‹ Le mauditChapitre 19 sur 57 · LOUISE A PARIS · texte numérisé non relu

LOUISE A PARIS

L'évasion de Louise de la belle retraite de Noire- Dame de Forcassi avait fort surpris les Jésuites. Qui eût songé à aller dénicher là une jeune fille, dans ce pays de montagnes malfamé pour ses contrebandiers et ses bandits ? Comment l'habile Denis avait-il manqué son homme et n'avait-il pas eu l'idée, avec le secours du délégat, de faire saisir Julio, le jour où, s'élant présenté à Yiterbe, on pouvait soupçonner que le secret de la retraite de Louise lui était connu? C'était là de la police élémentaire; et dans un paysoii la liberté personnelle n'existe pas, qui se fût occupé de l'illégaUté de cette arrestation?

Les Jésuites étaient furieux. Ils sentirent à merveille les graves conséquences que pouvait avoir pour eux dans l'opinion publique, en Europe, l'idée

qu'ils avaient pris quelque part à l'odieuse séquestration de la sœur de Julio, surtout au moment où les tribunaux français retentissaient des débats de séquestrations semblables. Et l'on se souvient que, dans ces débats, le beau rôle ne fut pas pour le clergé régulier.

Ce que les Jésuites redoutaient surtout, c'était l'explosion qu'amènerait en France le récit de la séquestration et de la délivrance de mademoiselle de la Clavière fait, par elle-même, dans un monde particulièrement ennemi des Jésuites. Le journalisme libéral, toujours avide de pareilles nouvelles, si compromettantes pour les Pères, qui, depuis quelques années surtout, s'étudiaient à ne se compromettre en rien, tant le sol était brûlant sous leurs pieds, allait recueillir cette aventure romanesque, qu'on croirait impossible en plein dix-neuvième siècle, et en servir un bon plat à plusieurs milliers de lecteurs. C'était là un danger réel ; il fallait y penser.

Le jour que Louise, après s'être séparée de Loubaire, qui partait lui-même pour Rome, arriva à Lyon, encore convalescente, pour se rendre de li à Paris, elle ne fut pas peu étonnée de se voir aborder, dans l'hôtel où elle descendit, par un étranger qui prétendait avoir à lui faire, à elle, mademoiselle Louise Julio de la Clavière, une communication de la plus haute importance.

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