CONFERENCES DE SAINT-EUSTACHE
Parmi les hommes qui avaient conçu une estime singulière pour le talent oratoire de Julio, était M. de Leich, conseiller à la Cour impériale de T. Ce magistrat, grâce à de puissantes influences, avait fait rapidement son chemin. Et quand JuKo arriva à Paris, il le trouva conseiller à la Cour de cassation.
M. de Leich avait reçu avec bonheur la visite de Julio. Ce n'était plus le jeune prêtre qu'il avait vu à T., encore à la première évolution de son talent; le malheur avait passé là, comme les soleils brûlants de l'automne qui jaunissent en quelques jours les grappes de raisin et les mûrissent. Les épreuves douloureuses avaient mûri cette grande âme. Quelque chose de radieux et de divin s'échappait de ce noble visage. On comprenait que ce
cœur était sorti pur et grand de la fournaise de la persécution.
M. de Leich sentit s'accroître son affection pour son jeune ami; des relations d'intimité s'établirent entre le magistrat et le prêtre. M. de Leich emmenait souvent Julio avec lui à une délicieuse petite villa qu'il s'était construite entre Courbevoie et Puteaux. Il était rare que le dimanche Julio, toujours passionné pour la campagne, après avoir conduit sa sœur chez madame de Tourabel, qui demeurait dans le faubourg Saint-Honoré, ne prît pas le chemin de fer de Versailles pour aher dîner à la maison de campagne de M. de Leich, d'où il revenait le soir par le train de onze heures.
M. de Leich était un chrétien sincère; il portait en religion un esprit calme, pénétré d'une douce tolérance et complètement en dehors de cette coterie fanatique où l'on ne croit plaire à Dieu que par les haines contre les hommes qui vivent en dehors de l'ÉgUse. Sa position de fortune, sa place dans la magistrature en faisaient nn homme considéré; et comme son hôtel était rue du Jour, près de Saint-Eustache, il n'avait pas tardé à être nommé membre du conseil de fabrique de sa paroisse.
L'Avent de 1861 approchait. On sait l'importance qu'on attache à Paris aux prédications des grandes stations comme celles de l'Avent et du Carême,