‹ Le mauditChapitre 7 sur 57 · UN PETIT MONSIGNOR /O · texte numérisé non relu

UN PETIT MONSIGNOR /O

— Oh! oh! La congregazione del santo of/izio; mais c'est puissant cela, signor.

— Allons donc! Est-ce que vous autres, qui approchez la Santita di noslro signore, vous ne pouvez pas tout? Voyons! répondez. Si cela vous touche, tapez là. Servez mes intérêts, et tout cet or est à vous.

L'Italien jetait des yeux cupides sur ces belles pièces, si régulièrement empilées et d'une couleur si fascinante.

— Parlons-nous sérieusement? dit-il à Loubaire.

— Oh! très-sérieusement.

— Yous comprenez que la chose est grave, qu'on peut compromettre son avenir. . .

— Yous êtes trop habiles ici pour vous compromettre jamais. Est-ce que vous ne vous entendez pas tous comme larrons en foire? Il y a longtemps que vous pratiquez l'assurance mutuelle. De quoi s'agit-il en définitive? De gagner deux ou trois membres de la Sacra congregazione, un seul peutêtre! un commissaire, un consulteur influent. C'est votre affaire. Mettez en œuvre toute la souplesse de votre esprit, et, vous autres, vous n'en manquez pas à Rome. S'il faut employer le gros et irrésistible argument, glissez-leur dans la main quelquesunes de ces belles pièces. Elles sont venues ici pour cela, je vous jure. Je n'entends pas en rapporter

une seule en Savoie, dussé-je les jeter dans le Tibre.

Les jeter dans le Tibre! Ce mot effrayait déjà le monsignor. Il se disait tout bas :

— Ces Français sont mauvaises têtes : l'abbé Loubaire serait homme à faire ce qu'il dit.

Il reprit :

— Oh ! vous ne jetterez pas cela au Tibre!

— Eh bien, prenez là-dessus d'abord ce que vous voudrez. Yous aurez le reste, après la délivrance de mon ami.

— Il faudra bien gagner quelques autres prélats qui approchent la Santita di nostro signore.

— Eh bien, je vous prends au mot : ces quatre piles d'or suffiront-elles?

Et l'homme avide supputa, dans un moment de gravité solennelle , pendant laquelle Loubaire se contint pour ne pas éclater de rire, à combien d'écus romains pouvait monter la première part sur laquelle on lui disait de mettre la main.

— Dw/2(/we,pour arriver à bien, pour frapper tout de suite un grand coup, il serait bon, signer, d'ajouter deux ou trois piles : je répondrais alors de l'affaire.

— Qu'à cela ne tienne ! Voilà quatre piles encore. Ce sont les deux tiers de la somme que j'ai consacrée à cette bonne œuvre.

— Évidemment, c'est à ce titre de bonne œuvre,

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à laquelle je coopère avec vous, que je consens à toucher cet or dont il ne restera rien pour moi. Ah ! signor abbate, il est si difficile maintenant de réussira Rome! Autrefois! ah! autrefois, c'était le bon vieux temps ; sous Grégoire XVI, il suffisait d'aller trouver le Gaetanino qui avait été son barbier, et qui était devenu son confident intime. Le quart de ce qui est là eût bien suffi, et de reste. Mais nos bonnes traditions se perdent ; on veut plaire à la Santita, qui est sévère sur certaines choses. Et les grâces se vendent beaucoup plus cher. Et vous, signor abbate, continua le monsignor, vous ne voudrez pas quitter Rome sans être chevalier de quelques-uns des ordres du pape. Ceci continue à n'être pas bien cher : quelques scadi.

— J'y tiens médiocrement, je vous l'avoue.

— Pour cela, je serais sûr d'un succès. Voyez... Je pourrais vous faire obtenir même l'ordre de Saint-Grégoire le Grand. . ou celui de l'Éperon d'or... Choisissez.

— Nous verrons cela, si plus tard il me reste quelques pièces dont je ne sache que faire.

— En France, cela pose bien dans le clergé.

— Oh ! moi, mon affaire est faite : je suis posé pour longtemps.

Pendant la fin de ce dialogue, le monsignor avait doucement glissé de longues mains, qui

paraissaient se crisper des impatiences de la convoitise, vers sa part de For, attirée sur le bord de la table par Loubaire, et l'avait fait glisser avrr lenteur dans ses poches.

11 salua humblement et partit.

— J'aurai bientôt de vos nouvelles, n'est-ce pas? dit Loubaire.

— Au premier jour, signor abbate.

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