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UNE SOIRÉE CHEZ MADAME DE TOURAREL

perdu toute illusion ; mais, en apprenant le mariage de Yerdelon, elle comprit qu'un secret espoir de le voir revenir à elle était resté, à son insu, dans le plus intime de son cœur. Il n'en sortit pas sans un douloureux brisement.

Les persécutions, les calomnies dont son frère était l'objet étaient aussi une horrible souffrance. Le cœur de la- pauvre Louise était livré à toutes les tortures, et sa santé s'altérait de jour en jour. La cabale montée à Saint-Eustache contre Julio fut pour elle un coup terrible. L'âme droite du jeune prêtre en ressentit aussi une triste impression, parce qu'il vit, du premier coup, qu'elle était le résultat d'une combinaison infernale.

Le dimanche qui suivit cette scène douloureuse, pendant que Julio était à Puteaux, à la maison de campagne de son ami M. de Leich, sa sœur dînoit et passait la soirée chez madame de Tourabel. Le soir, il n'y avait encore que peu de monde au salon, on annonça monsieur et madame Auguste de Yerdelon. Notre avocat, en se mariant, avait ajoulé la particule à son nom roturier.

Louise se leva comme sous le coup d'une commotion électrique. Elle ne croyait pas que Yerdelon et sa femme fussent déjà à Paris ; elle se sentit trembler, pâUr, et elle retomba sur son fauteuil en

cachant dans ses mains son visage bouleversé.

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— Bonjour, ma cousine, dit madame de Tourabel à la jeune femme,

Des échanges de politesse furent faits. 3Iadame Auguste de Yerdelon était de '^a famille de Tourabel. C'était une fille unique qui avait apporté deux millions de fortune territoriale à l'ambitieux Yerdelon, que nous avons vu autrefois l'ami de Julio, et qui, après avoir plaidé pour lui contre les Jésuites il n'y avait guère plus d'un an, était devenu tout à coup un des plus chauds partisans des révérends Pères. Il est vrai qu'il leur devait son riche mariage, et quand l'ambition a fait oublier et trahir l'amour, elle peut opérer bien d'autres changements.

Madame de Tourabel présenta sa cousine aux personnes qui étaient là.

— Mademoiselle Julio de la Clavière, dit-elle en lui désignant Louise.

— Ah! très-bien... J'ai entendu parler... dit d'uîie voix embarrassée la jeune femme.

Yerdelon garda son calme, son air de mari heureux, et ne perdit rien, en face de Louise, de cet aplomb que donne l'exercice de la belle profession d'avocat. Ces hommes ne s'intimident pas plus dans un salon que devant une cour d'assises.

Louise, elle, n'avait pu apprendre la dissimulation à aucune école; elle s'inclina doucement et, saluant madame de Tourabel, elle sorlit.

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