UN VÉRITABLE SIÈGE
masse de curieux qui centuple toujours, dans les cas semblables, les rassemblements, s'écoulait à petits pas. Les gendarmes pontificaux faisaient quelquefois les récalcitrants : ils étaient disposés à trouver les Français trop pleins de mansuétude, et ne déguisaient pas leur mauvaise humeur de manquer ainsi l'occasion de prouver du zèle. De leur côté, les patriotes romains eussent été au désespoir de ne pas larder quelques-uns de ces bons pontificaux. Il y avait donc du tragique et du comique, en même temps, dans cette singulière escarmouche, où il fut bien et clairement prouvé au comité que les ordres donnés à l'armée d'occupation étaient très-sévères, qu'on y mettrait des formes tant que le mouvement serait aussi peu sérieux, mais qu'on deviendrait implacable le jour où une révolution serait imprudemment tentée.
Tout ceci se passait au point principal où s'étaient portées les masses curieuses. C'est presque une fête pour certaines imaginations qu'une émeute, c'est du nouveau. Le spectacle peut coûter quelque égratignure, mais chacun est acteur et se console par là des petits désagréments attachés à son rôle.
La troupe française s'était développée, d'une manière formidable, depuis la plaine del Popolo jusqu'au Cotisée, occupant ainsi la grande artère
OÙ circule le peuple, et maîtresse, par conséquent, du champ de bataille.
On avait peu prévu ce qui pourrait se passer sur des points isolés ; toutefois, la police pontificale avait fait doubler les postes des prisons.
lacomo, en stratégiste habile, avait pris toutes ses dispositions. A mesure que les hommes qu'on lui avait promis se rendaient vers le lieu désigné par lui à l'agent, il les prenait, les entraînait dans quelques-uns de ces bouges obscurs, où le peuple se plait tant parce qu'il y trouve toute liberté. Il leur faisait verser des flots d'un vin généreux payé par l'or de Loubère. Et quand tous ces hommes, au nombre de trente environ, furent arrivés à cette excitation frénétique, sans laquelle on ne gagne pas de batailles, qu'il eut exalté leur imagination dans une catilinaire où le gouvernement des prêtres ne fut pas épargné, et dans laquelle il leur rappelait la bravoure et l'humanité que le peuple de Piome avait déployées, il y avait quatorze ans, au moment de la révolution, pour délivrer les victimes du Saint-Office, il leur distribua quelques armes, cachées dans un de ces bouges, et, se mettant à leur tête, les fit marcher, en rangs serrés, jusqu'à la porte de la prison de l'Inquisition.
Le premier choc fut terrible. La pohce prévenue tenait en embuscade le double poste qu'elle avait placé pour soutenir le siège. Quelques hommes