UN PETIT MONSIGNOR
Loubaire se douta bien qu'il était pour quelque chose dans le départ du père de Cambiac. Pour éloigner les soupçons, il continua de dire sa messe auGèsu: il avait une lettre de recommandation pour l'abbé Bertrand, l'un des prêtres français qui servent aux évêques de correspondants à Rome, et qui gèrent les affaires de plusieurs diocèses.
Le vicaire général de Châmbéry avait donné, gracieusement, au vicaire de Lans-le-Bourg une lettre pour ce personnage. Il en reçut l'accueil le plus empressé. Cet homme, qui avait pris toutes les habitudes des prélats romains, fut d'une grande utilité à Loubaire. Il le présenta partout. Loubaire, avec son caractère plein de franchise et d'ouverture, eut bientôt fait à Rome des connaissances
précieuses doiit il espérait se servir pour l'exécution de son projet, sur lequel, du reste, il gardait le plus profond secret auprès de l'abbé Bertrand. Il avait eu l'occasion de voir, plus particulièrement, un jeune membre delà famille papale, monsignor Andréa Giusto, camérier secret du pape, qui lui avait fait mille prévenances, et s'était mis pleinement à sa disposition, avec cette obséquiosité câline qui est le cachet particulier des Romains abâtardis. Évidemment, cet homme était à vendre, il menait en secret une vie un peu libre. Les appointements des places inférieures, à la cour du Vatican, sont plus que médiocres. Le prélat ouvrit de grands yeux devant une pile de pièces d'or qu'un jour Loubaire, ayant reçu la visite du personnage, s'amusait à compter sur une table.
— Voilà, dit Loubaire, la buona mano destinée à Fhomme qui m'aiderait à tirer l'un de mes meilleurs amis d'un mauvais pas.
— On pourrait faire cela, dit le prélat, mordant du premier coup à l'hameçon.
— Si vous preniez la chose à cœur, elle réussirait parfaitement.
— Eh bien, on la prendra à cœur. De quoi s'agit-il?
— Mon Dieu! de bien peu de chose... Une étourderie... Un jeune prêtre de mes amis s'est fait prendi'e bêtement par le saint-office.