LE LIVRE DE LA PUISSANCE TEMPORELLE
un roi de Rome, que Louis le Débonnaire, son successeur, tança vertement le Pape qui, sans son consentement, avait fait exécuter à Rome une sentence capitale.
Julio prenait un chapitre tout entier d'un livre fort peu connu de Fénelon, intitulé de V Autorité du Souverain Pontife, où ce grand écrivain louait un saint pape de sa soumission aux empereurs, et, en plein dix-septième siècle, faisait le vœu que Rome n'eût plus ces domaines prœdia , cette puissance temporelle qui l'enlevait à sa tâche spirituelle pour l'absorber dans les intérêts humains et dans la politique du siècle.
Enfin, suivant un à un tous les papes qui ont contribué à fonder la royauté de Rome, il établissait qu'ils avaient pour pensée d'être d'autres Césars, des rois comme les autres rois, chargés des fonctions religieuses comme les empereurs romains , comme Constantin lui-même et beaucoup de ses successeurs, qui gardèrent le titre de Summus Pontifex, ce qui était la négation absolue de la mission apostolique de la papauté; et, faisant le bilan de la sainteté des papes, il trouvait es saints en grand nombre parmi les papes souïiis à la tutelle temporelle des empereurs ; et les papes souillés de vices, les violents, les impudiques, les créateurs d'un honteux népotisme parmi les papes-rois.
On se doute bien qu'avec la nature si bienveillante, les instincts si délicats de Julio, son livre ne contenait rien de blessant pour la papauté actuelle, dépositaire, par le vice de son hérédité, d'un pouvoir qu'elle croit devoir en conscience transmettre après elle. Seulement, il expliquait le serment des souverains pontifes de ne rien distraire de leurs domaines , par cette habitude de beaucoup de papes de séparer une portion notable du territoire des États romains, pour en faire des principautés, des duchés destinés à servir de dotations à leurs neveux.
Il détruisait la grande objection que, sans le pouvoir temporel, la papauté spirituelle ne serait pas libre, par ce fait avancé par des ultramontains, que ce fut, au siècle dernier, la pression des rois de l'Europe qui arracha à Clément XIV la condamnation en termes très-durs de Tordre des Jésuites.
La royauté temporelle, alors parfaitement intacte, ne fut donc pas une protection pour la papauté spirituelle, même contre une simple pression diplomatique. On attribue donc à cette royauté temporelle une action qu'elle ne peut avoir, l'indépendance spirituelle de l'Eglise étant inhérente à la constitution divine, et nullement aux moyens extérieurs dont elle dispose.
Enfin, abordant la position actuelle du pontificaf romain devant les aspirations à l'unité de l'Italie