‹ Le maudit (volume 2)Chapitre 10 sur 13 · PROCÈS CONTRE LES JÉSUITES · texte numérisé non relu

PROCÈS CONTRE LES JÉSUITES

Crise an sein du clergé catholique.

La visite de l'archevêque de T. à Saint-Aventin avait laissé, dans l'âme de Julio, uae profonde tristesse, autant que possible dissimulée dans sa correspondance avec Louise, pour ne pas afOiger celle sœur chérie. Mais dans cette solitude, au milieu d'une population où pas un être ne se trouvait avec lequel il put échanger une pensée, l'imagination, cette flamme qui s'échappe du cerveau humain, travaillait avec une ardeur dévorante. Ce fut le temps d*élucubration où le génie de l'ahbé acheva de s'assimiler, par de fortes études, tout ce que la pensée moderne a produit de puissent dans les sciences philosophiques et

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sociales. Il trouva dans ce travail entrepris avec amoar, une heureuse diversion aux amertumes de sa vie de prêtre.

Il écrivait à Louise:

I „Quand les sottises sacerdotales viennent m'atr trister, quand les pages fanatiques de la Mappe^ monde catholique dont les inspirations conduisent aujourd'hui le haut^ clergé ont crispé mes nerfs et m'onl plongé dans Teffroi, à la vue de Tablme de plus en plus béant qui se creuse entre lui et le inonde moderne, j'échappe à ces désolantes pensées dont l'obsession m'a poursuivi quelquefois jusqu'à rautel, en étudiant les grands problèmes que l'esprit humain s-'est posé depuis plus d'un deini*siècle. Je sors de la région des faits humiliants à voir pour l'homme qui s'était fait, dans son adolescence, une si haute idée de l'apostolat sacerdotal, pour m'élever à la contemplation des vérités d'un ordre supérieur qui dominent toutes les religions positives, toutes les civilisations. Là je suis fort, là je respire.

„Ët ne va pas l'imaginer que ces points de vue où je me place pour juger les faits Religieux et les hommes qui jouent dans l'Église leur rôle passionné et misérable, me fassent douter des dogmes de la grande religion si maladroitement compromise par les folies du clergé contemporain. Loin de là, l'enseignement du Christ, qui est dé* vouement et amour, subsiste pour moi tout entier

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au dessus des saturnales religieuses dont le Hor neuvième siècle oous donne le ^ectade.

„Je te dirai même que le contraste, entre l'idéal posé par rÉvangile, idéal dont l'Église des premiers siècles a essayé la réalisation, et ce je ne sais quoi qui n'a pas de nom, dont l'ébauche grossière a commencé a?ec la venue des barbares, espèce de christianisme travesti ou de paganismo christianisé, ne fait que fortifier mes espérances qu'après cette longue nuit de miUe ans et plus qui a passé sur l'humanilé depuis les splendeon de la civilisation antique, commencera enfin sérieusement le règne de Dieu sur la terre.

„Sous quelque forme que se présente cette renaissance de Thumanité croyante, j'y crois fermement C'est la grande certitude où se repose mon esprit. La Providence qui veille sur les besoins matériels de la famille humaine, pourraitelle ne pas faire entrer dans le plan de ses vigilances maternelles le perfectionnement religieux et 'moral? Le progrès ne serait^ il indéfiniment dans le monde qu'une accumulation de procédés matériels amenant le biea-étre ? £t Dieu condamnerait-il le monde, renouvelé par les miracles de l'industrie et des arts, à se traîner dans un scepticisme désolant ou à se plonger dans les stériles fadeurs du mysticisme?

„Ma chère Louise, l'avenir religieux de l'humanité ne peut être ni aux négateurs de l'adoration et de la prière, ni aux dévots stupides qai

Pà% l'abbé ^* 129

ont jrabaissé le Dieu prédié fiar l'Évangile au niveAu des fttielMia. Eolre ees deux dévietions fatales ee trouve le vrai Laifisons fusser les réao* 4iona kepéloeuees qui veudraiëni enlmtaer la rai* aon Iramaîne hore de sa voie! Gardoae-Doua pour les jours que nous pourrons voir encore, car nous sommea jeuiiee, où la raison budnaîae reconnaRra ^eurmi ses véritaUes giiandeurs, le cuiie d'amour rendu au père qui est dans le ciell*'

PkisieiMrs nuiis s'ôeoulèreat dass ces méditations fécondes qvi élevèrent Julio au rang des grands penseurs du siècle. Cette âme fortement trempée acheva, sans s'être embarrassée d'aucun obstacle, sans avoir faibli devant aucune difûculté, révolution complète que parcourt le génie pour arriver aux solutions kionneuses après lesquelles il se repose dans la possession du vrai. D'un côlé la vue des grands spectacles de la nature, les pa* fientes investigations du cbimisie, du géologue et du botaniste» de Tantre, l'étude curieuse du cœur humain dans les reiaUons que donne le minisièi*e an milieu de populations aux mœurs encoro pri* mondiales, mirent sous les yeux de Julio les deux livres où tout se lit. Doué d'une grande force de synthèse, ce puissant espnt s'assimila toutes les oonnaissaBces qu'embrasse le génie humain. Nous avons maintenant devant nous le penseur et le savant.

Depois plus d'an an^ un dos foits les pins m 9

VàO Le «aomt

graves it l'histoire cenleinporaîw s'élait en Europe. A la asite ika cooibinaîaoïis d'une diplôiDatie habile, la France avak é^ entraînée à prêter le concours de ses armes toutes puissantes à rémancipation de Tlialie du Nord. Napoléon lU, impatient de sortir de roroière où s'étaient perdus Charles X et Louis^Philippe,^ menacé par cet esprit moderne qui crie: En avant! aux chefs politiques du peuple initiateur, et qui les brise impitoyablement b'ils reculent, s'était jeté avec courage dans l'œuvre grandiose de la révolution italienne. Il lui avait fallu une énergie -personnelle indomptable pour vaincre l'opposition à cette détermination belliqueuse qu'il avait rencontrée partout L^homme qui s'était élevé sur les ruines d'une république et avait tenu la démocratie sous ses genpux, allait changer de programme et se faire le dictateur armé d'une nationalité qui voulait revenir à la vie; c'était se proclamer l'empereur de la démocratie, en face des vieux partis étonnés, des intérêts matériels compromis, de l'Europe inquiète. Napoléon III eut cette audace. D résista aux sollicitations les plus intimes, aux i plaintes des satisfaits de sa cour, même aux pré- , dictions sinistres. Il eut foi dans son étoile et il j partiL La main calleuse des ouvriers du faor i bourg Saint-Antoine alla serrer la main inipériale en signe non équivoque d'adbésion au nouveau programme, et il fut dit à l'empereur: — Tu te 1 lais des nétres, nous sommes à toL — Deux mois i

PAR L'àmÊ ♦^ 131

après. Magenta et Solferino couvraient de gloire ^apcriéon ilL L'Autriche était refoulée derrière ses forteresses de la Yénétie. La Lombardie, la ToscMe^ les Romagnes et le Piémont formaient un puissant État sous le sceptre de Victor-Ëm-* mamiei, et l'Empereur ne s'arrêtait que devant la crainte de complications graves menaçant l'Europe d'une guerre générale; il laissait au temps, qui gagne des batailles à sa manière, le soin de réalise!^ le reste du programme napoléonien: l'Italie libre des Alpes à l'Adriatique.

. Le lendemain de la paix de Yillafranca, le vainqueur avait formulé le nouveau plan qu'il avait conçu pour donner une existence politique à la péninsule délivrée du joug de l'Autriche. Ce plan conforme aux anciennes idées des patriotes italiens, était une confédération où entraient péleméle le pape, l'empereur d'Autriche pour la Yénétie, le roi de Naples,^le grand duc de Toscane et le roi de Piémont.

Cette conception, très- logique en apparence, puisée même dans les notions dominantes jusqu'alors parmi les publicistes, ne pouvait être acceptée. Elle entraînait dans la pratique des difficultés insurmontables. Le génie positif des diplomates italiens repoussa la combinaison. Il y a des heures où la raison d'un peuple s'incarne, limpide et éoergique, dans la tête de quelques hommes. L'idée de l'unité italienne devint l'idée dominante: les publidates qui l'avaient le plus

1S3 tE MâXHNT

Wngtemi^ oMniMttue n'y mUiénNit franeheiomt, et rhomine que Tan sait reaoiicer le «oins à une idée coaçue, inclina m volonté toute puissante devant uae voîi plus paîassale encore, oeUe de Topinioa

Julio avait suivi touies les péripéties du draysie; il en avait prévu le déBouem^t.

„Ceci est la fin de la puissance temporelle du pape, écrivait-il à son ami Verdelon. Du haut des rochers de Saint- Aventin, je vois l'orage, s'amonceler, et la Rome papale sera emportée dans le tourbillon de la tempête. La papauté pouvait faire la révolution italienne à son profit; c'était l'idée du Père Ventura et des patriotes qui voulaient mettre Pie IX à la tête du mouvement italien contre l'Autriche. L*idée du pape, très-chrétîenne en soi, mais puérile au point de vue politique, de ne pas faire la guerre à l'Autriche sous prétexte que le pape ne peut pas attaquer des pays catholiques, a enlevé deux couronnes de la tiare pontificale; il ne restera bientôt plus que le bonnet de Tévêque de Rome. L'émancipation de l'Italie se fera plus ou moins pacifiquement; mais la puissance temporelle sera sacrifiée. Que ce soit Victor-Emmanuel avec les idées conslitulionnelles, ou Joseph Mazzini avec les idées républicaines qui l'emporte, l'unité italienne sortira de la révolution."

Les événeneats qui remplisseat lVnné« 1860 fureat donc pour Jute», mmam pour tous Im pen-

i-du DMMMle dnlÎBé, vtûe page vivante d'bis*- UÀre qvi fui étodiée avec une curiosité avide. C'étiiit chose tmniense que ^effondrement du vieux édifice de la royauté pontificale. 11 y eut un jour où H ne resta au prètre-roi que Rome , la Co^ marque et Viterbe, et ïk même son pouvoir ne pourvait se soutenir que par Tassistance d'»ne armée d'occupation. Ce pouvoir était* il asses tombé?

La révolution italienne, qui avait de telles coneéqaenees, devait provoquer dans ie clergé catbo^ li<fue nne vive explosion de haines contre le parti qui avait triomphé, et d'inquiétudes sur la possession de la motte de terre laissée à Pie IX, sous l'abri puissant du drapeau français flottant au chl^eau Saint-^Ange. Ces inquiétudes se manifestèrent dans les publications officielles de Tépiseopat, ^t les haines rejaillirent sur Napoléon III à qui le clergé reprochait la violation d'un engagement formel de faire respecter l'intégrité des États-pontiticaux.

Ce fut donc un véritable conflit entre le clergé et TËmpire. Julio étudia avec toute la patience d'un anatomiste les phases de cette lutte intérieure, plus dangereuse pour l'Empire que la guerre avec rAutriehe sur les champs de bataille; et ses lettres à Yerdelon fourniraient pour l'histoire contemporaine les documents les plus précieux.

v,Tout se lient, ki écrivait-il, il n'y a pas un fait qui ne soit l'expression exacte d'une idée. La

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pensée dominante du haut clergé finançais -eal to«jours la vieille théorie de Funk» de l'antel et do trône, et en dernière analyse la théocratie, c-est à dire la domination du sacerdoce sur le monde. On veut le prince, mais comme évéque extérieur, comme le bras de TEglise pour faire exécuter ses lois , à l'aide de la prison et de l'amende. Tout gouvernement qui ne s'inféojde pas au clergé pour lui assurer, à l'aide de la force, l'obéissance ei* térieure des peuples, lui est suspect et ne tarde pas à lui être odieux. Tant que Napoléon III lui a ouvert les coffres de l'État pour la constructioD et la restauration des églises, tant qu'il a recruté l'épîscopat dans les rangs des hommes connus par leurs doctrines ultramontaines ; tant qu'il a réprimé à Rome la révolution menaçant la royauté pontificale, le clergé a acclamé le nouveau Charlemagne. Le jour où la guerre d'Italie dont Napoléon III a pris la C4)nrageuse initiative a mis en danger la puissance temporelle du pape, les illusions sont tombées. Adieu le César chrétien! On est entré dans un monde nouveau. Le pacte tacite s'est brisé en quelques heures, et le sauveur des premiers jours n'a plus été qu'un révolutionnaire.*'

„Pour comprendre la crise actuelle, ajoutait Julio, il faut voir que le système du gouvernement de l'Église par le pape et par les évéques, repose de nos jours tout entier sur la royauté pontificale. Mais le jour où cette royauté tombe, le pape de-

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weÊXa mmpyt^ éyè^oe est fatalement condamné à n'être piii» qu'un po«tife spirituel, sans autre empire <p}e celui 4e8 âmes, sans antre force que celle qu'il tire de la valeur du ministère évangélique. Ce changement à Rome en amène un dans tout le catboticisDie. A la pompe terrestre, aux honneurs extérieurs et mondains, au rôle public et Siemi-politique de répiscopat, succède la vie humble e( modeste, fout absorbée dans ce minis* tère des âmes, antipathique par sa nature à ce qui est gloire et grandeur selon le monde. La chute de la papauté temporelle aura donc pour conséquence logique, inévitable, immédiate despiritualiser l'élément mondain de l'ordre clérical, depuis le pape, les cardinaux, les archevêques, les évéques, jusqu'au plus petit vicaire-général, tous imprégnés de l'idée anti-évangélique de faire l'œuvre de Dieu à Taide du bras séculier, et de sauver le monde avec les prisons de l'inquisition, les flétrissures de Ytndefl', les lois des princes imposant le repos du j

dimanche, et forçant les peuples au mariage religieux et à la Pâque. C'est en définitive un ordre | nouveau dans l'Ëglise, la régénération providentieUe." I

„0r rien ne répugne maintenant au haut clergé comme cette réforme que lui imposera l'implacable logique des faits. Il frémit de colère à la pensée de ce changement fatal. Jamais moines relâ- i diés, menacés d'être remis à l'austérité de leur J règle primitive, n'oat autant maudit le réforma- ^

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teor de leur ordre que le clergé «hraoïonlm actuel maudit Thonime pvovidentiel <(»i a été rinstrument de celle rérolution radicale dans

rÉglise/'

Quelques-unes des lettres de JuKô développant ses idées sur la crise subie par le clergé ne furent pas tenues secrètes par Yerdelon. U les montra, avec orguf^tl pour son jeune anri, mst hommes intelligents de T. Quelques copies même furent prises. Et dans les rapports que le préfet du département envoyait au ministère de Tintérieur sur la situation religieuse du pays, Jalio fut mentionné comme un de ces esprits avancés dans le clergé, qui, bien loin de se mêler à une a^ tation dangereuse, et de se poser en adversaires de Tempereur, voyaient dans les événements accomplis en Italie rinauguration d'un systènne plus favorable au développement de Tidée chrétienne, par cons(équent un bien pour l'Eglise plutôt qu'une persécution, comme ne craignent pas de le dire dans les bas fonds du monde religieux, ceux qui savent qu'on ne remue les masses qu'en les excitant par le fanatisme.

Par contre la position que prenait Julio dans cette question capitale de la royauté des papes, lui attira de plus en plus la haine des Jésuites et des hommes du parti ultmmontain. Ce n'était que plaintes à rarchevéché de T. contre ce jeune prêtre qui osait penser autrement que le pape et

PAR t/n^và •♦♦♦ ISfl

les évèques, dont les lettres dangereuses couraient toute la ville et qui ne craignait pas de dresser autel contre autel. La police secrète des Jésuites reçut ordre d'en haut de rechercher ces lettres terribles, dont il fut beaucoup question dans les rapports envoyés a Rome ati général des Jésuites, lequel, pour perdre définitivement un antagoniste déclaré de Tordre, en parh an cardinal Ântonelli. Le cardinal loua beaucoup le révérend Père général de son zèle pour le saint siège ; maïs, con fermement aux haMtudes de prudence de la cour romaine, il lui répondit que le saint Père ne pouvait agir ofBcietlement auprès de l'archevêque de T. qne sur des preuves écrites.

— Vous comprenez, Émînence, que si on laisse, en dehors de l'épiseopat, qui est tout dévoué à la puissance temporelle du saint siège, se former dans le clergé secondaire frtmçtws, qui supporte avec tant d'impatience le joug de l'épiseopat, vme opinion opposée aux intérêts de Rome, ceîîe opinion ne manquera pas de prévaloir en France où les esprits sont si enthousiastes des idées nonveiks. Il y aura un schisme terrible dans le clergé; les têtes ardentes, comme celle de ce misérable Julio, deviendront les agents d'un parti aujourd'hui réduit an silence, et rempliront de troubles le catholicisme. II feut agir, Éminence, il fisiut frapper fort

— Gela est très-sage, mon révérend Père; mais ayons d'abord les lettres de l'abbé Jnlîo.

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Mort de la tante.

Cependant la digne femme, miidame de )a CJavière, alla de vie à Irépas. Depuis deux mois, le rusé Tournichon Tenait chaque semaine passer un jour ou deux à la Clavière, pour maintenir soi ami dans ses saintes résolutions de ne rien changer à son testament en faveur des bons Pères. II y avait eu des scènes étranges entre ces deux vieillards. Bien des fois, pressée par ce reste de justice que les subtilités de la casuistique ne peuvent étouffer entièrement dans les âmes dévotes dont se sont emparés certains directeurs, la tante de Julio fut sur le point de briser sa chaîne, d'appeler Louise et le cher enfant, de leur dévoiler Tabus qu'on avait fait de sa faiblesse. Mais rimage du Père Briffard, comme une apparition formidable, ramenait tant de terreurs, ià conviction habilement préparée par lui que Louise avait une véritable vocation et n'avait nul besoin d'une grande foi*tune, lui inspirait tant d'incertitude, la présence de Tournichon envers qui elle s'était engagée et qui, lui rappelant à toute heure la voie funeste où s'était jeté Julio, parvenait à lui inspirer ponr ce ^malheureui prêtre/' c'était l'exprès-

M« tfàWBM *** 1«9

non de l'sg^t des JésHites, une véritable irritation, cela lui eauBait tant de draintea que le cri de la consdence était étouffé. L'bearé suprême s'avança et emporta le dernier déair avec le dernier remords.

TournichoD^ couvait sa proie des yeux. Il ne quitta pas un instant la vieÛle agonisante. Il évita avec le pâus grand soin; que Julio fût prévenu de l'état désespéré de la malade, et la lettre que Louise écrivit à son frère pour lui dire qu'il fallait se bâter, que la tante n'avait plus que quelques jours à vivre, fut interceptée. Julio ne reçut que la dernière qui lui téoioignait la surprise de sa sœur de ne l'avoir pas vu arriver auprès du lit de la mourante et lui annonçait les premier^ râles de l'agonie.

Quand Julio arriva à la Clavière auprès de Louise, il trouva deux choses: Tournicbon installé à peu prés comme un maître, et un cadavre.

Tournicbon allait, venait, donnait des ordres. Louise, avec deux sœurs de cbarité, veillait auprès de la défunte. Julio entra, se mit à genoux auprès du lit.

Après quelques instants donnés à la prière, à de tristes souvenirs ravivés par le spectacle qu'il avait soi» les yeux, il se leva et s'avança vers Louise qui se jeta dans ses bras en fondant en larmes. Il y avait si longtemps qu'ils ne s'étaient vus! Il la conduisit dans le salon, tout en lui disant de douces et affectueuses paroles.

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Joli* lot mes sorpris, tonqo'ii ait fût a*^ ■ MBor, de Toir ToorniclwD entrer «K fiçeii dans FapittrteBieBl et tenir se mêler, comoR malgré em, à lenr entretien intiaw. Julie n'aimait pas cet homme. U avait toujours resseati ponr M ane défianee ioslioclive; mais c'était ma ami di sa tanCr et ce titre avait enli ponr ^iie Mil ■e anoqnât jamais envers lui aux égards impe* ses par les convenances^

Tootefois un seiitiment profond de méeonlente» ment se lisait sur le visage de Tabbé. Tonmichoa comprit: ses yenx se baissèrent; il se cmnpom «n visage grave et triste; sa poitrine semblait oppressée. Il y a des hommes qui savent si bien simuler la douleur! Jutio cependant gardait un silence signilicatiL L'homme des Jésuites parla k premier.

— Vous avez perdu, excellent M. l'abbé, ainsi que mademoiselle Louise, ime parente bien digne de vos regrets.

— Oui, monsieur, dit Julio avec un ton de fnridenr bien accentué; et dans ce moment ma sœur a besoin de mes consolations comme j'ai besoin des siennes.

— Sans doute, mais les consolatioiis les plus efficaces, vous devez le savoir, M. l'abbé, sont celles que l'on va chercher au pied de la croix.

Et Tournichon, élevant les yeux au cid, soupira profondément.

Julio était resté debout et ne propoaail pas

PAB l'aBBB ♦♦* 141

»u vâefllard da s'afiseoir. Il le ât encore irn «o* ment de silence.

-^ Vous »vez pent^étne été surpris, M; Vabbé, de B8 fMis voir ici l'apposîiioa des sceUés?

— h n-aTais pas fiiil attention à leur absence, monsiear. A présent que je suis rendu, Lonise et flooi étant les uniques héntiers de ma tante, ils sont inutiles. Je suis bien aise que c^te for-* malilé ait été négligée. C'est une impression pénible évitée à ma chère Louise, et si c'est à vous que je k dois, monsieur, je vous en remercie.

— - Mon^ ce n'est pas à moi... C'est à dire..., c'est bien à moi... car»..

£t Tournichon, ^ns un embarras visible, hésitait et soupirait

<*— Je ne vous comfHrends pas, monsieur, dit JuMo.

— La Providence a ses desseins: eUe inspire les saintes âmei, et c'est un devoir pour tous de se soumettre à. ses décisions. Votre tante était une sainte, M. l'abbé, une véritable sainte...

— Je le croia. monsieur.

— Et l'on doit respecter les motifs qui l'ont fait agir, lors ménie qu'on ne les comprendrait pas.

--* C'est vous que je ne comprends pas, M. Toarnichon; où vsttle2*viHis en venir?

-^ M. l'abbé, si les. scellés n'ont pas été 9pposés, c'est par la voionêé de madame de la Cla- ▼ière» ma digne et respectable amie.

Ici M. TpurMchMi soupira de nouveau et e»*

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fluya ses yeux. Les larmes ne venant pas, il continua :

— Cette vdonté, moosimir, est écrite de sa main: elle laisse à son exécuteur testamentaire senl le droit de faire observer ses dernières dispositions.

Julio commençait à comprendre. Il regarda fixement M. Toornichon.

— Et cet exécuteur testamentaire, quel esi-il?

<— - Ma respectable amie avait en moi une entière confiance. Je connaissais ses pensées les plus intimes: elle me confiait toutes ses peines. Vous savez d*oà elles venaient; et je puis vous dire tout ce que cette belle âme a souffert en voyant ses espérances frustrées. J'acquitte ses intentions dernières en vous disant combien elle a été blessée de la ligne religieuse dans laquelle, vous qui lui deviez tant...

-^ Au fait, monsieur, dit Julio. Moins de paroles, s'il vous plait. L'exécuteur testamentaire de ma tante, c'est vous?

— Oui, M. l'abbé^ son exécuteur testamentaire et son unique héritier.-

Et Tournicbon , en affirmant sa qualité d'héritier unique, donna à sa physionomie béate une expression d'humble componction qui aurait fait sourire Julio dans une circonstance moins gi^ve.

— S'il nous est prouvé, monsieur, que telle a été en efiet la volonté de notre tante» nous saurons nous y soumettre avec dignité.

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--r Ma resiieolabte .amtêt M. Tàbbé, a joui jusqu'au dernier moihent de toutes ses facuhés. MademoiseJle ie sait bien* Et, oomme elle était la vustice même, elle a laissé à mademoiselle Louise et à voiis une pension viagère qui vous sera honorablement servie. Un {>rétre n'a pas de facfiille: il lui faut. bien peu. Quant à mademoiselle Louise, quelque dure que soit en apparence oeUe décision, votre tante a cru qu'un riche héritage serait pour elle un grand danger dans le monde. Elle a pensé avant tout à sauver l'âme. Une pension viagère sera suffisante pour qu'elle vive paisible dans quelque maison religieuse, loin des écueils où elle pourrait se perdre. Je vous rends là les pensées intimes de votre tante. — Je ine croirais coupable, me disait-elle, en laissant à Louise une grande fortune; sa jeunesse, sa vertu seraient trop exposées. Je sais qu'elle aura de la peine d'une décision en apparence sévère; mais elle me remerciera dans l'autre monde.

Un rictus d'indicible amertume plissa les lèvres de Julio.

— L'infâme! dit* il tout bas à Louise.

Puis regardant cet homme plus hideux pour lui par son hypocrisie que par le métier d'agent spoliateur des Jésuites, il lui dit:

— Cela suffit, monsieur: quand nous aurons rendu les derniers devoirs à notre tante, nous sortirons d'ici.

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— Ok! H. Takbé, je n'y naâtlrai aueune rigueur, croyez*inai. Mademottelle Louise restera ici le| temps qu'elle voudra. Je n'ej^ige pas...

— Vraiment ? dit Julio. Soyex sûr que nous n'abuserons pas de tant de eondesoendauce. Et à présent laissez*nous.

Tournicbon sortit sans répliquer, et Julio tensfit Louise dans ses bras:

. — Pauvre chère enfant, tu n'as plus que uoi, mais je t'aime.

Et Julio trouva une amère volupté à s'abîaier dans une pensée qui lui vint tout à coup : Louise déshéritée lui appartenait plus encore;

Quelques moments après, Tournicbon rentra. 11 tenait sous son bras une longue cassette de bois blanc que le temps avait noircie, fortement ficelée et scellée de plusieurs cachets de cire rouge. 11 j avait écrit dessus : Papiers de lafamiUe JuUo delà. Clamère»

— Je suis un bonnéte homme, dit Touroichen, croyez-le bien. Je vous en donne une preuve. Voici ufte cassette contenait des parchemins, des titres de famille; ils sont intacts et tels que votre tante les trouva dans le cabinet de travail de votre père, lorsque vous devîntes orphelins. Je. pouvais les garder, car Us ne sont pas mentionnés dans le testament comme devant vous être rendus. Oui, monsieur, oui, maderooiseUe, je suis un honnête homme.

El le cafard se reugorg^ail dans sa dignité, après ce grand acte de délicatesse.

-^ Merci, monsieur, posez-la sur cette table. T4>lle fut l'unique réponse de Julio.

— Croyez bien qu'il sera fait un usage pieux de la fortune de ma respectable amie. Je ne faurais jamais acceptée si j'avais ci*u spolier une famille pour enrichir la mienne. Non, M. l'abbé, vous en croirez ce que tous voudrez, mais toute la Clavière passera en bonnes œuvres: je ne veux pas que mes héritiers en profitent d'un centime.

— Faites de la Clavière ce qu'il vous plaira, moBsieur. Quoique nous devinions un peu à quoi servira l'héritage de ma tante, nous n'avons pas à nous en occuper. De grâce, laissez-nous à notre douleur.

Auguste Verdelon, prévenu par un petit billet de Louise, s'était hâté de se rendre à la Clavière. Il entra dans le salon au moment même où Tournichon, content de la manière dont il avait joué son rôle d'honnête homme, venait de sortir.

Ce mot de Louise: Nous sommes déshérités 1 tomba comme un coup de foudre sur Verdelon.

— Déshérités! s'écria-t-il.

— Oui, mon ami, dit Julio, mais que nous importe? Notre bonheur n'était pas attaché ti cette fortune.

Verdelon se fit alors raconter l'entretien avec Tournichon.

— Nous verrons cela, dit-il. Évidemment la main des Jésuites est là dessous. Tournichon est

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coYmu datis le moDde poinr tevrf êrgelit. Il n'a été dans cette affaire qu'un idéi-eommissail'e, et la loi est très-sévère à ce sujet Ce testaient peut être Bttaqué. Il y a certainement eaptàtiofi ée la part des Jésuites. Le tribunal, mèûxe daiis le doute, sera faTorable aul héritiers. Pour peu qne nous ayons de preuves à faire valoir, dans la disposition actuelle de la magistrature è Tendroit des corporations religieuses, nous sommes sûrs de gagner notre cause. H faut attaquer le testament.

— Mon ami, dit Julio, laissons pour aujourd'hui ces mesquins intérêts matériels. Songeons aux derniers devoirs que nous avons à rendre à notre pauvre tante; pardonnons-lui ses faiblesses et allons prier pour elle. Ma Louise, c'est une dette de reconnaissance à acquitter envers celle qui fot noire seconde mère.

Les funérailles se firent danà l'église ée la paroisse avec tout l'éclat de ces cérémonies, quand le déf\int est de la première classe. Le6 cierges furent plus nombreux et plus gros, le drap moi^ tuaire des. riches sortit de Fàrmoire de la sacristie; la grande croix argentée, le beau bénitier furent mis en œuvre ; les x*hantrei3 dtt village prirent leur plus grosse voix et le curé psalmodia plus lentement l'office que dans les enterreffietits vulgaires où Ton se débarrasse lestement des pauvres diables. Il y eut une riche offrande, et le pasteur prenant îa parote fit une orbîson ftrnèbre pompeiuse où il n'épargna à l'auditoire ni les lèligues cita-

pim Vémé ♦** 14T

tÎMS latiaes^ ni Jes exagérations hâUtueUes de ce genre de discoiirs.

LoHÎse et Jolie revinrent tristes à la Gavière, ce dowL berceau de leur enfance qu'il fallait abanâoBiier à des spoUatears avides.

Dès le même soir, Tournichon, qui, pendant toute la céréaiome, avait fait auprès du catafalque force dépense de soupirs et de contorsions pieuses, fit connaître à Madelette le passage du testament de sa maîtresse qui lui léguait une petite pension pour ses bons et loyaux services.

La vieille fille à ses qualités précieuses de dévouement joignait le petit défaut d'être attachée aux biens de ce inonde. Toute sa vie elle avait désiré d'être riche, et la paysanne au service de madaïae de la Clavière s'était toujours figurée qu'avec ses gages, dont elle avait fait chaque année le placement sûr, il y aurait pour elle dans la succession de sa maîtresse un bon et gros lot qui lui permettrait d'aUer s'établir à Valcabrère, dans une belle maison couverte de tuiles qui ferat d'elle la châtdaiae du «illage. Madame de la Clavière hii avait dit cent fois : „Madelette, tu «s sur nion testament.'* Et le Père firiffîird qui avait besoin de Madelette comme d'un isolant autour de sa pénitente, avait habilement exploité les intérêts cupides de la pyrénéenne en lui faisant comprendre que fa belle part, qui lui reviendrait de droit après la Bort de sa naitreaae, tenait rigoureusement à ce

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i]He ni Lonise oi Julio ne fissent changer le famem Xestament fait au nom de M. Tournichon.

Quand le chiffre de la petite pension alimentaire fixé strictement par les Jésnites cupides à Hadelette lui eut été révélé, la TÎeîlle fille manqua tomber à la renverse.

— Vous n'êtes pas contente? dit Teurnicfaon d'un air narquois; vous pensiez donc partager avec moi la Clavière?

— Pas le moins du monde, monsi^ar, dit la fille toute penaude.

— Vous avez là le pain pour vos vieux jours. Que vous faudraît-il de plus?

Et l'hypocrite ajouta :

— Prenez garde, ma fille, de faire un bon usage de cette somme, qui est une fortune pour vous. Retirez-vous comme soeur converse dans quelque couvent: vous finirez là saintement vos jours. On peut se damner à tout âge.

— Que le diable l'emporte! se dit tout bas Madelette; il faut toujours que cet animal prêche.

— Soyez sans inquiétude, monsieur, repritelle tout haut; je n'ai pas besoin de vous pour diriger ma conscience. Je désire qu'au jour da jugement votre compte ne soit pas plus rigoureui que le mien.

— Que voulez-vous dire, insolente?

-- Mon Dieu, rien ; mais vous n'avez pas fait gratis la commission que vous savez ; et je crois

pabl'amb*** 149

bien que TOtre part au gâteau sera pkis beUe que la mieiine*

— Jéaus Marie! MadeMte^ c'est Satan qui vous fait tenir ce langage. Ma fille» yous Êiites des jugements téméraires horribles! Allez vous confesser de suite; tous yenez de tomber en état de pédié mortel

— Bon! bon! Continuez le sermon. Avec tout cela, nous aurons peu; et vous et les vôtres vous aurez touL Et pourtant sans moi!...

— Je vous jure devant Dieu, IMadelette, puis*^ que vous êtes .instruite plus que je ne le croyais, que je n'ai trempé dans cette afiÉiire que pour la plus grande gloire de Dieu, et que je n'en retirerai rigoureusement que mes simples frais, les dépenses que m'ont imposées tant d'heures détournées^de mes affaires, tant de voyages ici. Ces petites rentrées opérées, tout reviendra aux Pères.

— Ce n'est pas ce que dit le Père Briffard; il m'a très-bien assuré qu'il avait fallu vous intéresser fortement dans la succession. Allez! je vois les choses maintenant. J'ai travaillé pour lui et pour vous. J'ai tiré les marrons du feu et vous me donnez, seulement de quoi payer mes vêtements et mon pain.

— Et £iut*il autre chose à une bonne chrétienne comme vous, dans cette vallée de larmes?

— Je puis vivre encore trente ans. Je n'aurais pas été fâchée de finir mes jours à Yalcabrère.

^ Tentation ë'orgtMâ que to«t ecla, Naddette.

— Vous, vous n'avez pas eu ces teolalBons; grand bien vous fisae i Cela ne veua einpèehera pa$ d'empocher le gro» lot en bons écus et moi j'awraî les pauvres sous de la auccessioo. Tenez, puisque vous me forcez à le dire, je suis en colère. Je vois que j'ai joué un métier de dttpe; que vous avez tous surpris ma crédulité. J'ai été kl geôlière de cette pauvre madone! Qae de fois j'ai étouffe ses plainiesl Que de fois j'ai menti à ma conscience pour lui dire qufelle feisait bien! Et quelque chose, voyez-vous, M. TourniclKNii, quelque chose me disait là que je mentais. €es pauvres enfonts! Ob\ quand jY p^n^f c<» pauvres ^liMits que j*ai tant amiés! Ëh bien, je v(ûs maintenant que je vous ai aidé à les dépouiller comme les loups dépouillent les agneaux au ccnn d'un bois. Que je suis malheureuse l

— lis ne sont pas tant à plaindre.

— Si vous les avei; traités comme moi, ils doivent être bien riches.

— MademoisieUe Lonke a me penstoo de nuUe Irancs.

— Belle dot, ma foi! pour épouser un savetier.

— M. l'abbé a une pension de mille francs, et c^'est un mîséraUe qui scandalise TÉglise de Dieu. Par pitié, les bons Pères n'ont pas voulu le frustrer entièrement. S'ils m'eussent écouté, le Père Briffard eût exigé de madame de la Clavière,

PAS fc'AWIB ***

oa-eU. n'eût fait de lui aucune menUon dans son

nicho», et vous «*»""«J» «•'i^s c'est affreux rouge qui nie moo^ »^^^^„ ,„^„i. « boncette conduite lai t^^auvr ^, , net*, si doux, « *»"^"J;,Î; ensemUe. Allex.

» *» *• ^ÏÏ S5S Kn?pa?anne; ma» j'ai «»aU»^.' je ne 8W ^ "» ^ ^^ qui g'y eon-

teodu «Je» f'^i'fKe c'était le premier prerS'de''?- ûiAoux de luL voilà pour-

' ^^J!-^:L:rXMadel.t...o^ av^^^^^^

opinion, j'ai la «»î«""«^*ii;d"Ût vous allex dé- BpïtXrVo^"- i-eoris.nro.on

"^ 'tdieu maintenant. Madelette. faites em-

P^'^îL'Sl'trattendre^bienque^^onX;^ «eune ïe Valcabrère, me chercher avec sa

"^''^-! Oui, je vous donne pour cela le rest* de ^ TZ» aes vraiment généreux.

156 hE JIADBIT

ré^latioDB de Mad«lette^ il se Uni déjà pour Yainqueur.

Malgré les idées de désintmasement qui fo^ maient le fond du caractère de Julio, il se troufa entraîné par son ami dans une guerre à outrance à Tordre religieux qui venait de le spolier* Verdelon se fit donner une proouratioB en règle de Julio et de Louise, beureux d'attacher son nom à un procès qui devait avoir un immense retentissement dans toute l'Europe.

Un serrement de main, que ne vit pas Julio, un regard où se mêlaient un amour ardent et une profonde tristesse, furent les seuls adieux de Louise et de Verdelon. Julio voulut partir le jour même pour Saint-Âventin, tant il avait bâte d'aller abriter dans sa solitude le cher trésor dont la mort le rendait maître, trésor plus précieux pour lui que tout l'or qui lui était enlevé par le Père Briffard.

Correspondance des deux amants.

Trois jours après leur arrivée à Saînt-Aventio, Julio et Louise reçurent des lettres de Verdelon. Celle qui était écrite à Julio était pleine d'ardeur

PA« l'abbé' *♦* 167

et d*e9péraiice. t'avocat avait fait le voyage de la Clavière. Au lieu de se rendre an château où était encore Madelette, en fort mauvais termes avec Tourniehon, lequel était furieux et la faisait presque garder à vue, il était descendu chez le curé du village. Celui-ci était complètement dans ses intérêts et le confident de ses amours avec Louise. C'était un digne vieillard, et Louise s'était adressée à lui pour ses devoirs religieux depuis qut sa tante avait quitté T. Elle avait trouvé là le véritable prêtre, l'homme désintéressé, le père compatissant et dévoué.

Le curé manda chez lui Madelette, sous prétexte de causer avec elle, avant son départ, sur cette bonne madame de la Clavière qui laissait dans tonjt le canton de si bons souvenirs. La vieille fille *fut flattée.

Arrivée au presbytère, elle y trouva Verdelon qu'elle aimait presque autant que Julio et Louise. 11 faut dire^que Verdelon avait gagné les bonnes grâces de Madelette par ce procédé auquel sont toujours sensibles les gens de service, les petits cadeaux.

Verdelon amma habilement la conversation sur les faits essentiels qu'il lui était important de dévoiler, et cela, en présence d'un témoin respectable, le curé de la Clavière. Madelette ne soupçonna pas qu'elle était devant un juge d'instruction qui ne perdait pas une de ses parolea.

Il lui fit compliment d'avoir mis à sa place

168 LB aUODIT

et vilaki M* TournktiOD. Une fols en verve, ia fieille ille raconta en détail k drame fui s'était paasé à T. et i ta Clavière depuis qaaire ans^ les précautions prises d'abord pour se cacher d'elle, ks luttes ^t les résistances de madame de la da* YÎère, les prottiesses feites à elle, Madelette, p» son confesseur le Père Briffard, si elle favorisait l'affaire du testament : de l'argent dans ce monde pour se retirer à Yalcabrère sur ses vieux jours, ce qui était l'idée fixe de là p^^rénéoiBe, ei le peradis dans l'autre monde, ce qni est la monnaie courante distribuée largement par les pères spirituels à leurs chères filles. L'avocat demanda à Madelette le secret sur leur conversation; la vieille fiUe le promit.

Yerdelon racontait dans sa lettre qu'il avait vu le notaire, homme grave, grandement estimé dans le pays, qui lui avait avoué que son impression en sortant de la Gavière avait été celle-ci: que la vieille dame, 4^édée par Tournichon, avait renoncé à expriiMcr librement ses dernières volontés. Il avait même entendu un mot de la bouche de la malade qui lui paraissait avoir toute sa raison: „Mon Dieu^ que je suis jnattteurense !''

Tels étaient les détails de la lettre du jeune avocat. Il prenait maintenant tout sur loi. Il n'j avait qu'à suivre, devant le tribunal civil, la filière habituelle de ces sortes d'affaires. Julio pouvait rester tranquille.

La lettre écrîto à Louise «tait plus courte.

!^*ii l'abbé*** 159

EN» timmmt Vtupti^men ln^kmlïe â^oè vive ^ffeetlmi et «elle du bonheur de prouver, en tra<* vaHknt trnfeumeiit à cette- affaire eapitafe, Mit éétouemem à Tét^re aimé. A demandak à Louise un long récit de son voyajg<e éaiia la moiatagne, et une description é» presbytère de Sdîiit*-Atentin , le nid qui lui ganiait raatnte&am sa Lomé adorée.

Nous avons la réponse de Louise

„Vètre lettre, bien cher, me trouve toute triste. Pourqiioi celât Je l'attendais pourtant avec une impatience fiévreuse. Vous m'appelez votre Louise adorée: ce mot ne me dit-il pas tout? Et cependant mon pauTre cœur est entraîné dans un courant d'aff^uses craintes, de pressentiments cruels. Que voulez- vous ? Je suis trop franche pour rien vous dissimnler. EsiKce une illusion du moment qni 4se dissipera avec un peu de caime? Esl-ce notion plcis nettie de ma position actuelle et pénétration plus vive dans voire âme? Il me semble que votre lettre trahit des hésitations de cœur.

„6rondez-<nioi, si je me trompe. Je serais si heureuse de vous avoir calomnié. Mais, pauvre Augaste, je vous connais; je juge votre position ' et la mienne; et si ce malheureux procès était

^ perdu, et quels sont les bons procès qui ne se perdent pas? qu'aurais- je , grand Dieu, à espérer

ide bonheur?

160 LE MAUIXT FAR l'a9BÉ ***

„Je n'ose pas en dire dayantage sur ce thème. Ce sera désormais ma pensée domioaDte^ mon doulottreux cauchemar. Je sens dès aujourd'hui qu'une certitude de malheur serait moins dure pour moi que ces appréhensions de tous les moments, que cette interrogation cruelle qui se tourne et se retourne dans le cœur d'une femme qui aime: per> drai-je tout mon bonheur?

„Écoutez maintenant, Auguste: ne regardez ces premières lignes de ma lettre que comme un épanchement qui doit me faire du bien. Il n'y a rien là qui doive vous déplaire. Je pourrais accuser une fatalité cruelle, je n'accuserai jamais votre cœur« Je vous demande même de ne pas me répondre sur cela, pour peu que vous ayez de peine à soulever le voile de notre mystérieux avenir. Votre silence ne me blessera pas; el moi j'aurais troup souffert à contenir cette première pensée dans mon cœur, comme des sanglots qui nous étouffent et qui dégagent la poitrine quand on a pu librement y donner cours.

FIN DU TOKE TROISIRlfB.

Imprimerie de R. Baiit à Fnuiefort «.M.

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PAB

TROISIÈME ÉDITION

FRANCFORT s/m. , CHEZ R. BAIST, ÉDITEUR.

Correspondanee des demz amants.

(Suite.)

,^Â présent que je me suis un peu déchargée de ce poids si lourd, je puis vous donner les détails que vous me demandez.

^olre voyage a été une suite de sensations jusque-là inconnues. pour mot, et si je n'avais pas eu l'âme toute meurtrie par les souffrances de ces derniers jours, j'eusse été folle de joie devant le merveilleux spectacle de ces montages que je ne connaissais que pour les avoir si souvent contemplées du pont de la Garonne, comme un immense cercle d'argent dentelé se détachant de l'azur du ciel à l'horizon. Cette image lointaine, qui me faisait pourtant rêver de vague et d'infini, n'était rien devant la réalité. C'est elle qui donne la plénitude de la satisfaction de l'âme à la vue du grand et du beau. Je ne pouvais pas même soupçonner cela.

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