‹ Le mauditChapitre 48 sur 57 · LE LIVRE DE LA PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPE · texte numérisé non relu

LE LIVRE DE LA PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPE

Julio s'était vainement imposé la solitude : il n'était pas maître de comprimer son génie. Pendant que l'humble curé d'une bourgade de pasteurs se faisait petit avec les faibles, les ignorés de ce monde, l'homme d'avenir, le penseur, assistait, dans une douloureuse inquiétude, aux péripéties du drame religieux dont la seconde moitié du dixneuvième siècle donne l'étrange spectacle. Il ne lui était pas indifférent, à lui chrétien sincère, que l'esprit de vertige s'emparât des puissants dans l'Église, jetât un voile épais sur leur regard pour qu'ils ne pussent entrevoir les véritables intérêts du catholicisme, et les fit entrer dans une voie d'erreur tellement déplorable, qu'un moment s'est trouvé où l'épicospat cathoUque, égaré par quelques meneurs, aurait embrassé comme un dogme la nécessité du pouvoir temporel des papes.

Julio aimait beaucoup Pie IX. Il avait eu en Italie, pendant son séjour chez le père Yilleta et par un personnage de l'Église très au courant des affaires de la cour de Rome, des détails infiniment curieux sur la vie du digne Pontife. La vertu ne s'est pas toujours assise sur le trône pontifical ; et quand Julio trouvait à la tète du catholicisme un homme qui remplissait les conditions principales de cette éminente dignité, son cœur le portait vers cette homme. Il savait gré à Pie IX du mouvement généreux qui l'avait porté, au début de son pontificat, à se jeter dans la voie des réformes, et il ne l'accusait pas d'avoir prouvé, en reculant devant les difficultés suscitées par les partis extrêmes, qu'il était moins grand par l'esprit que par le cœur. Il regarda comme l'un des faits providentiels que le pape Pie IX, dans un consistoire, eût déclaré qu'il ne faisait pas de son pouvoir temporel une question dogmatique. Cette parole, qui avait pour la secte ultramontaine toute la Aaleur d'une décision, calma pour quelques jours les ardeurs des plus emportés. Mais il se ravisèrent bientôt, ils se sauvèrent par une charmante équivoque et répétèrent : que si la doctrine du pouvoir temporel n'était pas un dogme, c'était une vérité qu'il n'était pas permis de nier sans errer.

L'intelligence droito, l'esprit logique de Julio repoussa ces misérables subtilités. Honteux, pour

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le catholicisme contemporain, pour un corps aussi grave quel'épiscopat, pour cette Église d'Occident, qui a eu ses gloires et qui a produit des hommes tels que saint Bernard, saint François de Sales, Bossuet, Fénelon, la Luzerne, de l'abaissement où les fous de l'ultramontanisme traînaient, en esclaves dociles, le bon Pie IX lui-même, trompé sur son époque, les évêques, la plus grande partie du clergé inférieur et la troupe moutonnière des simples croyants, il entreprit de jeter quelque lumière sur cette question si simple pour lui, comme elle l'a été constamment pour les grands penseurs catholiques qui l'ont étudiée en dehors des mesquines préoccupations des intérêts matériels.

Prenant la question dès l'origine même du christianisme, il établissait, par des preuves irréfutables tirées des écrivains évangéliques, que jamais, dans la pensée du Christ fondateur de l'Église, des apôtres qui avaient prêché le christianisme, de saint Paul dont les admirables épîtres sont un document historique de première valeur, ne se trouva le plan d'unir la dignité suprême de pasteur de l'Église à celle d'une royauté terrestre. Ce fait était corroboré par l'étude des écrivains ecclésiastiques des trois premiers siècles jusqu'au concile de Nicée, et JuHo défiait que, dans les documents nombreux qui donnent des détails si importants sur l'Église pri-

mitive, on trouvât le plus léger indice de l'union du césarisme à la papauté si exclusivement renfermée alors dans sa mission spirituelle, et il se demandait comment une doctrine inconnue au Christ, inconnue aux apôtres, inconnue à toute l'Église dans son ère de splendeur, eût pu être jamais une théorie chrétienne.

Après avoir triomphé sur ce point, Julio prenait tous les textes des innombrables conciles tenus depuis Constantin jusqu'au dixième siècle, toutes les constitutions, tous les décrets des Papes, toutes leurs lettres aux empereurs, aux évêques, et il constatait que ni dans le texte ni dans l'esprit de ces nombreux documents, rien n'indiquait la pensée d'attacher la force, l'indépendance de la doctrine confiée à l'Église, à la protection matérielle que les papes trouveraient dans une royauté quelconque.

Avançant toujours dans l'histoire, il démontrait que la possession par l'Éghse de Rome de nombreux domaines appelés plus tard le patrimoine de saint Pierre ne constituait pas une puissance politique à Rome, mais une dotation destinée à subvenir aux besoins matériels d'un nombreux clergé; et il faisait toucher du doigt que c'était sur cette misérable équivoque qu'on avait bâti l'échafaudage des origines du pouvoir royal des pontifes romains. Charlemagne avait si peu fait du Pape

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