h nos moyens bornés d'investigation. Il suffît d'ailleurs de remarquer que sur cette question l'accord est
loin de régner entre nos adversaires, pour se persuader qu'elle n'est pas scientifiquement résolue. Peut-on tirer une autre conclusion de ce fait considérable que des positivistes comme M. Stuart Mill, des matérialistes comme M. Moleschott n'admettent aucune incompatibilité entre l'idée de fin et la conception scientifique du monde ? Donc en excluant la cause première, la cause intelligente, sur des données aussi contestables, l'école matérialiste fait du pur dogmatisme, du dogmatisme à sa manière, sous sa responsabilité propre, en dehors de toute expérience et vérification, ce qui étant contraire à ses principes lui ôte toute raison d'être.