‹ Le mauditChapitre 3 sur 57 · L EXTATIQUE DE VITERBE · texte numérisé non relu

L EXTATIQUE DE VITERBE

Par vous s'accompliront de grandes choses. Vous régnerez avec Marie et par Marie. L'Église, jusqu'à présent, a représenté la force brutale, qui est l'homme; elle va représenter la force de l'amour qui est la femme, ayant pour type Marie Immaculée. 0 pontife, ne cherche pas à rassembler les débris de la triple couronne que les révolutions ont déjà brisée ! Car ton véritable règne va commencer. Tu seras le roi absolu des âmes. Ton infaillibilité sera le grand dogme des peuples chrétiens, mais il faut que le deposuit patentes s'accomplisse. Plus de premiers dans l'Eglise du Christ ! plus d'infériorité dégradante pour la femme régénérée par Marie Immaculée ! Elle aussi doit participer au sacerdoce, car elle est plus pure que l'homme : elle sait mieux aimer. Et c'est parce que toi. Pie IX, tu as proclamé le grand dogme, qu'il te sera donné de descendre humilié de ce trône temporel élevé par la main des hommes, deposuit patentes de sede , pour te relever glorieux, chef de l'Église nouvelle, etexaltavit humilesl »

Une des plus tristes aberrations, je dirai presque la honte du sacerdoce cathoHque du xrx^ siècle, a été de favoriser, avec une intention en apparence louable, l'effrayant développement que le mysticisme a pris au sein du monde religieux. Dans les grandes crises sociales, l'esprit de prophétie, qui est

dans l'humanité, se développe; les économistes, les publicistes pressentent l'émancipation sociale. Au milieu du monde mystique, la prophétie se produit au nom des forces surnaturelles. C'est Dieu qui apparaît, c'est la Vierge, ce sont les anges familiers. Tout cela se fait de bonne foi. On se trompe, dans la société non croyante, quand on accuse ces extatiques et ces prophètes d'être des charlatans et des imposteurs , rien n'est plus candide que ces natures à révélations. Presque toujours ce sont de saintes filles maladives, vivant dans le cloître ou dans une vie simple et austère.

On ne se doute pas de la quantité de personnes qui ont prédit : les plus populaires sont les enfants de la Salette, la jeune fille de Lourdes. Peu de religieuses qui n'aient leurs visions. — Nous parlons de celles qui appartiennent aux ordres contemplatifs, les sœurs de Charité n'ont pas le temps d'avoir des visions. — Tout cela court, se répand dans le monde, se commente. La contagion prend les cerveaux surexcités par des lectures mystiques. On s'exalte, et le mal se développe dans des proportions effrayantes.

L'idée dominante de toutes les prophéties mises en circulation depuis près d'un siècle, car le mal date de loin, est celle-ci : Paris sera brûlé. Et cette prophétie sourit pasrticulièrement aux esprits égarés par le mysticisme. C'est celle qui est l'objet de

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leur plus vive croyance. Quelques-uns ont révoqué en doute le retour de Louis XYII annoncé par ^lartin de Gallardon ; d'autres, avec une hardiesse digne d'un libre penseur, croient que, malgré ce qu'ont pu en dire les enfants de la Salette, Pie IX ne sera pas crucifié par les partisans de l'unité italienne; mais tous sont d'accord pour répéter avec leurs prophètes et leurs prophétesses : PARIS SERA BRÛLÉ!... Paris, le cœur de l'humanité par ses saintes et généreuses aspirations; Paris qui aime les hommes et qui est le Christ vivant et émancipateur du monde : ces langues blasphématrices lui jettent l'ana thème comme à l'ignoble Babylone ! Elles ne voient que la boue qui souille la chaussure de la cité reine, elles ne voient pas l'auréole divine qui entoure son front. Non, elle ne périra pas cette ville où bout le génie de toutes les grandes choses ! non, elle ne périra pas! Heureusement même pour vous, car, si elle périssait, elle ensevelirait sous ses ruines, avec l'incrédulité dont vous lui faites reproche, sans penser que vous l'avez provoquée par vos fautes, et son ardent apostolat pour la liberté humaine qui vous épouvante, et cette initiative des œuvres religieuses qui part d'elle et que Rome accepte, mais qu'elle n'enfante pas. Paris est encore plus Rome que Rome elle-même. C'est dans son sein que fermente la sève qui doit faire refleurir l'idée chré-

tienne. Allez! en lui vouant votre haine, en lui jetant vo^s clameurs sinistres, c'est le catholicisme même que vous souillez. Le retrouveriez-vous sous les débris et sous les cendres de la ville que vous maudissez?

ni

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