DIPLOMATIE ÉPISCOPALE
émissaires, dont le mot d'ordre était d'insister auprès de l'archevêché jusqu'à ce que le dangereux personnage eût été mis au ban de Fépiseopat. On s'arrêta à ce dernier parti.
La lettre suivante fut écrite :
« Monseigneur,
« Vous me demandez ce que nous pouvons attester sur M. Julio de la Clavière , prêtre de votre diocèse, qui a séjourné quelque temps dans le diocèse de Paris. Il n'est rien arrivé à notre connaissance qui ait pu faire soupçonner sa vie et ses bonnes mœurs.
« Veuillez agréer, Monseigneur, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Votre Grandeur, etc.
« De Baraminos, V. G. promoteur. »
Julio recevant ce certificat de bonne vie et mœurs, comme ce serviteur à gages qu'on ne veut accueillir chez soi que porteur de bonnes attestations, est un des curieux épisodes de cette histoire.
— Voilà, dit M. le promoteur , en mettant sous son pli la lettre laconique destinée à l'archevêché de T.
— C'est court, dit le prélat qui présidait le con-
seil, mais c'est prudent. Après tout, nous rendons à l'abbé Julio un véritable service en le contraignant en quelque sorte à quitter Paris ; il avait à lutter ici contre des ennemis trop puissants. Peutêtre l'oublieront-ils dans le poste obscur où l'or. va sans doute le placer.
— Les Jésuites n'oublient jamais, dit un des membres du conseil.
paris! paris!
Louise et Julio n'avaient quitté Pans qu'avec un serrement de cœur indicible. Louise s'était tellement identifiée aux idées, aux aspirations de son frère, qu'elle ne pouvait, sans une douleur profonde, le voir renoncer à la poursuite de son idéal. Il fallait tout l'attrait du sol natal, toute la puissance d'amour que déverse sur nous la bonne mère nature, dans ces grandes régions montagneuses où elle est à la fois plus austère et plus caressante, pour calmer un peu les vives douleurs de Julio et âe Louise, arrachés à l'Eden des intelligences.
Paris ! Paris ! C'était quelquefois le mot, l'unique mot que se répétaient le frère et la sœur, dans la nouvelle retraite que leur avait ménagée la Providence, et dans ce mot se résumaient tous leurs regrets.
Disons aux amis de nos exilés que Melles, où nous les retrouvons à cette heure, est un séjour charmant, rappelant Saint-Aventin par le grandiose des aspects, mais d'une température plus douce, parce qu'il n'est pas à une si grande altitude et qu'il s'éloigne de l'arête centrale où se trouvent les glaciers.
Le presbytère était une maison grande et commode. Une chambre haute, exposée au midi, bien close, et un cabinet de toilette, rappelèrent presque à Louise le petit appartement de la rue de la Barouillère. Ajoutons un beau jardin, avec des arbres fruitiers de toute espèce, des treilles, de johes ruches au petit toit de paille, et nous aurons une idée de ce presbytère presque aristocratique. D'autre, part, quoique la cure de Melles ne fût pas une cure de canton, elle était regardée, en raison de son importance et de sa population, par conséquent, des revenus qu'elle donnait à celui qui en était le titulaire, comme l'une des meilleures de la montagne. Julio revenait donc dans le pays avec les honneurs de la guerre. D'ailleurs les souvenirs qu'il avait ^laissés à Saint-Aventin étaient trop vivants encore pour que sa réputation de prêtre homme de cœur, doux, humble, bon pour tous, ne fût pas descendue dans la vallée de Saint-Béat.
La vie au miheu du monde parisien n'avait rien enlevé à Julio de ses goûts simples, de sa sympa-
paris! paris! '287
ihie pour les pauvres, de sa tendresse de sœur de charité pour les malades abandonnés. Les montagnards de Saint-Aventin, qui descendaient aux foires de Saint-Béat, et qui rencontraient des habitants de Melles, demandaient des nouvelles de leur ancien curé. Ils ne le nommaient pas autrement que le prêtre ami du peuple. Quelle qualification touchante ! Rousseau, sans doute, pensait à cela quand il écrivait : « Je ne connais rien de plus beau que d'être curé de village. »
Julio se remit, de la meilleure grâce du monde, à son humble tâche de pasteur. Il fit ses visites au curé de Saint-Béat et à ses autres confrères de la vallée, avec une aisance, une bienveillante simplicité qui eût désarmé d'autres ennemis que les siens. Il ne laissa pas de pauvre cabane de la paroisse qu'il ne visitât avec ce sentiment de respect qui fait comprendre au plus petit qu'il compte pour quelque chose dans la grande famille chrétienne.
Parmi les documents sur lesquels ce livre a été écrit, nous trouvons une lettre que Julio adressa à M. de Leich, à son arrivée dans la montagne. Nous la transcrivons ici :
« Melles, près Saint-Béat.
« Croyez-vous que vous soyez oublié, cher monsieur de Leich? C'est à vous que ma sœur et moi
nous devons la paix de notre nouvelle solitude. Ces chères montagnes, nous les avons revues! Elles sont toujours belles aux regards, et elles nous sont bonnes, à nous pauvres meurtris, échappés aux loups dévorants qui, ne pouvant tuer le corps, tuent l'âme autant que cela leur est possible. Nous y respirons un air si pur, que. nous sentons nos forces affaiblies, moi, par le travail incessant de la pensée, ma sœur, par tous les chagrins qu'elle a éprouvés à cause de moi (j'ai su, depuis que je suis ici, que la pauvre enfant recevait chaque jour des lettres anonymes remplies de menaces contre le prêtre impie), nos forces, dis-je, reviennent comme celles de l'enfant que la mère malade confie à une bonne et robuste nourrice. J'espère bien que notre organisme, brisé par les tortures physiques et morales, se réparera peu à peu. Je reprendrai la vigueur, indispensable sous ce rude climat, pour résister aux fatigues du saint ministère. Je dois merci à l'aimable Providence, merci à vous de l'asile où pourront s'abriter quelque temps les proscrits.
« Mais si nous avons ici un paradis calme, loin de nos persécuteurs, nous n'en sentons pas moins les douleurs de notre exil. Nous nous étions fait un monde nouveau. J'étais, dans mon journal, livré à mon grand travail de réconciliation de l'élément sacerdotal avec la société moderne. C'était là une