L^ CONTREBANDIER
Loubaire avait consacré une grande heure à Noire-Dame de Forcassi. Il avait vu la statue noire avec sa toilette hebdomadaire, les belles peintures, la clôture sculptée dont on avait hâté la restauration, et qui, malgré les soins de l'artiste à donner au bois nouvellement travaillé une teinture de bois antique, montrait encore bien nettement les points où elle avait été fracturée.
Tout cela fut d'un vif intérêt pour notre voyageur. Il lui semblait voir encore son jeune ami, dans cette exaltation fébrile que donne une grande passion, secouer violemment ces sculptures noircies par le temps et s'écrier d'une voix vibrante à la vue de Louise : C'est ma sœur, je veux ma sœur!
11 entrait dans les plans de Loubaire de mettre à
profit les huit jours qu'il avait donnés à raonsignor Giuslo, pour visiter les environs du lac de Bolsena, les grandes cités étrusques situées entre Viterbe et Corneto et de rentrer à Rome par le chemin de fer de Civitta-Yecchia. Au moment de quitter Notre-Dame de Forcassi, il voulut aller faire une visite au libérateur de Louise, au brave lacomo.
D'après les indications données par Louise, il ne lui fut pas très-difficile de trouver la petite maison blanche du contrebandier. lacomo était chez lui. Sa connaissance avec Loubaire fut bientôt faite : rien ne rapproche les hommes comme le dévouement à une même cause, l'affection pour les mêmes êtres.
— lacomo, vous avez été un brave homme ; je vous aime comme si vous m'aviez sauvé, à la place de cette charmante femme.
— Et elpovero?
— Ah! vous savez où il est?
— Dans les griffes du diable.
— Pis que cela : on peut gagner le diable : on n'a c|u'à se donner à lui.
Loubaire raconta en détail tous les efforts qui avaient été faits, et leur inutilité absolue, lacomo était tout sérieux.
— Dunque, l'ambassadeur de Sa 3îajesté impé-