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LOUISE A PARIS

vaut la misère et la mort que de devoir quelque chose à mes spoliateurs. Quant à madame la comtesse de***, un souvenir sacré est pour elle une sauvegarde. Le nom de celle qui fut l'amie de n^ a mère ne sera jamais prononcé par moi.

— Prenez garde, mademoiselle, vous vous repentirez peut-être de n'avoir pas accepté l'intervention des Jésuites en faveur de votre frère.

— J'abandonne cela à Dieu. Je vous salue, monsieur.

Cette parole fut dite d'un ton à ne plus permettre de continuer l'entretien.

L'agent se retira. C'était Denis qui, de retour d'Italie, et muni d'ordres secrets du révérend Père Général, était parvenu à découvrir Louise dans sa retraite de Lans-le-Bourg,

Louise, maintenant édifiée sur l'habileté policière des Jésuites, remarqua que cet homime ne la quittait plus. Il se trouva à la gare et monta en vagon en même temps qu'elle, le- jour où elle partit pour Paris. Il eut, toutefois, la pudeur de ne pas venir s'installer dans le même compartiment.

Quand Louise prit une voiture, pour se faire conduire à un hôtel de la rue de Grenelle-Saint- Germain où elle descendit, Denis était en fiacre derrière elle. Le lendemain elle chercha un appar tement. Elle s'y installa. Une demi-heure après,

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on savait chez les Jésuites que mademoiselle de la Clavière demeurait rue de la Barouillère, n° o.

Cette maison était calme et silencieuse : il ne passe pas quelquefois une voiture en vingt-quatre heures dans la rue de la Barouillère, proprette cependant, bien aérée, assez large, munie de trottoirs, mais ayant peu de maisons ouvertes sur la rue : c'est une vraie solitude au sein du bruyant Paris; asile destiné à des âmes blessées qui viennent y chercher l'isolement du monde; à des penseurs qui ont besoin de recueillement; à des amoureux fugitifs qui redoutent les regards.

Le n° 5 se compose de deux corps de logis, l'un donnant sur la rue avec une porte cochère, c'est là que se trouve la loge du portier : l'autre au delà d'une petite cour pavée, triste et sans grâce, n'ayant, pour l'égayer, ni un massif de pervenches aux fleurs bleues, ni quelques iris aux feuilles en glaive, ni une humble giroflée étalant, aux premiers jours du printemps, ses petites corolles d'or.

L'appartement de Louise était simple comme elle et en raison de sa modeste fortune. A l'entrée, un petit vestibule de deux pas au carré, un salon, deux chambres, l'une pour le frère absent, — quand on aime on espère toujours, — l'autre pour elle; plus, contre l'entrée, un petit recoin appelé par hyperbole une cuisine. Le tout au quatrième.

LOLISt A TARI- I ÔÔ

Par exemple, c'était d'une propreté exquise; et si le frère eût été là, c'eût été un Louvre, auprès du presbytère de Saint-Aventin.

Louise revenait là le soir, heureuse ou triste, selon qu'elle avait réussi ou non à exciter la commisération du gouvernement français en faveur du cher prisonier. Le jour où elle avait su officiellement qu'une dépêche diplomatique chargeait l'ambassadeur de réclamer Julio, elle était tombée à genoux, et l'humble réduit s'était illuminé pour elle, comme s'il eût été changé en l'une des salles féeriques de l'Alhambra.

Parmi les personnes distinguées du grand monde, auprès desquelles Louise fit des démarches pour obtenir des protecteurs, était la baronne de Tourabel : de la société intime de l'impératrice, elle jouissait à la cour d'une faveur toute particulière, bien qu'aucune fonction neTy attachât. Appartenant, par sa mère, à la plus haute aristocratie du faubourg Saint-Germain, elle avait dans celte société de nombreuses relations. La baronne était donc admirablement bien posée dans le monde.

Le nom de Louise ne lui était pas inconnu, Madame de Tourabel était fille d'un général d'artillerie. Elle avait habité T. pendant sa première jeunesse, et elle avait même été liée assez intimement avec la famille de la Clavière. C'était une

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femme d'un grand mérite. Elle unissait deux choses, rarement associées, la finesse et la bonté. Elle s'intéressa vivement à Louise, et lui donna des lettres de recommandation très-chaudes pour le ministre des affaires étrangères.

Louise n'abusa pas de l'accès facile que lui avait donné auprès d'elle l'excellente baronne de Tourabel. Des visites rares, que la grande dame trouvait toujours trop courtes, malgré le tourbillon de plaisirs et d'affaires au milieu duquel elle vivait, établirent pourtant entre ces deux femmes, dignes de se comprendre, un lien d'intimité qui fut pour Louise, dans son isolement au milieu de la grande cité, une consolation puissante. C'était surtout sur le crédit de la baronne que reposaient les espérances de Louise pour son frère ; et la baronne, qui trouvait en sa jeune amie l'idéal de la beauté de l'âme et du corps que rêvent les romanciers, les artistes et les poètes, s'attachait à elle de plus en plus, et ne négligeait ni soins ni démarches, quand il s'agissait des intérêts de Julio.

Madame de Tourabel raconta à la cour et dans le monde, avec les détails les plus piquants, le roman de la séquestration de Louise, le coup de théâtre de sa délivrance par Julio, brisant la clôture des bénédictines de Notre-Dame de Forcassi.

Louise et Julio devinrent les héros du moment dans ce monde si avides de choses nouvelles.

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