‹ Le mauditChapitre 53 sur 57 · DERNIERES PAGES DE JULIO · texte numérisé non relu

DERNIERES PAGES DE JULIO

« Je me suis demandé dans le silence de ma solitude, seul devant Dieu, quand nul bruit du monde ne venait troubler ce calme de mes pensées, quelles étaient les destinées à venir de l'Église.

« Si je m'en rapportais à ce que je vois, si je jugeais les siècles qui suivront le nôtre, au point de vue de la pitoyable méthode adoptée par le clergé catholique du dix-neuvième siècle, je dirais avec un libre penseur de ce temps que le catholicisme n'en a pas pour longtemps dans le ventre.

« Placé, après les grandes agitations que provoqua le dix-huitième siècle, en face d'une généralion pleine de défiances, tout imprégnée d'idées hostiles aux dogmes même constitutifs du christianisme, le ^clergé, au lieu de suivre la méthode rationnelle qui eut tant de succès au temps de Fénelon et de Bossuet pour ramener les proies-

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tants, le clergé a trouvé plus beau et d'une meilleure méthode de pugilat, de saisir le taureau par les cornes, de lui crier de sa plus grosse voix : — Monstre, nous te terrasserons. Oh ! tu veux de la raison: nous t'amènerons, à petit bruit, à avaler nos croyances les plus stupides. Tu proclames la supériorité de ton intelligence, de tes travaux, de tes découvertes : nous jetterons l'anathème à « cette prétendue civilisation « dont tu es si fier ; nous exalterons les âges où l'humanité accroupie devant le prêtre qui lui faisait peur de Satan s'aspergeait d'eau bénite pour chasser le malin. Nous dirons si haut, par la bouche de nos évêques dans leurs mandements, de nos prédicateurs dans leurs sermons, de nos curés dans leurs homélies, que la liberté est un mal, qu'il n'y a qu'un droit, celui de Dieu formulé bien entendu parla bouche du prêtre, que les femmes d'abord, leurs fds ensuite fm iront par nous croire, et que nous courberons toute cette fière génération ànos genoux ; nous réhabiliterons Satan, ses ruses, sa puissance, partant, sa force contre Dieu même ; nous en ferons, comme au moyen âge, le Dieu du mal, ouvrant les abîmes éternels ; à force de menaces du diable, nous amènerons le monde à venir saisir notre main et à nous dire : Pitié, sauvez-nous !

c( Ce plan d'une hardiesse brutale, qui sem.ble avoir été conçu par quelque cerveau de moine en

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délire, après ces jeûnes et ces longues veilles qui amènent l'hallucination, a dû séduire une génération sacerdotale, ardente, privée par son célibat de les joies intimes de l'amour qui adoucissent les mouvements trop impétueux de la virilité. Ce sacerdoce a adopté, avec une ardeur fiévreuse, désordonnée, ce plan de conversion du monde. Les disciples du Christ, bien oublieux des paroles du maître, ont pris pour maxime : Faisons descendre le feu du ciel sur cette génération coupable. Et les voilà, à qui mieux mieux, s'exaltant comme les faquirs orientaux, poussant les natures faibles et enthousiastes aux folies du mysticisme, à toutes les exagérations d'un culte déjà si gonflé de pratiques puériles et anti chrétiennes , pendant la longue durée de douze siècles du moyen âge.

« En vérité, qu'attendre de tels systèmes et de tels hommes?

« Ce qui est la logique infaillible d'une telle situation faite au catholicisme, c'est qu'il faudra, ou que le monde moderne i'ecule et consente à adorer le visage de Janus qui regarde par -derrière, ou que le clergé se décide à marcher devant lui avec le monde moderne. Je ne vois guère de milieu à ce terrible dilemme.

« Reculer, dira le monde, si légitimement fier de ses découvertes, de ses travaux de chaque jour, des horizons de prospérité et de grandeur qu'il

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entrevoit dans F avenir, pour revenir aux âges d'ignorance! Cela n'est pas possible. Ce que nous avons vaut mieux mille fois. Quelle singulière idée ! C'est une mauvaise gageure que l'on veut gagner, sans doute ; nous ne tenons pas à faire plaisir à quelques fous.

« Marcher? dit le clergé, c'est-à-dire renoncer à nos plans de domination sur le monde temporel, dire adieu à ce vieux système de théocratie, qui fait de chaque potentat un évêque extérieur de l'Église! C'est nous demander l'impossible: nous ne le voulons pas.

« Qui cédera donc? Personne.

« La guerre sera-t-elle éternelle?

« Évidemment non, il y aura un vaincu.

« Mais, que ce vaincu soit une époque tout entière, la plus puissante en développement intellectuel que nous trouvions dans l'histoire de l'humanité; il faudrait une trop forte dose de créduHté pour le croire.

« Le clergé sera donc infailliblement le vaincu. Après la période des prétentions extrêmes et du langage outrecuidant, tels que les produisent chaque jour les organes de publicité qu'il soutient de ses sympathies et de son or, arrivera la période des désappointements. Le clergé ne peut s'apercevoir du vide qui se fait autour de lui : une foule

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YOiitinière le suit dans ses temples, l'enfant mené par les mains de la mère lui prodigue la vénération. La femme le prend pour guide et lui ouvre ses plus secrètes pensées ; quelques hommes vont à lui et lui disent: Sans vous la société sombrerait en quelques jours. Gomment croire avec cela qu'on soit délaissé, quand on a extérieurement tous les signes d'une profonde influence, quand on traite de puissance à puissance avec ces chefs d'empire qui ont fait courber devant eux les plus terribles résistances?

« Le clergé, pourtant, verra tomber un jour cette fatale illusion ; il verra que l'enfant devenu adolescent se hâte d'oublier jusqu'au signe du chrétien qui lui a été enseigné. 11 verra que l'homme, cet homme qui seul conduit les desL'^ nées temporelles du monde, n'a rien conservé de la foi qui ne fut qu'un enseignement d'enfance et qui ne pénétra jamais dans le sanctuaire de sa raison; il verra que la femme, délaissée par l'homme dans la grande question rehgieuse, no peut à elle seule , avec ses bons instincts , son besoin d'amour et de prières, former l'Église. Et quand ces terribles réalités auront apparu au prêtre, quand la libre pensée, grandie par les fautes, par les obstinations d'un siècle tout entier, envahira les générations, celte corporation aujourd'hui intraitable, pour laquelle la demande du plus

léger changement dans ses routines semble être une violente injure, un doute coupable de son omniscience,presqueunblasphènieàrEsprit-Saint, sur qui elle fait porter de bonne grâce la responsabilité de sa conduite orgueilleuse et de son esprit de domination si formellement flétri par l'Évangile même, il s'élèvera enfin du milieu de ce sacerdoce une voix humble et loyale qui dira tout haut : Nous nous sommes trompés. Le monde n'a pas été fait pour le plaisir du sacerdoce, c'est le sacerdoce qui a été fait pour aider le monde dans sa voie vers le bien. Ce jour-là, si la résurrection est passible, il y aura halte dans les voies trompeuses où se précipite si aveuglément, à cette heure le clergé. Mais avant d'arriver à cet aveu d'impuissance , avant que papes, cardinaux, évêques, tous les hommes qui se disent et se laissent appeler princes, que ces prêtres accoutumés à imposer aux masses la vénération extérieure comme un droit attaché à leur sacerdoce, consentent à redevenir petits , à n'être que des apôtres comme les pêcheurs galiléens, d'humbles missionnaires dans les grandes cités du monde de l'avenir, comme Pierre à Rome, vivant modestement avec sa femme au milieu de l'Église naissante; comme Paul à Corinthe, travaillant à la journée dans un atelier d'équipements militaires, quelles luttes, quels déchirements terribles, quels efforts désespérés de

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