LE DIACRE D OFFICE
Celui qui écrirait l'histoire de tous les diacres d'office qui se sont succédé dans les églises de Paris depuis trente ans, écrirait la collection biographique la plus curieuse que l'imaginaiion puisse rêver. Quand, dans une grande solennité, vous voyez le curé officiant entre deux prêtres à cheveux blancs, revêtus de dalmatiques d'or aussi splendides que la riche chasuble qu'il porte lui-même ; quand ces mêmes hommes, à un convoi de première classe, sont à droite et à gauche du célébrant, vous, spectateur, fidèle ou homme du monde, TOUS vous figurez que le premier pasteur d'une grande paroisse, comme Saint-Roch ou la Madeleine, est là, dans l'exercice de la sublime fonction, entouré de deux dignitaires de son clergé, presque ses égaux? Vous vous trompez. Ce sont do
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pauvres diables qui ne doivent, d'institution, déjeuner, le dimanche, qu'après la messe d'unt heure, et, chaque jour, qu'après celle de midi.
Oh ! jolie femme, mondaine, pieuse, qui vous levez si tard, vous ne savez pas que, pour vous donner la messe le dimanche, et même les autres jours de la semaine, à une heure qui aille à vos goûts, à votre paresse, à vos nuits passées dans les réunions de plaisir, un esclave endurera les tortures de la faim. Si j'étais femme, jamais je ne mettrais les pieds à cette messe des paresseux. Mon cœur souffrirait trop en pensant à ce malheureux dont l'estomac est en proie à dos spasmes, et puis je craindrais d'offenser Dieu.
Ces diacres d'office sont quelquefois de pauvres prêtres exilés pour leurs opinions politiques : des Polonais, qui viennent chez leurs frères de France; des Espagnols, qui se sont compromis dans les luttes des divers prétendants. On leur fait acheter le pain de l'exil.
D'autres fois, ce sont des hommes poursuivis par la haine de la puissante corporation des Jésuites. Un savant de premier ordre, dont le nom est européen, qui a quitté les Jésuites il y a déjà plusieurs années, est aujourd'hui diacre d'office dans une des paroisses de Paris. Le confrère d'Arago et de Ilumboldt mourra certainement dans cette obscure
position, malgré ce qu'il attire d'honneur au sacerdoce par ses publications scientifiques.
Le plus souvent, les diacres d'office sont de hautes intelligences, des hommes compromis par des spéculations imprudentes, souvent entreprises dans un but religieux ; des caractères roides, qui n'ont pas connu les flexibihtés de l'épine dorsale devant les hautes puissances de leur paroisse ou de leur diocèse; des écrivains dont la hardiesse a blessé; des écrivassiers sans goût et sans idées, qui ont fatigué le monde de leurs théories bizarres ; des malheureux que le cœur a entraînés et qui ont mal caché leurs faiblesses; d'autres, plus malheureux encore, dont les passions n'ont pas eu l'excuse de l'amour. Tout cela bien gourmande, bien lessivé, bien remis à neuf dans une retraite de séminaire, a vieilli à balayer de la longue robe noire les sacristies parisiennes, à assister à tous les convois, à remplacer à toute heure les prêtres demandés dans les besoins du ministère. Tout cela, aux grandes fêtes, couvert d'or, de velours, de soie moirée ou chargé de riches broderies, vit de la plus exiguë des allocations que puissent fixer les conseils de fabrique pour qu'un prêtre ne meure pas de faim.
L'enfant qui sort du séminaire, que l'évêque a ordonné, qu'il envoie vicaire à une paroisse, a le pas sur ces vétérans du sacerdoce et leur com-