‹ Le mauditChapitre 2 sur 7 · ON PÈLERIN QUI CHERCHE SA S(£UR A LA RÉVÉRENDE MERE THEREZA · texte numérisé non relu

ON PÈLERIN QUI CHERCHE SA S(£UR A LA RÉVÉRENDE MERE THEREZA

Suite de TOdyasée.

Julio partit le lendemain de cette scène pour Aquapendente , petite ville délicieusement située

au bord du beau lae de Bolséna; Il suivît un ma»vais chemin, mais à travers des sites charmants, dans uner région toute de montagnes dont le» eaux vont alimenter le lac formé à leurs pieds. Notre pèlerin, quoique dévoré d'angoisses, trouva une distraction salutaire dans la vue de ces riches paysages. Ce n'était pas la grandeur et la végétation luxuriante des Pyrénées. La chaîne apennine et ses contreforts ont le malheur d'être dénudés. Voir des forêts dans ces montagnes est chose bien rare. Mais les aspects de l'horizon sont parfaits aux regards, tels que les aiment les peintres, pouvant être saisis sur plusieurs plans et embrassés dans un ensemble gracieux. Dans les Pyrénées, Thomine comme une fourmi rampante est écrasé par les masses gigantesques se dressant à pic au dessus de lui. Ici les soulèvements ont des arêtes moins aiguës, tout s'est assoupli en formes rondes et moelleuses. £t l'homme, au lieu d'être là le vaincu de la nature, en est le maître et le roi.

Rien ne rappelle non plus, dans les beaux lacs de la chaîne apennine, ceux des Pyrénées. Les lacs pyrénéens sont d'ordinaire à de grandes altitudes^ environnés de pics couverts de neiges, mamelles intarissables qui leur fournissent ces eaux si limpides et si froides quiils déversent avec fracas aux vallées. Les lacs des Apennins se trouvent dans les régions basses et sont plutôt des réservoirs d'eaux d'un faible écoulement ; quelques-uns mêmes forment de petites mers intérieurs, te) que le lac

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de Péroase. Aussi ont-ils le bénéfice de oeCle position chaude, leurs bords sont fréquemment couverts d'habitations. Tout est culture abondante sur leurs rivages ; l'homme y passe de doux hivers, et y trouve une agréable fraîcheur l'été. Le lac pyrénéen, à l'aspect sauvage et terrible , est soli* taire. A peine le fermier de ses eaux a-t*il une butte sur les côtés accessibles. Il n'est visité que des touristes et des pâtres, pendant quatre mois^ de l'année, et reste ensuite glacé, enseveli sous des entassements de neiges qui en font souvent craquer la surface durcie, jusqu'aux fortes chaleurs où tout cela ^ fond dans une affreuse débâcle, et s'écoule en masses effrayantes dans les gaves torrentueux qu'ils .alimentent.

Julio, qui était observateur passionné de la nature, résumait ses impressions en disant qu'il est plus doux d'habiter les régions apennines, qui ne semblent pas repousser l'homme, mais que la na» ture est plus grandiose et rapproche plus de Dieu dans les régions alpines et pyrénéennes, où l'homme a toujours à lutter contre des éléments farouches.

Oh ! qu'à l'heure présente, s'il eût retrouvé sa sœur bien aimée, il eût volontiers dressé sa tente dans quelqu'un de ces obscurs villages de la rive occidentale du lac de JBolséna.

Il lui fut facile de prendre des renseignements sur les Clarisses et les Capucines d'Aquapendentc. Tout était là dans un calme profond. Rien n'ar-

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rivait dans ce recoin du monde où la civilisation est encore à son âge antédiluvien. Les Capucines et les Cla risses n'avaient de longtemps reçu aucune étrangère. Que serait-elle venue faire à Aquapendente? disait-on. On prit Julio pour un fou, un pauvre jeune homme qui courait le monde par suite d'un amour malheureux. On voyait de suite que son métier de marchand l'occupait peu. Il est des natures auxquelles il est difficile de descendre.

Quand il partit d' Aquapendente , un petit billet lui fut remis.

„Vous vous trompez toujours. Vous vous dirigez vers le Nord, c'est vers le Midi qu'il faut marcher. Allez à Rome et vous trouverez."

L'écriture lui était inconnue: mais ce conseil n'était que la répétition de ce que lui avait dit déjà l'abbé Denis.

Cet homme l'avait donc suivi à Aquapendente. Etait-ce toujours affaire de hasard, caprice de voyageur? L'abbé Denis avait-il quelque intérêt à conseiller si obstinément à Julio d'aller à Rome?

Il y avait évidemment là dessous un mystère. Julio n'y voyait encore qu'une coïncidence.

A Torruccia , il fut mal reçu chez les Dominicaines. Il rencontra maître Denis sur une place qui le salua avec affection , en' lui criant de sa grosse voix:

— Vous aimez beaucoup le Nord, monsieur.

À Orvieto, les Bénédictines ne Toulurent pas même le voir. La supérieure des Carmélites le reçut au tour, lui acheta un chapelet et refusa d'entrer en conrersation avec lui.

A Bagnorea, les Fil^anciscaines le reçurent peu poliment; elles avaient elles-mêmes des chapelets en abondance qu'elles vendaient Julio était pour elles un concurrent. Et là encore, le visage de l'abbé Denis.

Julio ne quitta pas une seule de ces localités sans se dire avec anxiété : Qui sait si je ne laisse pas ma chère Louise derrière ces murs que je n'ai pas franchis?

A Montefiascone , même insuccès , partout difficulté de pénétrer dans les couvents, renseignements incomplets. Désespoir du pauvre voyageur.

Cette fois il manqua tomber dans les bras de l'abbé Denis au détour d'une rue.

— Mon cher, prenez garde, vous marchez d'un pas dangereux. Voyons, vous n'avez jamais voulu croire que j'étais votre ami. Eh bien, je vous le répète: il n'y a rien à découvrir pour vous dans ce pays de montagnes. Allez à Rome, mon cher, allez à Rome.

— Merci, répondit Julio, et il s'éloigna.

Un instinct lui faisait repousser cet homme, et soit persévérance dans son premier plan , soit confiance dans le conseil de l'agent français qui l'avait accueilli avec tant de bienveillance à Civita Vecchia, soit défiance du personnage qui semblait

être son mauvais génie, il ne changea rien à l'itinéraire qu'il s'était tracé. Il partit pour Viterbe^ en suivant l'ancienne via Ca&sta dont on retroujrc encore de notables vestiges formés de gros bioca dé basalte.

Viterbe est plein de couvents. C'est le séjour du délégat; ville curieuse comme ces vieilles ci-« tés italiennes que le moyen âge a semées de sea rudes constructions. Julio descendit à l'hôtel Francescbini. Il vit plusieurs fois l'abbé Déni» courant les rues de la ville. Il ne lui parla pas*

Plus heureux à Viterbe que dans les autres villes qu'il avait déjàr parcourues, grâce à la coo-^ naissance d'un jeune prêtre, chanoine pr^^endé de la cathédrale, il eut des renseignements précis sur les maisons religieuses de la ville. Il s'ouvril entièrement à ce digne chanoine qui se mit de grand cœur à sa disposition. Mais il fut bien établi qu'aucune jeune étrangère n'avait été admise, à titre de novice ou à titre de pensionnaire libre^ dans aucun des couvents de la ville.

— L'agent français vous a, je crois, donner un bon conseil, dit le chanoine, ce n'est pas dan» les grandes villes qu'on aura enseveli votre sœur* Vous la trouverez plutôt dans quelque couvent isolé»^

Julio partit pour Vetrala, très-petite ville située au midi de Viterbe.

C'était le mardi 20 novembre 1860. Le temps* était encore magnifique. L'automne se prolonge longtemps dans ce beau pays.

j Ëo arrivant à Punique hôtel de quelque im- MrtaDce que possède Yetrala, il s'informa avec nsez d'adresse des couvents de la ville et des en-* lirons.

Nous avons ici, lui dit le maître de fau-^

:e, la maison des Clarisses et celle des Domi-^

lines, et, à deux milles de Vetrala, le beau coudes Bénédictines de Notre-Dame de Forcassi :

l demain la fête patronale de ce couvent: il J aura musique et grand concours. Tout le beau JMnde du pays sera là.

' Julio fit parler longtemps cet homme sur les Plaisons de Vetrala. Il n'y était arrivé depui» ibngtemps aucune étrangère.

I — Et à Notre Dame de Forcassi?

— Encore moins que je sache. C'est retiré l^ians les terres , à moins qu'on n'y soit venu par lantre roule, celle de Cornéto à Viterbe, mais Ae est bien mauvaise et bien mal entretenue.

Julio se promit d'aller le lendemain à Notrefiame de Forcassi, ne fût-ce que pour voir une Bte de couvent en Italie. Il dîna, et comme il M restait encore quelques heures jusqu'au soir, 2 se rendit à une nécropole antique, située au Bord de Vetrala, que le maître d'hôtel lui avait indiquée comme très-curieuse pour les antiquaires.

Depuis son insuccès à Montefiascone, il s'était ^rminé à ne plus prendre de déguisement. Il s^ait donc plié dans son porte-manteau son habit (le marchand.

—7 Soyons nous-même, se dit-il : et il se posa partout, dès ce jour, comme voyageur français visitant le pays et étudiant les curiosités.

Il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il était mieux venu dans les hôtelleries, que le maître d'hôtel conversait plus longuement avec lui et hii donnait plus de détails. On l'appelait Excellence.

Vêtu donc d'une redingote d'un drap fin surmontée d'un paletot, il traversa la petite ville ou plutôt la bourgade de Vetrala , et arriva au vaste emplacement de l'ancien cimetière étrusque. Le sol avait été bouleversé en plusieurs endroits, comme il est d*usage dans toute l'Italie pour y découvrir ces vases, si recherchés des savants, qui font l'ornement des beaux musées de l'Europe, surtout de ceux de Naples, de Rome et de Florence.

Les tombeaux étrusques étaient à une grande profondeur sous le sol. On y descendait par un long escalier en pierre de taille et à ciel ouvert. Une porte d'un style sévère donnait entrée dans le monument taillé dans le roc vif. Quelquefois des piliers ou des colonnes d'un ordre bizarre et qui n'a aucun rapport avec les ordres grecs supportaient le plafond; mais au lieu d'être horizontal le plafond est incliné de deux côtés et montre des poutres saillantes taillées de distance en distance. Les corps étaient mis dans ses sarcophages dont le couvercle portait fréquemment le portrait en pied du personnage défunt, exacte-

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toent comme nos tombeaux du moyen âge dan» DOS églises.

Julio avait vu bien des fois déjà cette distribution des tombeaux étrusques. Cependant en parcourant le sol de la nécropole de Viterbe, il crut remarquer la façade d'un monument décoré fune manière bizarre. Il descendit les escaliers rapides et à demi brisés pour aller étudier le style de ce monument. Il sortit même un petit ilbum et se mit à lever le plan de la façade.

Il avait à peine commencé ce travail qu'une voix se lit entendre sur sa tète.

— Monsieur l'abbé... Pardon, monsieur tout court, vous n'êtes donc plus marchand ?

Julio se retourne, lève les yeux; c'était son bénis. '

— J'ai fait comme vous, poursuivit Denis, j'ai jeté le froc aux orties.

Et, en effet, le gaillard était mis en élégant: 1 avait ramené sur le front les cheveux qu'il semblait auparavant jeter avec affectation derrière les Dreilles, et, tenant une baguette à la main, rappelait assez ces hommes hybrides qui sentent peu la bonne compagnie, mais qui cependant parais- ^Dt avoir une teinture des lettres et un certain vernis d'éducation.

— Je ne vous fais pas compliment de votre changement de costume, lui dit Julio; celui-ci ne vous va pas bien.

— Tant pi», je suis plus à mon aise. Vous en avez bien fait autant.

— Cela est vrai. Mais dites-moi, est-ce pour accomplir un vœu que vous me suivez partout?

— Ma foi, oui, mon clier, reprit cavalière- 4iient notre homme. Je veux voir jusqu'où peut aller l'obstination humaine. Vous m'amusez, parole d'honneur! Vous comprenez bien que si j'avais une sœur à chercher quelque part, ce ne serait pas aux extrémités du monde, à Vetrala. Quelle idée ! à Vetrala ! II y a des chats à Vetrala, voilà tout Je parierais bien que vous irez passer toute votre journée de demain à Forcassi. Allons donc ! mon brave. Vous perdez la tète. Je me suis tué à vous le dire. Allez à Rome! Voilà mon refrain. Sur ce, seigneur, je vous salue et je rentre. J'ai dû loger dans le même hôtel que vous, par la bonne raison qu'il n'y a ici qu'un hôtel; sans cela je vous aurais évité l'ennui de me rencontrer sous le même toi.

A demain sans doute.

Une fête patronale à Santa Maria de Forcassi.

Peu de madones sont aussi célèbres en Italie que celle de Forcassi. Elle est en bois noir ou peut-être peint en noir, ainsi que la vierge de

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Lorette, et passe, comme elle, pour Tœuvre de saint Luc, qui ne fut jamais sculpteur et qui étant 4e la religion de Moïse, avait horreur de la sta* taaire. Mais, dans les États du pape, on n'y reprde pas de si près. Cela fait bon effet qu'on Àiae d'une madone qu'elle a été peinte ou sculptée par saint Luc.

Plus heureuse que la Vierge mère de Jésus, ilteadant sa vie mortelle en Galilée, celle de bois de Forcassi fait des miracles sans nombre. Aussi les eœ-voto sont-ils entassés dans la chapelle. Jamais aucun temple d'Esculape n'en reçut autant, et jamais le trésor du dieu ne fut aussi riche en vases, en lampes, en chandeliers, en ornements chargés de pierreries que celui de la puissante madone qui guérit de tous les maux.

Ce qui est surtout remarquable dans le trésor de la madone de Forcassi, ce sont les sept robes à son usage, toutes plus magnifiques les unes que les autres, et qui lui servent, comme à une impératrice, pour chaque jour de la semaine. Au bon dix-huitième siècle, dans les fêtes solennelles, et particulièrement pour celle du 21 novembre à laquelle nous allons assister, elle était mise avec la dernière élégance, selon la mode du temps, avec une belle perruque bloude frisée, poudrée, musquée et avec tout l'attifement de la mode française de ce temps-là. Comme la crinoline règne maintenant en souveraine jusque dans la dernière bourgade de l'Italie, un moment vien*

dra où il ne sera pas permis décemment d'habiller Notre-Dame de Forcassi autrement qu'en crinoline. Le progrès ira jusque-là. Déjà, comme en France, le progrès marche plus vite en Italie; nous avons vu, dès 1855, dans une ville du Midi, une chapelle pour le mois de Marie où la madone étalait une majestueuse crinoline.

Disons à l'honneur des bonnes dames bénédictines, qu'en 1860, année de douloureuse mémoire pour les saintes âmes dévouées à la royauté temporelle du successeur de saint Pierre comme au salut suprême de TÉglise, leur madone, quoique plus splendidement vêtue que jamais, n'était pas à la mode parisienne, quoiqu'elle fût encore surchargée de rubans , de dentelles et de pierreries. Julio put la voir de près lorsque, portée par douze vigoureux paysans du voisinage, elle s'avançait majestueusement sur une espèce de trône merveilleusement décoré. Des jeunes filles du pays, vêtues de blanc, la tète couronnée de fleurs, tenant chacune un cierge à la main, en*touraient la madone. Ver aient ensuite les Bénédictines, mais seulement durant le temps que la procession parcourait le cloître du couvent. Elles rentrèrent dans leur chœur séparé du reste de l'église par une grille de bois arlistement travaillée, et voilée par une draperie fine et assez transparente pour que de la nef, sans distinguer nettement les visages, on pût voir tous les mouvements des religieuses.

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L'église, édifice superbe, éuit couverte de peintures de Procaccini , parmi lesquelles est une tcûle de Léonard de Vinci et une Sainte Famille attribuée à Raphaël Le tableau du maitre - autel représente une Purification. Le peintre qui est de l'école bolonaise a représenté les deux tourterelles dans un panier couvert d'un linge. Un enfant qui accompagne le grand-prêtre et qui semble beaucoup plus songer à un amusement qu'à la scène dont il fait partie , soulève un coin du linge et présente aux tourterelles le doigt qu'elles viennent becqueter.

Malheureusement les partiQi^ sculptées de l'église étaient cachées selon l'usage italien par des draperies de soie de couleur éclatante. Des rameaux de verdure et de festons couraient sous toutes les corniches; le sol de b nef était jonché de fleurs et d'herbes odoriférantes.

Toute la façade de l'église était couverte de verres de différentes couleurs, destinés le soir à une brillante illumination.

L'intérieur de la nef à partir de la balustrade^ jusqu'à la première travée de la voûte , formait une enceinte réservée pour les notables et le monde distingué du pays. Un formidable échafaudage adossé à la porte et au niveau de l'orgue était occupé par cent cinquante musiciens, tous amateurs, mais formant, toutefois, un chœur et un orchestre digne de rivaliser avec celui des meilleurs théâtres. Car de musique religieuse, il

n'en «st pas question dans ce pays-là; les offices ^fleleDoeis sont tout bonnement 4es concerts.

L'office du matin fnt d'une longueur démesurée. Outre les nombreux mopceaux de musique 'à grand orchestre, il fallut subir un sermon. Un sermon à l'italienne était une curiosité pour Julio. Le Père chargé de ce smn avait pris pour sujet: la nécessité dedk)nner son cœur à la sainte Vierge, et la pièce avait deux parties: la pi«s longue, ceille de discussion développait deux preuves: inconvénients et avantages. Inconvénients arrivés à mille gens pour avoir négligé cette pra- -tique ; avantages «qu'en ont retirés ceux qui y ont été fidèles. La seconde partie fut remplie par T'histoive ^'une princesse remarquable par sa l^auté. Elle s'était donnée corps et àme à la sainte Vierge; mais par la mort de ses deux frères, elle devint héritière des états de son père qui, sans égards pour ses refus et sa répugnance pour le mariage, promit sa main à un prince du voisinage. Quelque bea« que fût ce prince, elle ne se laissa point toucher. Enfin, la nuit qui précéda le mariage, elle vint en {^eurs à la chiapelle et somma la sainte Vierge de déployer sa puissance pour l'aider à tenir l'engagement qu'elle lui avait fait d'elle-même. A l'instant une lèpre afffrense couvrit son corps et la plus belle prin- 'cesse du monde devint un objet d'iiorreiir. L'^ rafteur termina par le morceau pathéftiq«ie de rigueur. Tout le monde tomba à genoux. Il est

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•de règle eu Italie qu'il faut pleurer aiu ser|DO/i^: «a pleura, on cria, on se frappa la poitrine, on dit tout haut qu'on ne péoherait jamais.

Bientôt le prédicateur descend. Adieu les san- -giois, adieu la componction. On promène des regards curieux autour de soi, op parle, on soijurit ; tel le «spectacle commence avec la musique.

TeUe fut TédiSante acèoe que put contempler, 4>eodant trois longues heures, le malheureux Julio. Il était parvenu, en coudoyant un peu, à se placer «ur les marches de Tamphithéâtre qui portaijt k^ musioiens. De là son jregard pouvait, plus comr modément, plonger dans ;le chœur des bénédictines. Telje .est la puissance de Timagination,, que plusieurs fois , à travers le voile transparent du chœur, il lui sembla voir une femme dans un «QStume complètement diSereat de celui des religieuses. Mais cola était trop vague. Si c'était. Louise! Que n'eût-il pas donné pour soulever ^n coin de ceitte draperie jalouse !

Le soir de ces fêtes , l'office est eincore p\\^ l>rillante ^e le maUn , en «ce sops qu'il e$t exclusivement «msical. C'eSit Ih surtout que règm le concert; les m^r:ceaux de musique y ont :pl|V3 d'étendue ;-ifJs ne .sont plus gênés ,p^ Jes exigen- Xies de la messe célébrée à l'autel.

yers le mibeu d^ Ifoffice, après que l'.oirg^ eut JQué une espèce d'introduction, un solo se fit enlendire: h vok partait du cbfBur des bénédiclîiiQS. iQéiêit «me mx de femme: elle avait <wie

merveillease ampleur, et, malgré le voile qui venait en assourdir les vibrations, elle arrivait pleine et sonore jusqu'aux extrémités de la nef.

Julio écoute les paroles de ce morceau qui étaient italiennes, prononcées avec un accent fran* çais très-caractérisé.

Il écoute encore, éperdu; c'est la voix de Louise! Il ne se trompe pas. Il frémit. C'est elle!.:. Oui, c'est elle! Est-ce qu'il y a deux voix comme celle de sa sœur? Non, non, ce n'est pas possible. Et puis c'est bien une com^ patriote. Une française à Notre-Dame de Forcassi dans ce recoin des États pontificaux! Elle est là! C'est là qu'elle a été jetée, la pauvre victime.

Il a trouvé sa sœur. Il aura sa sœur!

Julio n'est plus maître de lui. Il ne calcule pas, il ne raisonne pas. Au moment où un murmure approbateur se fait entendre , comme une flèche détachée de l'arc, Julio bondit de sa place, se précipite à travers la nef, franchit l'enceinte réservée au public d'élite, ouvre brusquement la balustrade, et, arrivé en face de l'autel, il s'écrie d'une voix forte et en italien:

— Ma sœur! C'est ma sœur! Ma sœur qui m'a été enlevée de France par une indigne supercherie. Je réclame ma sœur. En face de Dieu et des hommes, je viens reprendre ma sœur.

Et s'approchant , l'œil en feu, les cheveux se dressant sur son front , le bras tendu comme une

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barre d'acier, il saisit les portes tra?aillées à jour, œuvre délicate mais fragile, qui communiquent arec le chœur des Bénédictines. Les portes cèdent et se brisent Julio en repoussa les morceaux disjoints et fracassés, et dé toute la nef on put voir la jeune^ Française, qui s'était interrompue au premier cri de Julio, et qui avait reconnu son frère, se précipiter dans ses bras. C'était Louise.

Julio la preild par la main devant les Bénédictines effarées; il traverse le sanctuaire avec > «lie, et demande poliment qu'on lui ouvre un passage, pour sortir de l'église.

Devant ce coup de théâtre, quelques-uns des spectateurs semblent attérés, d'autres applaudissent.

^- C'est sa sœiir, c'est son droit, il a bien fait.

— Il devait la réclamer par voie de justice.

— Par voie de justice! ah! bien oui. La sœur aurait eu lé temps de mourir de vieillesse.

D'autres, revenus à eux, crient:

— C'est horrible... Une violence!... Un outrage à la madone!... Dans le lieu saint!

Une voix plus forte domine toutes les autres.

— Arrêtez cet homme ! c'est un profanateur Il a violé la clôture d'une maison religieuse.

Cependant tous les regards se portent vers le couple, qui s'avançait vers la porte, imposant à tous le respect, l'un par son énergie, l'autre par sa remarquable beauté et la noblesse de son attitude.

Ce n'est plus une église : la confusion est

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Dès que Julio fut seul avee Louise, dans un de ces petits sentiers traeés par le caprice sur le* revers des collines, où le moindre accident de terrain vous cache à tous les regards, il se donna le bonheur ineffable de presser sur son cœur sa sœur chérie. Ces moments où Ton se retroiiTe après des événements terribles, qui semblent vous avoir créé une autre existence, ont une volupté amère que la langue humaine ne saurait rendre. Après les joies paisibles de la vie du presbytère, être jetés Tun et l'autre dans les péripéties d'un drame, dont ils ne pouvaient prévoir la fin, spoliés, persécutés, traqués bientôt comme les bétes effarées qui entendent dans le lointain le bruit des cors et' les aboiements féroces des chiens, ignorant quelle caverne sombre, ou qud toit hospitalier allait se montrer au bout de œ chemin pris au hasard, quel changement! quelle destinée fatale!

Heureusement il entre toujours par instinct dans notre âme, la prévision que le malheur peut à un moment donné nous atteindre. A défaut d'expérience, quand on n'a pas souffert encore, une voix intime nous dit que nous aurons un jour à souffrir. Comment? A quelle époque de la vie? Où sera la plaie saignante? Nous l'ignorons: et c'est là le grand mystère de toute' vie humaine. Nous nous avançons vers cet inconnu formidable, sans que nulle science au monde puisse nous dire quelle sera l'immolation, le lieu du sa-

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' orifice; qui lèvera le ghive et où sera la place où ce glaive pénétrera.

Loaise et Julio, ces deax martyrs, résumaient trop en eux les plus grands traits des natures à immolations, pour s'étonner du rôle que leur assignait dans leur siècle la Providence. C'étaient de glorieux prédestinés à porter la couronne d'épines. Non pas qu'il y ait un Dieu cruel qui désigne à l'avance la victime dont il aimera à contempler les tortures et à voir se prolonger l'agonie douloureuse; idée de paganisme, peut-être plus stupide encore: théorie de fétichisme à sa grossière évolution: mais dans le choc libre des actions humaines, il arrive fatalement que les uns se trouvent les forts et les autres ceux qui sont broyés. Les forts sont d'ordinaire les méchants; le froment sous la meule se compose des bons, des doux, de ceux qui ont le cœur chaud et pur. £t ceux-là sont les saints qui montent au ciel.

Le salut ne s'accomplit pas sur la terre, comme le rêvent quelques mystiques imprégnés des théories monacales, par la répétition de certaines pratiques religieuses — il y a sur ce point, dans les Indes, des ascètes qui en remontreraient aux Carmélites et aux Chartreux, — mais par la grandeur de l'acceptation des lourdes charges de la vie humaine, imposée à tous par la loi que Dieu lui-même a faite et que vous ne remplissez pas, lorsque, par un choix bizarre, vous allez vous

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soustraire a» eooitact de& hommes. Le redus-ftnlsee

TiDstitulioD sociale qui est divine: il s'en fait unoi astii&m^i et si Dieu est inckilgent pMir réirange ooneefûcm par laquelle ee fou creit le servir ^ il ne prend pas là ses arcbanges. Le crucifié du- Golgatha ne sortait pas des ruches clMi£ifraie& oè végétaient, en d6iM>rs de TbaDianité^ les nombreux Esséniens du Cédron — la vie monacale n'est pas dîne au cfaristianisine, elle existait avanl lui, et eUe a encore se» adeptes là où i'Evaagiie n'a pas pénétré, — mais le Christ sortait de la vie active, de la vie où le pain se gagne à la sueur du front, de la boutique où Touvrier est le serviteur des hommes. Les douze étaient de robustes nourriciers du peuple par le rude labeur de la pécbe. Paul était simple ouvrier dans les ateliers d'équipennent; et pour en venir aux temps modernes, François de Sales, Vincent de Paul, Charles Borromée, Fénelon, qu'ils aient ou non aimé les moines, n'avaient pas passé une heure de leur vie, si pleine de grands dévouements, dans les stériles co^ntemplations du cloUre. Plus le monde marchera, moins il faudra d'Esséniens, de Chartreux et de Carmélites, et plus il aura besoin de bras qui travaillent au bien-être de la fourmilière humaine. C'est la révolution que le Christ a feite une première fois l'an 33 de l'ère vulgaire et que la France a faite une seconde fois l'an 1789. Œuvre d'un Dieu révélateur du efarifiliaDisme, oeuvre é'uzi peuple auquel s'associe-'

PAR l'aMÉ **♦ Wf

iroBi les autres penpled, poor inaugwrer la Èêdêiéf iMHt^elie, la société de l'avenir.

Louise raconCa à mn frère comment elle* «tait été entraînée par la comtesse de*** à quitter Sânt-Arentin.

-— Le désir de. le sauver, lui dit-elle, m'a rendue imprudente et crédule, et sans ton dérove» ment nous étions séparés pour toujours.

Nous allons compléter le récit que Louiee fit à Julioy en y ajoutant pour nos lecteurs les faits dont elle ne pouvait avoir eu connaissance.

ntéulogio morale des Msuites.

Yoici ce qui s'était passé après que Lousse eut quitté Saint-Aventin*

La eomtesse de ** avait tout préparé pour l'exécution de ses projets. Elle déposa Louise dan» une maisc» de Clarisses, située à deux liciie» de T.

— C'est là, lui dit-eile, que vous deve* passer votre mois de retraite, ne voyant que les saintes reduses qui ignorent jusqu'à votre nom. Ëlled savent seulement que vous êtes une jeune fille du monde en dai^r de perdre la fat. Au reste^

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