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TROISIÈME ÉDITION
PRARCFORT s/ll. , CHEZ R. BAIST, ÉDITEUR.
Confirenees de Saint-Enitaohe.
(Suite.)
M. de Leich était un chrétien sincère ; il portait en religion un esprit calme, pénétré d'une douce tolérance, et complètement en dehors de cette coterie fanatique, où Ton ne croit plaire à Dieu que par les haines contre les hommes qui virent en dehors de l'Église. Sa position de fortune, sa place dans la magistrature en faisaient un homme considéré; et comme son hôtel était rue du Jour, près de Saint*Eustache , il n'avait pas tardé à être nommé membre du conseil de fabrique de sa paroisse.
L'A vent de 1861 approchait. On sait Timportance qu'on attache à Paris aux prédications des grandes stations, comme celles de l'Avent et du Carême, particulièrement dans les grandes églisei comme Sainl-Roch, Saint-Sulpice , la Madeleine, Saint-Eustache. Depuis trois ou quatre ans, TAvent de Saint-Eustache était promis à un père Dominicain qui avait du talent. M. de Leich VII 1
tenait beaucoup à produire Julio dans quelqu'une des chaires marquantes de Paris. Il parla au curé de Saint-Eustache. Quelques difficultés furent faites d'abord, il était hardi de se déclarer ainsi pour un homme qu'une congrégation romaine avait frappé, et que Tarchevéché avait relégué dans un poste si infime. M. de Leich eut Thabileté de lever tous les scrupules, et il fut convenu que Julio donnerait des conférences à Saint-Eustache pendant toute la station de TAvent, le jeudi soir. Le dimanche était laissé au Dominicain. Il fut convenu ent^e le curé de Saint-Eustache, M. de Leich et Julio, que la chose serait tenue secrète, jusqu'au commencement de la station, pour ne pas réveiller, trop longtemps à l'avance, les clameurs qu'il était facile de prévoir de la part de la secte ultramonlaine. On poussa la prudence jusqu'à ne pas mettre le nom de Julio sur la liste imprimée, qui s'affiche à la porte des églises pour indiquer les heures de sermons. On lisait seulement sur l'affiche de Saint-Eustache:
„Des conférences, destinées spécialement aux lommes, auront lieu chaque jeudi de la station e l'Avent, à huit heures du soir."
Le secret, toutefois, ne fut pas si bien gardé
^<^ le rusé Denis, attaché spécialement à la per-
^ de Julio, n'arrivât à savoir, huit ou dix
int l'Avent, que les conférences du soir,
Saint-Eustache, seraient prèchées par
ut un cri d'horreur chez les Jésuites,
un murmure terrible dans toute la secte. La nouvelle se répandit dans le monde religieux avec une incroyable rapidité: Ce monstre, cet objet de la réprobation universelle; ce forçat, évadé de rinquisition, allait, avec un talent reconnu, incontestable, occuper une des premières chaires de Paris, et ferait pâlir Tastre des Jésuites en possession de la chaire de Notre-Dame. On douta d'abord de la nouvelle. Mais quand il fut prouvé qu'en effet, le premier jeudi de la Station de l'A vent, l'abbé Julio, en présence d'un auditoire d'élite recruté, grâce à M. de Leich, parmi'les sommités de la magistrature, du barreau, du professorat, de la littérature, avait inauguré ses conférences par un discours d'une éloquence hors ligne qui avait enlevé tous les suffrages, la colère ne se contint plus dans le camp ultramontain.
Que faire cependant?
Mais recourir à l'archevêché, mais se plaindre fortement, mais faire retentir bien haut le scandale d'un tel outrage!
L'archevêché eut littéralement un siège à soutenir. Une avalanche de visiteurs, dans une désolation inouïe, depuis les duchesses et les marquises, jusqu'aux pères de tous les ordres et aux Jésuites laïques, tomba sur l'archevêque et sur ses vicaires généraux.
Une seule réponse, concertée en conseil, fut donnée à ce monde si prompt à se scandalise'
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y,Que messieurs les curés de Paris avaient» de temps immémorial, le choix de leurs prédicateurs pour la station de l'A vent et du Carême^ en le soumettant toutefois à l'archevêché; que M. le curé de Saint-Eustache avait rempli cette fornntlité pour le dominicain qui prêchait TAvent dans son église; que l'archevêché n'avait à s'occuper en rien des instructions faites en dehors de la prédication principale ; et qu'enfin M. l'abbé Julio, n'ayant encouru aucune sentence, ni de suspend, ni d'interdit de son évêque, ne pouvait être lég^ timement privé des fonctions inhérentes à son sacerdoce."
Ces raisons, données par l'autorité diocésaine» ne furent pas trouvées très-convaincantes, par les pieux solliciteurs. On murmura même; et si les mémoires, d'après lesquels nous écrivons l'histoire de Julio, sont véridiques, on alla jusqu'à jeter au visage d'un des secrétaires de l'archevêché cette menace insolente: Qu'il y avait à Rome une autorité supérieure à celle d'un archevêque, à laquelle on pourrait très-bien recourir pour se faire rendre justice. Le secrétaire avait répondu avec douceur, mais avec fermeté: Vous vous trompes: le pape n'est pas archevêque de Pari^, Il n'a rien à voir à l'administration des diocèses, hors le cas d'appel.
Ce fut une occasion de déplorer, de la manière la plus touchante y le malheur de voir la masse du clergé dç Paris encore infectée de Vhé-
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résie gallicane. Car les écrÎTaim et les journa* listes de la secte ttUramontaine en soDt arrivés h écrire ce mot «^hérésie/' à propos d'une doctrine qui fut celle de Bossuet, de la Luzerne, de Frayssinous, de Cheverus, d'Affre, de Sibour et enfin de la généralité des évéques de France jusqu'à nos jours.
Les conférences de SainUËustache continuèrent donc , à , la grande humiliation de la secte , qui avait compté sur une faiblesse de la part de l'archevêché. Elles avaient un véritable retentissement et rappelaient les premières et les plus belles années dé Lacordaire à Notre-Dame, quand le jeune orateur n'avait pas encore cédé à la déplorable tentation de s'aflubler de la robe de saint Dominique, cette robe souillée dans l'histoire par les lugubres souvenirs de l'inquisition.
11 est vrai que sous cette robe s'abritait le penseur. On laissait dire au Dominicain ce qu'on n'aurait pas supporté de l'abbé Lacordaire.
D'un autre côté, le Catholique libéral avait soulevé toute une tempête dans le parti ultramontain. Écrit avec talent, et avec une sérieuse con-* naissance des besoins de l'Église, il battait en brèche l'argumentation des apologistes de l'ultramontanisme extravagant, qui semble s'être donné la tâche de perdre la papauté en la poussant aux résolutions extrêmes. A la fois incisif et mesuré, substituant la raison froide aux sophismes passionnés de ses adversaires, il imposait, jour par
jour, de rudes ehàtiments à ces paun-es flattenrs d'un pouvoir sans limites, et consolait ce qui restait de catholiques sensés des hontes infligées à rÉglise, dans sa période actuelle d'abaissements.
La secte intrigua, avec plus d'ardeur que jamais, pour perdre le journaliste. Elle comprenait que depuis que son organe ofticiel avait perdu le fougueux et vaillant chef, qui seul avait pu donner quelque renommée au journal, elle n'avait pas un homme qui pût lutter avec Julio. Elle agit sur les évéques et réussit auprès de deux'ou de trois, dans le midi de la France, qui défendirent à leur clergé, par des lettres, que la presse ultramontaine s'empressa de rendre publiques, de recevoir le Catholique libéral. On sollicita à Rome une mise à l'index et , par provision , les Jésuites obtinrent qu'il ne pût pénétrer dans les États romains „de peur qu'il n'y portât la contagion du gallicanisme.''
Cependant, l'illustre Denis ne s'endormait pas.
11 enrôla plusieurs pauvres diables, que nourrissent les sociétés de charité, et combina un plan d'émeute qui devait forcer l'archevêché à suspendre les conférences de Saint-Eustache.
Le jeudi de la deuxième semaine de l'Avent (la station commence à la Toussaint), il arriva de bonne heure à l'église avec une centaine d'hommes qu'il distribua habilement par groupes, dans la nef et dans les bas côtés. Les rôles avaient été indiqués à chacun d'eux. Munis de fortes rasades
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payées par M. Denis chez les marchands de Tin, doot les nombreui comptoirs entourent les halles ejL relise Saint-Eustache, ces révolutionnaires d'é- Irange sorte, pour gagner la pièce de cinq francs qui leur était promise, si la mise en scène s'exécutait bien et avec entrain, commencèrent, dès les premières paroles de Julio, à tousser bruyamment, à converser de manière à couvrir la voix de l'orateur, bientôt à exciter un véritable tumulte, les uDS disant tout haut: A bcis cet homme l Les autres: Vive torcUeurl enfin, à simuler parfaiteoient une lutte entre des partisans et des ennemis de Julio. Le vacarme devint bientôt horrible. En France, dans de telles occasions, tout le monde crie, les honnêtes gens indignés comme les tapa- ' geurs eux-mêmes. Force fut à Julio, après une invitation au silence, accueillie par les huées des brailleurs, de descendre de chaire.
Denis avait vaincu.
L'esclandre prit, dans le monde religieux, des proportions colossales. On écrivit à Rome que Julio avait émis en chaire des propositions si horribles, que tout l'auditoire indigné s'était levé et l'avait empêché de continuer ses blasphèmes contre le pape et contre l'étendue, non seulement de son pouvohr temporel, mais encore de son pouvoir spirituel. Le courant hostile à Julio devint si puissant, à dater de cette heure, que l'archevêché, redoutant pour les autres conférences le même scandale, manda le curé de Saint-Eustache et,
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tout en rtudant jastioe à la pureté de rorthodoxie de Julîo, il le pria d'annoncer à son prône que les conférences du jeudi n'auraient pli» lieu.
Une soirée cbez jnadajne de Tourabel.
En arrivant à Paris, Julio ayait écrit à Yei^ delon pour lui apprendre la délivrance de Louise et la sienne. Verdelon avait répondu par une lettre qu'il croyait peut-être affectueuse, mais qui n'était remplie que de banalités; pas un mot 'n'avait été dicté parle cœur; Louise ne s'y trompa pas. Ce fut, pensait-elle, le dernier coup porté à son fatal amour, et elle ne voulait plus avoir qu'un but dans sa vie, le bonheur de son frère. S'identifier à lui de plus en plus, développer son in* telligence au contact de celle de son cher Julio, se livrer à des études sérieuses, afin de lui être utile dans ses travaux, tel fut le plan de Louise, elle le suivit avec ardeur. Hais un Jour madame de Tourabel apprit à Louise, sans se douter de l'importance que cette nouvelle avait pour sa jeune amie, que Verdelon était marié. Louise croyait de bonne foi avoir perdu toute illusion; mais en apprenant le mariage de Verdelon, elle comprit qu'un secret espoir de le voir revenir à elle était resté, à son insu, dans le plus intime de son cœur.
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n n'en sortit pas sans un douloureux brisement.
Les persécutions, les calomnies dont son frère -était Tobjet, étaient aussi une horrible souffrance. Le cœur de la pauvre Louise était livré à toutes les toriures, et sa santé s'altérait de jour en jour. La cabale montée à Saint-Ëustache contre Julio ÙA pour elle un coup terrible. L'âme droite du jeune prêtre en ressentit aussi une triste impression, parce qu'il vit, du premier coup, qu'elle était ie résultat d'une combinaison infernale.
Le dimanche qui suivit cette scène douloureuse, pendant que Julio était à Puteaux, à la maison de campagne de son ami M. de Leich, sa sœur dînait et passait la soirée chez madame de TourabeL Le soir, il n'y avait encore que peu de monde au salon , on annonça M. et madame Auguste de Verdelon. Notre avocat, en se mariant, avait ajouté la particule à son nom roturier.
Louise se leva, comme sous le coup d'une commotion électrique. Elle ne croyait pas que Verdelon et sa femme fussent déjà à Paris; elle se sentit trembler, pâlir, et elle retomba sur son fauteuil en cachant dans ses mains son visage bouleversé.
— Bonjour, ma cousine, dit madame deTourabel, à la jeune femme.
Des échanges de politesse furent faits. Madame Auguste de Verdelon était de la famille de Tourabel. C'était une fille unique qui avait apporté deux mil-
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lions de fortune territoriale à Tambitieux Yerde- Ion, que nous avons vu autrefois l'ami de Julio, et qui, après avoir plaidé pour lui contre les Jésuites, il n'y avait guère plus d'un an, était devenu tout à coup un des plus chauds partisans des révérends Pères. Il est vrai qu'il leur devait son riche mariage, et quand l'ambition a fait oublier et trahir l'amour, elle peut opérer bien d'autres cbangemeBts. Madame de Tourabel présenta sa cousine aux personnes qui étaient là.
— Mademoiselle Julio de la Qavière, dit-elle, en lui désignant Louise.
— Ah! très-bien... J'ai entendu parler... dit d'une voix embarrassée la jeune femme.
Verdelon garda son calme, son air de mari heureux, et ne perdit rien, en face de Louise, de cet aplomb que donne l'exercice de la belle profession d'avocat. Ces hommes ne s'intimident pas plus dans un salon que devant une cour d'assises.
Louise, elle, n'avait pu apprendre la dissimulation à aucune école; elle s'inclina doucement et, saluant madame de Tourabel, elle sortit.
— Mademoiselle de la Clavière me paratt souffrante, dit madame de Tourabel; j'enverrai demain savoir de ses nouvelles. C'est une Languedocienne, une compatriote, ajouta-t-elle, en s'adressant à Verdelon. '
— Oui, j'ai connu son frère, dit l'avocat. J'ai même plaidé pour lui dans une affaire malheureuse, que les souvenirs d'une amitié de jeunesse
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m'avaient engagé à soul^r, el que je devais nécessairement perdre. Aussi, je l'ai perdue.
—4- C'est un bonime d'un grand talent, dit madame de Tourabei.
— Oui, il a du talent ... Sa parole est facile . . .
— Il vient d'avoir une affaire terrible à Saint- Eustache. ,
— J'ai déjà entendu parler de cela. C'est trèsfâcheux pour lui.
Dans ce moment on annonçait la comtesse de Yézère, la pénitente de Tabbé de Baraminos, gagnée par les Jésuites.
— Nous parlons de la triste aventure de Saint- Eustache, dit madame de Tourabei, pour continuer la conversation.
— Ob! madame! mais c'est affreux, inouï! Jamais pareil scandale n'avait eu lieu dans une église de Paris. Mais aussi, pourquoi Son Éminence est-elle si bonne, pour ne pas dire si faible? On laisse trop de latitude à ces curés de Paris, qui font les petits pachas, se mêlent de gallicanisme, et patronnent les ennemis de l'Église et du saint siège. Ils diront bientôt en parlant du très-saint Père: Monsieur de Rome, comm^ le nommait un de nos archevêques db siècle dernier. Aussi, le clergé de Paris est assez mal noté à Rome.
— Vous m'étonnez, cbère comtesse, je croyais que le clergé de France était bien vu du pape.
— Le clergé de France, oui : il y a là du dé-
▼ooement à la cause romaine. Mais celai de Pisris, c'est autre chose, vous en avex la preure dans la tolérance dont on ose envers ce misérable abbé Julio, qui s'est posé à Paris en ennemi de Rome et des Jésuites.
— Prenez garde, chère comtesse, je n'ai jamais entendu parler du saint Père, par l'abbé Julio, que dans les termes du plus profond respect, et il m'a toujours paru péniblement affecté de la position douloureuse de Pie IX.
— 11 n'est pas pour le pouvoir temporel, donc c'est un ennemi du pape, donc c'est un mauvais prêtre.
— Je ne puis vous accorder cela; j'estime singulièrement l'abbé Julio; je suis liée d'amitié avec sa sœur.
— Chère madame, vous êtes si bonne, si indulgente. On a surpris votre bonne fol. Ces gens-là ne lèveront pas le masque devant vous. Hais je vous assure que vous êtes la seule, dans le monde comme il faut, que j'aie entendue parler ainsi de cet homme.
— Vous ne le connaissez pas. Je veux vous le présenter un jour.
— Quelle horreur ! Je regarderais cela comnse une trahison, dit la comtesse en riant Et reprenant le ton sérieux: Je ne le connais pas, ditesvous? Non, Dieu merci! mais Rome le connaît bien. U a une assez grande réputation dans le monde. Et que dites-vous du brisement de la
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clôture d'une église? C'est digne de Garîbaldi cela. Que dites- vous de ses liaisons avec les révolutionnaires de Rome, les conspirateurs qui l'ont fait sauver? Que dites- vous de ses articles furibonds contre la puissance temporelle de notre saint Père le Pape ? Il me semble qu'il est bien connu. Allons I ma chère amie, vous soutenez là une mauvaise cause. Votre bon cœur vous excuse; mais dans notre monde on ne doit pas soutenir des gens mal pensants.
— Mon Dieu, je ne le soutiens pas. Mais pourtant, il m'a paru si modéré, si sage ; car enfin, vous conviendrez qu'on fait en ce moment au gouvernement une opposition extravagante.
— Votre gouvernement doit faire rendre au Pape ce qu'on lui a volé. Il peut le foire : il doit le faire. Voyez- vous, chère baronne, il ne faut pas transiger avec les principes, et votre bienveillance est trop grande. Laissez donc là M. Julio de la Clavière et mademoiselle sa soeur. Celle-là est une extravagante. Qu'est-elle allée faire en ItaHe?
— Mais vous ne connaissez donc pas' l'histoire de la séquestration de cette pauvre Louise?
— Une séquestration! Quel conte absurde! Comment, vous avez cru cela, chère baronne! Vous avez été, on le voit, bien mal renseignée sur ces gens-là.
— Pour le coup, reprit madame de Tourabc je vous arrête. Je vous livrerai le frère sur U
que] vous pouvez «voir raison. Moi-fliéine. je lui trouve des idées ua peu trop avancées.
— C'est un PassagUa, un GavaEZi!
— ' Soit, je vous raccorde : mais je défends sa sœur. Cette chère Louke^ si vous la connaissiez: elle est si noble, si pure, si intelligente!
— Oui, très- intelligente, je le sais. On dît qu'elle écrit dans le journal de M. son frère. Soyez sûre qu'elle ne vaut pas mieux que lui. Tous ces personnages à idées nouvelles sont dangereux. Et d'ailleurs, je sais bien des choses sur mademoiselle Louise... Croyez-en Texpéiience du clergé régulier, le seul parmi lequel il y ait de véritables prêtres. Toute autre voie que les saintes coutumes des anciens temps est dangereuse. J'ai été longtemps à comprendre cela. Je penchais aussi vers les idées nouvelles. Les bons Jésuites, que je vois chez ma mère, ont fait tomber sur ce point toutes mes illusions. Maintenant, il faut se ^rattacher uniquement à eux. Ce sont les seuls soutiens de l'arche sainte. L'Église sera sauvée le jour où ils seront tout- puissants. Et je vous dirai, en confidence, que je vais laisser là l'abbé de Bâraminos. Il est trop gallican. Et puis, ce clergé séculier n'entend rien à la direction des âmes.
— On les dit un peu ambitieux, vos bons Pères.
— Ambitieux, chère amie! oui, ambitieux pour l'honneur du Pape, pour le maintien de ses droits, pour la gloire de Dieu: autrement, ce sont les hommes les plus détachés de toutes choses!
PAR l'abbé *** lÔ
— On les redoute.
— Les méchantes langues, la mauvaise presse, la littérature dépravée les ont tant noircis!
*~ Ob! cela est vrai.
El s'adressant k Yerdelon^ la baronne de Tourabel lui dit:
— Mon cousin, vous avez des Jésuites à T.?
— Oui, madame, ils sont nombreux; ils ont on très^beau collège.
-^— Que de bien ils font, n'est-ce pas, monsieur? reprit la comtesse de Vézère.
— Oui, madame, ils font beaucoup de bien.. Quand la comtesse se retira, elle dit tout bas
à son amie:
— N'allez donc pas, ma chère, vous encanail*ier avec ces Julio. Je vous donne charitablement cet avis. On s'étonne de vous dans notre société. Vons finirez par y être mal vue et par mécontenter les nombreux amis que vous y avez.
Le coup était porté. C'était une mise en demeure signifiée à madame de Tourabel, de retirer sa protection à ceux que poursuivaient les Jésuites.
La thèse du mariage des prêtres.
Le prêtre, ouvrier de Fatelier du boulevard Pigale, avait donné cours à son singulier projet de se m«*ier avec la pauvre créature, vieille et
Jaide; qui faisait son ménage. Il n'avait pas! laissé ignorer, et cela avec intention, qu'il était! prêtre quand il avait présenté ses papiers daos les bureaux de la mairie de son arrondissement Le maire, prévenu, se tint sur ses gardes, et le jour que Loubère, endimancbé, ayant auprès de lui Marionla Champise, désignée pour sa future,, avec les témoins obligés, que le gaillard avait choi* sis parmi ses confrères de Tatelier, arriva à la mairie, le magistrat municipal refusa nettement de procéder à Tacte du mariage civil, au grand déplaisir de Marion la Champise, qui prenait la chose au sérieux.
Ce refus du maire était ce que voulait l'hooirae. I Il demanda acte du refus du magistrat, et, muni de cette pièce, il alla saisir de cette question le tribunal civil de la Seine.
Pendant que tout se préparait pour ce procès, auquel s'intéressaient si vivement tous les ouvriers de Tatelier Pigale, Loubère, qui n'avait pas pour but de faire seulement une agitation stérile, porta au bureau du Catholique libéral une lettre, accompagnée d'un petit billet intime pour Julio conçu en ces termes:
„Mon cher ami, je vous envoie une lettre, que je vous prie instamment d'insérer dans votre journal. J'en prends la responsabilité, je la signe ; vous ne faites donc -que lui prêter la publicité de votre feuille. Je ne peux pas essuyer un refus.
„T0Ut à vous, „L00BBBE."
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Voici la lettre:
v^Monsieur le directeur du Catholique libéral^ fe suis prêtre de rÉgli&e catholique apostolique et romaine. J'ai exercé le ministère pastoral dans le diocèse de T. et de Chambéry. Pour des eaules plutôt politiques que religieuses, et touchant ï cette déplorable question de la papauté temporelle, l'archevêché de Chambéry m'a retiré nies pouvoirs. Rejeté du sacerdoce, il m'a fallu songer aux moyens matériels de soutenir mon existence. Le Christ a commencé sa vie dans l'atelier et l'a finie dans le ministère apostolique. J'ai commencé la mienne dans le ministère, je la finirai dans l'atelier. Je ne me plains pas de cette condition; elle n'a rien qui déshonore, si bien sanctifiée déjà par le Christ et par tant d'apôtres, d'évéques et de prêtres qui, pendant des siècles, n'ont demandé la subsistance et le vêtement qu'au travail de leurs mains. Je suis donc là, dans le passé, en- très-bonne compagnie; et je crois que l'Église ne reprendra de puissance sur le monde, qu'à la condition de revenir aux exemples de désintéressement et de vie laborieuse de ses premiers pasteurs.
„En attendant cela, que je n'ai pas la prétention de voir avant de mourir, j'ai à signaler au monde chrétien une flagrante iniquité dont je suis la victime, et beaucoup d'autres avec moi.
„Je ne viens pas examiner si les évêques, qui nous ont ôté tous les pouvoirs du sacerdoce,
étaient dans leur tort; s'ils n'ont agi par aucune passion, s'ils ont usé à noti*e égard de toutes les précautions que la prudence, la charité surtout leur commandaient; enfin, s'ils ont observé ks lois canoniques^ destinées, par Ja sagesse de Fancienne discipline, à protéger les faibles contre les forts. Cette discipline n'est plus, ils ont l'omnipotence; ils en ont usé contre nous. J'admets qu'ils ont eu pleinement raison, et qu'au point de vue de la conscience et du droit, nous soyons bien et très-légitimement privés des fonctions sacerdotales.
„Mais en nous jetant ainsi dans la vie du monde, lorsqu'il est prouvé que sur cent prêtres interdits, quatre-vingt-dix-neuf l'ont été pour n'avoir pas pu garder leur vœu de continence, n'y a-t-il pas pour l'Eglise obligation rigoureuse , devoir de justice et de charité, de nous relever de ce vœu pour l'observation duquel il n'y a plus de raison, puisqu'il ne nous était imposé qu'en conséquence des fonctions dont on nous a retiré . l'exercice?
„Pourquoi l'Église serait-elle plus sévère contre nous, qui sommes maintenant hors du sanctuaire, qu'elle ne l'est contre les prêtres catholiques grecs-unis, contre les prêtres catholiques du Liban et des diverses communions orientales, sou* mises à l'autorité du Pape, auxquels on accorde le mariage même en conservant les fonctions du ministère?
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,,Je fl'ai' point à discuter ici ce que le catholicisme gagnerait de plus en plus, au milieu des dvilisations avancées que les générations sacerdotales traverseront maintenant, à ne plus laisser le malheureux prêtre en dehors des lois sacrées de la nature, privé par un voeu imprudent des joies légitimes de la famille, et condamné à des luttes terribles où succombent un si grand nombre, soit par des souillures secrètes, soit par des liaisons coupables, bien moins honteuses que ces souillures. Je n'ai point à faire le relevé des registres où tous les évéchés du monde catholique ont, chaque année, à inscrire les scandales patents, ou étouffés par la prudence des évéques, ou voilés par la pudeur des peuples. Je suppose que tous les prêtres restés en fonction soient purs, excepté nous, qui ne paraissons plus dans le sanctuaire. Hais sommes- nous moins des chrétiens, des enfants de rÉglise? En perdant les honneurs du sacerdoce, nous en conservons le caractère que nos maîtres déclarent indélébile. Mais le vœu de célibat ne fait pas partie de ce caractère. Il ne dépend pas de l'autorité suprême dans l'Église d'efifacer en nous ce caractère de prêtre, imprimé par la force d'un sacrement, mais elle peut parfaitement, sans violer aucune règle des conciles et des Pères, déclarer libre de ses vœux, et pouvant légitimement contracter mariage, tout prêtre privé par son évêque des fonctions sacerdotales,. ou ayant déclaré qu'il renonce à les exercer.
„Ce qui se passe maintenaiit est un op{>robre pour le catholicisme. Sachant que nul magistrat municipal ne consacrera leur union, parce que l'État ne veut pas déplaire à Rome, en dédarani le contrat civil valable pour le prêtre comme pour le laïque, les infortunés que les diocèses ont renvoyés vivent, habituellement, dans un état de concubinage. S'ils n'ont pas pu être chastes avec les terribles obligations de leur sacerdoce, sous Tœil vigilant de leurs premiers pasteurs, comment résisteraient > ils maintenant à la plus fougueuse des passions, quand, devenus homme du monde, ils n'ont plus de frein, pour les retenir et trouvent, à toute heure, des tentations pour leur faiblesse ? Or de ces mariages, que la loi civile ne reconnaît pas, naissent des enfants qui n'auront pas droit à l'héritage du père et de la mère, qui n'auront pas un nom, et seront flétris dans le monde ; parias, enfants de parias. Cela est -il possible? cela est-il juste? Et pour quel avantage?
„Pour que nous servions d'exemple à ceux qui pourraient tomber?
„Cest bien peu connaître le cœur humain. Allez demander à ces malheureux si le spectacle de hontes infligées aux prêtres les ont retenus sur le bord de l'abîme!
Et puis, il faut bien le dire, sur cent prêtres interdits pour cause d'immoralité, il y en a quatrevingt-quinze dont les mœurs ne sont que le prétexte de l'interdiction. Il y a toujours à côté une
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ftutre cause, et c'est la cause principale — Tin* subordination, les opinions politiques, des idées philosophiques trop avancées. Les prêtres savent bien que, pourvu qu'ils nagent constamment dans les eaux de leurs évéques; qu'ils s'inclinent aussi bas que possible devant leur omnipotence; qu'ils fassent du zèle dans les grandes occasions ; on ne regardera pas de trop près aux petites misères de leur conduite privée, et que bien des dénon* ciations arriveront dans les cartons de l'évéché, pour y dormir en paix. Et vous voulez que l'exemple d'un prêtre qui a été frappé, surtout parce qu'il n'a pas su courber assez la tête sous le joug, fasse impression sur ces êtres avilis! Allons donc! Ils étudieront un peu mieux leur rôle de Tartuffe, et ils resteront sinon en faveur, du moins en paix, s'ils savent éviter ces scandales publics que l'autorité ne peut s'empêcher de punir.
,,11 y a donc à demander au souverain pon* tife, dont on connaît la sainteté, la bonté et le noble cœur, de jeter un regard de justice et de compassion sur ce grand nombre d'hommes, dont il ne faut pas faire des réprouvés, et dont il est facile de faire d'honnêtes gens.
„A défaut d'une mesure générale, qui peutêtre aurait trop d'éclat, ne serait-il pas prudent que les évêchés les plus considérables, par exemple celui de Paris, où se trouvent réfugiés tant de prêtres interdits, comme sur un sol hospitalier où ils peuvent rester inconnus, prissent l'ini-
j^b L£ MAUDIT
liative de demander, en secret, à Rome, une dis^ pense pour ces pauvres flétris du sacerdoce, que deui mesures, inintelligentes et barbâtes, repoussent de Tacte civil et de J'acte religieui !
„Le8 papes ont exercé constamment ce droit et donné de ces dispenses. On peut trouver fiiur sieurs exemples, dans les temps anciens, qu'un cadet d*une grande maison, d'une famille princière, voué au sacerdoce, a pu, dans le cas où son trère afné, et unique héritier du nom et de la fortune, venait à mourir sans enfants, demander et obtenir de Rome la sécularigiation, afin de perpétuer, par un mariage légitime, une famille illustre. Nous ne sommes que des prolétaires, mais nos âmes sont aussi précieuses devant Dieu que celles des princes et des nobles patriciens: elles doivent inspirer le même intérêt à un épiscopat sorti comme nous du prolétariat et qui, d'ailieurs, proclame en théorie l'égalité de tous les hommes devant Dieu. Aux yeux de la religion, y a-t-fl donc un plus grand mal qu'un nom illustre tombe dans l'oubli , qu'à ce qu'un grand nombre de maiheureux enfants soient tachés par l'illégitimité de leur naissance?
„Je crois avoir, en traits bien rapides , mis à nu l'iniquité dont nous sommes les victimes. H est temps qu'on nous enlève aux hontes qui rejaillissent sur le sacerdoce demeuré fidèle. Plus il y aura de prêtres qui, rentrés dans la vie civile , rempliront les devoirs de l'homme de bien.
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de père« de famille honoraUes , plus on portera de respect aux hommes assez foris pour renoncer à tout dans ce monde, et accepter, volontairement, les oUigaiions du prêtre qui monte à l'autel.
„Nul mieux que vous, monsieur le rédacteur, dotnt la vie irréprochable dans le sacerdoce est connue de tous, et dont la charité est plus grande encore que la fidélité à rester pur, ne peut prendre en main, avec plus de zèle compatissant, la cause de ces malheureux, qui n'osent plus se dire vos confrères, mais qui vous porteront dans leur cœur, si par votre courageuse initiative il était fait droit à leurs plaintes légitimes. Ce sera déjà de votre part une preuve d'immense intérêt d'ouvrir les colonnes de votre feuille à cette lettre ou ils exposent, par l'organe de l'un d'entre eux, les douleurs saignantes de le^ir âme. Intercéder pour nous, c'est faire œuvre dé la plus belle charité.
^Veuillez agréer, etc., etc.
„L0l?BÈRE,
„Prêtre privé des pouvoirs - „ecclésiastiques.*'
La lettre de Loubère était écrite avec feu, mais avec une grande réserve. Elle ne contenait pas une allusion blessante, ni à Rome, ni à Tépiscopat. Julio balança quelque temps à l'insérer. Il trouvait les réclamations de Loubère parfaitement justes.
tuais il oe croyait pas fue le temps fût opportun pour les faire valoir. En présence des graves ques* lions qui agitaient vivement le monde religieux, était-il prudent d'en poser une nouvelle? Et celle du mariage des prêtres ne gagnerait-elle pas à être traitée par des esprits calmes, au lieu d'être livrée à la controverse de gens passionnés, dont les uns veulent aller en avant, se souciant peu de faire quelques ruines sur leur passage, et les autres veulent revenir en arrière et se cramponner aux doctrines de Grégoire VII?
Évidemment, c'était engager une lutte inutile.
Toutefois, les obligations qu'il avait à Loubère, le rôle après tout de simple correspondant qu'il allait remplir, décidèrent Julio. La lettre parut.
Elle provoqua un vacarme universel. Tout fut résumé dans le petit monde religieux, hostile à Julio, dans cette parole:
^,Le Catholique libéral demande le mariage des prêtres."
La Mappemonde catholique fit un article^ perfide, où elle insinua que la lettre de Loubère n'était qu'un procédé de rédaction, pour émettre, sous le nom d'un prêtre interdit, des idées qui étaient évidemment dans les principes du libéralisme du rédacteur en chef. Se haussant sur ses échasses habituelles, elle jeta de grands mots sur la sainteté du sacerdoce, sur les lèvres pures du prêtre qui doit monter à l'autel, et se garda bien de toucher à la question elle-même : l'iujustice de laisser
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dans les liens du célibat des hommes qu'on sépare^ ou qui se sont séparés eux-mêmes du sacerdoce, ne pouvant pas en remplir les obligations, et qui, libres de ce vœu, pourraient vivre en chrétiens honnêtes. Cet incident devint le prétexte de nouvelles fureurs contre Julio. Les lettres anonymes pieuvalent chez lui. On Ty traitait à'infâmey de séducteur, de libertin, et autres noms qui ne se prononcent que dans les lupanars, mais que des plumes pieuses et sacerdotales avaient écrits, sans crainte de blesser la pudeur. Plusieurs de ces lettres avaient une initiale suivie de ce mot: prêtre.
— Eh bien, disait Loubère en lisant ces lettres avec Julio, je gagerais que ces prêtres doivent être dans la classe de ceux qui auraient grand besoin qu'on les relevât des vœux, dont ils se relèvent si bien eux-mêmes; J'ai toujours remarqué que dans les réunions de prêtres, où cette question du célibat ecclésiastique était posée,, c'étaient ceux , dont la vie était la plus pure qui reconnaissaient la nécessité d'une' réforme , à ce sujet, dans la discipline ecclésiastique. Quant aux autres, ils poussaient de telles clameurs, pour prouver la nécessité de la continence des prêtres, qu'on aurait dû croire que ces honnêtes gens étaient incapables de faillir. Et pourtant! si les évêchés avaient voulu donner de la publicité à leurs dossiers!
L'archevêché de Paris reçut les réclamations les plus énergiques, . de tous les points de la France,
ào
contre le scandale donné par une feuille, qui s'intitulait catholique, et qui n'avait pas honte de patronner de telles horreurs.
Plaidoyer de Loubère.
La grande affaire du mariage des prêtres, portée par Loubère devant le tribunal civil de la Seine, s'était plaidée avec un éclat extraordinaire. Une des célébrités du barreau de Paris avait prêté sa voix éloquente à cette cause qui intéresse la liberté civile. L'avocat avait rappelé quelles difficultés trouva Grégoire VII, pour faire de la continence la condition de l'exercice des fonctions sacerdotales. Les prêtres, surtout ceux de l'Allemagne, répondirent qu'ils étaient des hommes et non pas des anges. Le pape les contraignit ou à se séparer de leurs femmes, ou à cesser de monter il l'autel. Les mariages secrets des prêtres n'en continuèrent pas moins, jusqu'aux époques regardées comme les plus religieuses du moyen âge, au point que, en 1212, le- concile de Paris défendit aux évêques de recevoir de l'argent des prêtres, pour leur permettre de garder en secret leurs femmes. Tellement cette loi de continence a été, par le fait, une impossibilité dans l'Église et une source de scandales.
Loubère avait pris la parole après l'avocat et
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»Tait traké le côté moral et religieux de la qtteslion. La Cour avait été fortement impressionnée par le langage énergique de ce sauvage Pyrénéen qui rappelait le paysan du Danube.
^Messieurs, avait^-il dit, je ne me serais pas donné le ridicule de prononcer quelques paroles devant vous, après le plaidoyer si ^éloquent qtie vons venez d'entendre, s'il n*y avait pas dans cette affaire un côté que le prêtre seul peut traiter; parce que seul il a le sentimeni énergique de l'injustice profonde qui lui est faite.
„I1 ▼ous a été démontré que sous un régime social qui, depuis 1789, proclame la liberté civile pour tous, un seul, par une exception barbare et qui n*est pas écrite dans le code, est mis hors du droit commun. Ce paria* c'est le prêtre. Le forçat, qui a passé vingt ans dans le bagne, dès qu'il rentre dans la société, a le droit de commencer la vie de famille, et nul ne vient lui dire, quand il se présente à une municipalité: Tu as été forçat; tu ne peux être ni époux ni père. Ce que les municipalités ne disent pas au bandit, qui a expié le brigandage et quelquefois le meurtre, elles ont le triste courage, au sein d'un peuple justement fier de son amour de la liberté, de le dire à un pauvre prêtre, homme d'ordinaire tranquille et doux, t;oupable seulement d'avoir écouté son cœur.
„Avoir pu établir ce parallèle devant le tribunal de la première ville civilisée du monde.
c'est avoir flétri à jamais ce déni flagrant de jus- 1 tice distributive. |
„Mais j*ai à vous présenter des considérations d'un autre ordre.
^Lorsque les hautes cours, dans leurs décisions, ont voulu maintenir une exception à la liberté du contrat civil du mariage, au détriment du prêtre, elles ont voulu servir la cause religieuse. Elles se sont dit: Si nous ouvrons cette porte, il y aura des milliers de scandales ; le prêtre abusera de son ministère, se posera en séducteur et portera la honte dans les familles.
„Messieurs, c'est là une de ces terreurs propres à agir fortement sur des imaginations françaises promptes à s'enflammer.
„Songez donc qu'il y *a de vastes contrées où le catholicisme devient de jour en jour plus florissant, et où la loi civile n'interdit pas le mariage au prêtre catholique. Je vous citerai les États-Unis et tous les royaumes de l'Europe où le protestantisme est dominant, TAngleterre, (uir exemple, où le catholicisme fait chaque jour de rapides progrés. Est-ce que le prêtre catholique de ces pays de liberté absolue profite de la tolérance de la loi pour quitter son sacerdoce? Point du tout: il y est entré librement; sachant qu'il i pourrait rentrer, dès le lendemain, dans la viej civile, il y reste librement. Et c'est cette perse- { vérance dans un vœu civilement libre qui lui; vaut, même de la part de ceux qui ne sonti
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pas catholiques, une profonde yénération. Ce sont là des faits que vous ne contesterez pas. Et si vous me dites qu'il y a à redouter pour la France une éruption du flot impur qui voudrait abandonner le sacerdoce, je vous répondrai : Tant mieux, le catholicisme y gagnera, il sera débarrassé de ces homfnes trop faibles et sans vocation^ qui ne peuvent pas supporter les charges de leur vœu de continence. Le respect croîtra dans le monde pour ceux qui garderont pur leur sacerdoce, et la cessation d'une iniquité flagrante deviendra pour le clergé un accroissement de vénération et d'influence.
,,Je vais plus loin.
„Nous nous sommes accoutumés en France, par l'ignorance, permettez- moi ce mot, de la notion véritable que nous devons avoir du célibat du prêtre, à considérer ce célibat comme la condition particulière du sacerdoce catholique. Rien de plus vulgaire que d'entendre dire: — Que des ministres protestants soient mariés, rien de mieux; mais chez les catholiques, où l'on confesse, cela n'est pas possible; ce serait l'abolition de la confession, ou sa profanation. C'est là ce que dit la routine, ce que l'on répète en dehors de toute réflexion.
„0n ne sait donc pas qu'il y a de notables
parties de l'Eglise catholique, telles que les Eglises
grecques unies à Rome, le Liban tout entier,
complètement catholiques, où les prêtres sont ma-
VII s
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ries, où la discipliae même ne permet pas qu'ils ne soient pas mariés, et où les populations, trèscroyantes, très*fidèles aux pratiques du catholicisme usent de la confession administrée par ces prêtres mariés, sans qu'il y ait le moindre danger et qu'ils éprouvent la moindre répugnance, an grand profit des âmes, qui trouvent pour guides des hommes qu'une sérieuse pratique des dioses de la vie a rendus plus habiles dans la tâche di^ fîcile de la direction spirituelle. <
„Si les choses sont ainsi, et elles le sont de vérité incontestable, pourquoi la loi humaine s'ob»linerait-eile, par un sentiment de convenance exagéré, à repousser du mariage des hommes qui ne viennent pas demander, après leur union légitime avec une femme, de monter de nouveau à l'autel, d'aller s'asseoir, juges des âmes, dans les confes- i sionnaux; mais de pouvoir, en hommes de bien, ' vivre de la vie de la famille et transmettre léga- ^ lement à leurs fils leur nom et leur fortune? ^
„!\fessieurs, tout cela est de la {>lus grande évidence. Vous maintenez dans le monde un malheureux préjugé; vous contribuez puissamment à donner de la valeur à l'une des plus redoutables objections qui soient faites, de nos joui*s, dans les masses contre le clergé: — Si les prêtres n'étaient pas retenus par les tribunaux, ils se marieraient en grand nombre. — Ce préjugé est universel, messieurs, il a i)éné£ré les dernières couches sociales. Tous les raisoniiements possibles
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oe feraient pas changer le peuple d'opinion sur ce point* Il n'y a qu'un fait éclatant qui les convaincra. Le jour où il sera établi que les municipalités sont prêtes à recevoir les serments du prêtre qui veut quitter le sacerdoce, pour entrer dans la vie de la famille, le peuple croira définitivement à la fidélité et à l'honneur de ceux qui resteront à leur poste dans le ministère. Si c'est une épreuve pour le catholicisme, il faut le croire assez fort, assez divin pour la subir. Si tous devaient déserter l'autel et briser leurs vœux, ce serait la preuve la plus forte qu'il ne faut plus soutenir de la protection de la loi une discipline que le prêtre ne peut plus supporter, et qui n'est, en réalité, d'aucun avantage pour TÉglise.
„Nous sommes en France, messieurs, bien plus que nous ne le croyons, sous l'empire des idées du moyen âge, et 89 ne nous en a qu'imparfaitement affranchis. Nous avons, il est vrai, proclamé la Hberté des cultes; et l'Église, en nous faisant uîie loi de rester fidèles à ses dogmes, n'a, pour nous retenir dans son sein, que des armes spirituelles. Le bras séculier n'est plus là pour lui venir en aide et dire à celui qui croit trouver dans une autre religion une somme plus grande de vérités: Crois ou meurs. Elle le laisse libre. Mais cette liberté est restreinte pour le prêtre; le bras séculier ne le lie pas à un dogme, mais à une loi de discipline; il ne lui dit pas, il est vrai: Crois ou mei;rs; mais il fait plus que tuer
le corps , il tue Tème. I) ne fait pas mooter le prêtre qui ne se sent pas la force de supporter les obligations du sacerdoce, sur un bûcher ; mais il le cloue à un pilori infâme , au pilori du concubinage. Et la loi qui admet, pour tous, la liberté de conscience, la refuse au prêtre seul.
„J*ai dit, messieurs; prononcez! Songez que nulle toi dans le code ne vous enchaîne. La lettre du ministre des cultes, du 14 janvier 1806, ne peut avoir force de loi, c'était une appréciatioo . personnelle qui n'engageait pas l'avenir. Tout ci- | toyen a le droit de demander la révision d'une ! loi dont l'application n'est plus en rapport avec nos mœurs. Mais ici , messieurs , il n'y a pas de lois civiles à réviser , la discipline religieuse seule défend le mariage des prêtres. Si vous voulez lui prêter votre appui, alors soyez conséquents, J allez plus loin encore: rendez à l'Église les ré- 1 gistres de l'état civil, forcez les catholiques de I vivre catholiquement , de se confesser, de faire leurs pâques, remettez-vous sous le joug ou bri- i sez-le entièrement.'* I
Ni la raison ni l'éloquence ne furent écoutées ' par le tribunal. La demande de Loubère fut purement et simplement repoussée.
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Une amitié rompue.
Les insinuations perfides de la comtesse de« Vézère avaient vivement impressionné madame de Tourabel. Elle comprit qu'elle avait à choisir entre le monde auquel elle appartenait, dont Téloge ou le blâme devaient peser sur toute sa vie, et cette Louise, pourtant si aimable, si attachante, dont les rares qualités l'avaient séduite!
Elle aimait Louise, elle estimait Julio, aussi la lutte fut longue. Son orgueil de femme s'irrita. Elle avait naturellement des idées élevées et justes, conçues en dehors de tout esprit de parti et de coterie. Il lui sembla qu'il y avait lâcheté à se traîner, comme une esclave, devant cette société, routinière et dominatrice, dont il fallait subir les préjugés et épouser les rancunes. Elle comprit qu'en cédant elle faisait le premier pas vers un suicide moral ; qu'elle disait adieu au monde du mouvement, du perfectionnement, des' initiatives fécondes pour tomber, jusqu'à sa dernière heure, dans l'immobilité, dans l'adoration d'un passé qui ne fut qu'une transition à des destinées bien autrement brillantes, dans la négation haineuse de. toutes ces choses nouvelles qui ouvrent à ce siècle, et aux siècles à venir, les portes d'or du progrès.
La baronne de Tourabel avait grandi au contact de Louise et de son frère, elle le sentait; elle
découvrait, avec eux, des horizons plus vastes. Elle était charitable, comme le sont toutes les femmes de son rang et de sa fortune, quand elles ont raine sensible et compatissante. Louise, depuis «qu'elle était à Paris, étudiait avec son frère cette grande question de la charité; là encore il y avait une ornière dans laquelle on se traînait depuis des siècles, et qui n'était pas en rapport avec les aspirations, les nouveaux besoins de la société. Julio préparait là-dessus un grand travail qu'il voulait publier dans son journal. Quelques pages en avaient été lues par Louise à madame de Tourabel, et le sens si droit de cette femme, vraiment distinguée, lui avait fait comprendre ce qu'il y avait de réellement pratique dans les idées de Julio. Elle avait combiné avec sa jeune amie des projets, et il fallait renoncer à tout cela^ pour revenir à ce terre à terre qu'elle avait cru abandonner pour toujours.
Le nom du père de madame de Tourabel était un des plus anciens et des plus illustres de la monarchie, mais son mari était fils d'un général de l'empire, qui ne devait son illustration qu'à son épée et à la faveur de Napoléon I®''. Toutefois, madame de Tourabel avait conservé, dans le faubourg Saint- Germain, toutes ses anciennes relations de famille. Ces relations flattaient son «orgueil, elle avait un pied à la cour impériale, un autre dans les salons dévoués à 'ancien ordre de choses. C'était une compensa-
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lion à la mésalliance qoe la médiocrité de sa fortune lui avait imposée. Elle ne Toulait pas rompre avec ce monde, auquel elle appartenait par sa naissance, sa vanité en aurait trop souffert Elle aurait pu renoncer à y paraître; elle ne youlait pas en être exclue. Elle se dit toutes ces choses, elle comprit toutes les hontes de la servitude, toutes les grandeurs de cette liberté d'âme dont elle allait accomplir l'abdication. Elle pleura les grandes choses entrevues, comme on pleure un premier amour. Elle rompit arec ses aspirations nouvelles et se soumit aux injonctions de la comtesse.
Elle sut que Louise était malade, elle lui écrivit un billet convenable, mais dont la vague banalité fut pour Louise un avertissement, que les premières tendresses de madame de Tourabel s'étaient attiédies. L'amitié a comme l'amour ses soupçons, ses inquiétudes, ses intuitions de l'avenir. Deux ou trois antres billets, bien froids, furent les seules réponses aux lettres, toujours pleines d'aifection, que Louise écrivit pendant sa convalescence* Dans l'un de ces billets on lui apprenait que M. et madame de Verdelon étaient retournés à T. La grande dame, au milieu du tourbillon de ses relations et de ses plaisirs, ne trouva pas une heure pour aller visiter la malade de la rue de la Barouillère.
Dès que Louise put sortir, elle se rendit chez celle qu'elle consentait encore à regarder comme
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une protectrice. L'accueil fut froid. Madame de Tourabel ne prononça pas le nom de Tabbé Julio, et Louise fut profondément blessée de ce silence; cela disait tout. Rien d'afifectueui ne tomba des lèvres de madame de Tourabel, l'invitation aux dîners intimes du dimanche ne fut pas renouvelée. Au bout de quelques instants, Louise se leva; madame de Tourabel ne dit pas un mot pour la retenir.
— Adieu, dit Louise en serrant, d'une main convulsive, la main que son ancienne amie Im tendait comme une dernière politesse.
Ses yeux bumides se baissèrent.
— Je ne remettrai jamais les pieds sur ce seuil, se dit la sœur de Julio.
Et elle rentra, Tâme atteinte et souffrante, dans Je modeste appartement de la rue de la Bârouillère.
Une scène chez le Promoteiu*.
Avoir rendu à Julio la prédication impossible, — nul curé à Paris ne pouvant raisonnablement s'exposer à voir se renouveler les désordres de Saint-Ëustache , — n'avait pas suffi pour assouvir les haines accumulées contre le malheureux prêtre.
Des lettres, envoyées dans la province, avaient
invité les évéques à tout faire pour empêcher le dergé de s'abonner à une feuille infâme, qui ne dissimulait pas ses sympathies pour Tunité italienne, et déclarait hautement que l'Église aurait toat à gagner à ce que son chef spirituel fût débarrassé du fardeau stérile d'une royauté terrestre. En raison de cette pression de l'épiscopat, beaucoup de curés de la province suspendirent leur abonnement; quelques-uns même, qui recevaient la feuille de Julio, par une voie détournée, furent dénoncés aux évêques, et bientôt le journal n'eut d'abonnés que les laïques indépendants.
En même temps, les évéques étaient vivement sollicités de se plaindre, à l'archevêché de Paris, de l'existence de cette feuille scandaleuse, qui portait le poison des mauvaises doctrines au milieu de leurs diocèses.
Jamais position ne fut plus difficile que celle des évêques de France, à cette époque si désastreuse pour l'Église. Sans nul doute, beaucoup d'entre eux voient très-clairement que la papauté temporelle a fait son temps, qu'elle se meurt d'épuisement, et que tous les efforts pour la soutenir ne peuvent que prolonger son agonie. Mais la cause de ce roi des États romains, de ce roi le plus respectable de fous (dit un adversaire déclaré du pouvoir temporel), n'est-elle pas celle de ses frères de l'épiscopat? n'est-ce pas pour eux un devoir de le soutenir, de se serrer au-
près 4e lui? CVst ce que personne ne met m doute. Et ceui qui remplissent ce devoir, et c'est le plus grand nombre, avec modération, sansse faire des insuUeurs publics, sont dignes de respect et de louanges.
Plusieurs avaient lu le Catholique libéral^ et rendaient justice à la convenance avec laquelle Julio traitait les matières les plus délicates. Ils savaient que les devoirs des évéques diffèrent de ceux du journaliste religieux. Ûs comprenaient que le journal de Julio était destiné à opérer une modiGcation heureuse dans les opinions des partis extrêmes*, à amener les terribles questions qui s'agitaient sur leur véritable terrain; à ménager une réconciliation entre l'Église affermie dans ses droits spirituels, et ceux qui lui avaient disputé des biens temporels, dont la possession lui avait toujours été si funeste.
Mais il y avait aussi nécessité pour les évéques
, de rester unis. Cette nécessixé, on se l'exagérait sans doute; on se croyait obligé de lui sacrifier toutes les questions de détail, et la majorité était souvent entraînée par une minorité fougueuse qui imposait ses lois et à laquelle on n'osait résister, 3t par déférence pour le souverain pontife,. qui la ^''egardait comme le dernier boulevard capable de
«^aiiivndre ses intérêts, et pour ne pas jeter de nou-
vir les ferments de discorde dans l'Église.
prêtre. ^s, il y a dans les grandes crises sociales, Des lettre.religieuses, un vertige dont il est bien
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difficile de se défendre. H. ne faut donc pas s'étonner si, devant les clam^rs des Jésuites et de la secte ultramontaine , effrayée de cette nouvelle apparition du drapeau gallican, Julio dut succom* ber et être sacrifié, même par ceux qui estimaient son caractère et ses doctrines.
Et Julio se demandait déjSi s'il ne faudrait pas abandonner les grandes œuvres entreprises, et si, devant les haines organisées par les sectes ennemies, il ne serait pas même forcé de se retirer loin du centre du mouvement des idées, et d'aller s'enfouir dans une province, pour y chercher un peu de bien-être extérieur, mais en même temps, peutêtre, pour y trouver une persécution plus achar- «née, des haines plus impitoyables. Ne vaudrait-il pas mieux lutter jusqu'à la fin^ sur ce théâtre où seul la lutte est possible? "^
C'était versja fin de janvier 1862.
Un jour Julio reçut la lettre suivante: ' ^Archevêché de Paris.
^Monsieur Tabbé Julio est invité à se présenter mardi prochain à l'archevêché, de midi à deux heures. J'ai à lui faire une communication importante.
„DE Barahinos, V. G. Promoteur."
A midi précis, au jour indiqué, Julio se pré- . senta à l'archevêché. Il trouva dans l'antichambre un ecclésiastique mandé comme lui. C'était i' curé de l'une des paroisses des environs de Pa*
Bientôt la porte du cabinet du Promoteur s'ouvrit et le curé fut introduit.
La scène qui se passa dans le cabinet fut longue et émouvante.
Le curé était accusé d'une liaison criminelle. Une information secrète avait eu lieu, et l'archevéché avait des preuves terribles à opposer an système de dénégation, dans lequel s'était toujours renfermé le coupable.
Dans la discussion qui eut lieu alors, il continua à se présenter comme injustement calomnié, comme poursuivi par des jaloux; et, avec une astuce merveilleuse, il repoussait les arguments les plus pressants du Promoteur.
Il y eut, toutefois, un moment où, après un résumé des charges accablantes qui étaient contre { lui, vaincu par l'évidence, et s'apercevant qu'il y i avait encore une chance de salut dans la commi- I sération du Promoteur, il se jeta à genoux et j s'écria :
— Eh bien, oui, je suis coupable, je suis un , malheureux, mais ne me perdez pas! I
Il ajouta à cet aveu tout ce que sa rhétorique ] lui suggéra de motifs pour attendrir son juge.
— Vous êtes si bon! s'écriait-il.
Ce fut le dernier trait qui alla au cœur de M. de Baraminos. |
— Mon cher ami, certainement nous ne voulons , pas vous perdre, il n'y aura rien de public dans notre enquête: nous allons tout assoupir. Prétex-
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tez un voyage de quelques semaines, et tout s'apaisera dans la paroisse. Allons mon ami, ayon» courage, résistons au démon, prions, méditons* Maintenant retirez*- vous en paix. J'arrangerai l'affaire en conseil.
Et notre homme, après mille remercfments hypocrites, se disait tout bas à lui-même:
— Les braves gens! Il ne s'agit que de savoir les flatter un peu. Je garde ma cure.
Julio entra ensuite.
M. le Promoteur le reçut d'un air glacial. Il se repentait déjà de s'être laissé attendrir trop facilement, et il fut avec Julio plus sec et plus raide qu'il ne l'eût été sans cela.
— Monsieur l'abbé, vos pouvoirs de dire la messe vous sont retirés. Nous nous sommes décidés à cette mesure avec répugnance. Mais il nous est arrivé tant de plaintes des divers évêcbés de France, des lettres même de Rome, tout cela relevant l'impression pénible de vos doctrines, impression qui va jusqu'au scandale, que nous ne pouvons pas prendre sur nous de vous laisser des pouvoirs, .Vous me direz, sans doute, que vous n'avez pas traité dans votre journal des questions de dogme : cela est vrai. Mais dans ce moment l'épiscopat s'est tracé une ligne de conduite, et nous ne pouvons pas tolérer qu'un prêtre s'en écarte. Et si quelques évéques ne partagent pas entièrement les opinions de leurs confrères, ils n'en sont pas moins décidés à ne pas laisser, autant que ce sera en leur pouvoir,.
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attaquer ces opinions. (I y a des moments où ie silence est opportun, monsieur l'abbé. Je suis fâché que, malgré les avis qui vous ont été donnés, vous fi'avez pas voulu le comprendre. Au reste, vous n'êtes pas du diocèse de Paris. Veuillez voas entendre avec votre évêque. Ceci n'est pas un interdit qui soit prononcé contre vous. Nous vous traitons comme prêtre étranger. L'archevêché n'est pas obligé d'accueillir tous les prêtres auxquels il prend fantaisie de quitter leurs diocèses. Vous trouverez cette mesure rigoureuse; mais, c'est votre malheureuse position vis à vis du clergé qui nous l'impose.
Il n'y avait rien à répondre à cette harangue. Et Julio ne répondit rien. Il se leva, salua et sortit.
Julio, en traversant l'antichambre fut reconnu par un prêtre qui venait faire visite à M. le promoteur. C'était un ancien vicaire de la Dalbade à T., qui, en 1848, donnant dans les idées républicaines, était venu à Paris ; il s'était mêlé aux polémiques de l'époque. Ce compatriote de Julio, qui ne manquait pas de talent, avait fondé alors une revue politique et religieuse , intitulée le Réformateur, dans laquelle il avait soutenu des doctrines fort radicales. Cette revue avait fait du bruit et quelques articles, où le rédacteur saluait le drapeau rouge au nom du catholicisme, avaient placé cet homme à ces lignes extrêmes, où l'on îi'aime pas que le prêtre, dans la logique de ses opinions, aille se jeter.
PAB l'èSêbé *♦♦ 47
Il arrêta Julio et conversa qnelqiies moments avec hii, en attendant que son tour d'audience fût venu.
Il avait lu quelques numéros du Catholique libéral.
— Je suis un de vos prédécesseurs, loi dit-il, ^ans ta rude tâche du journalisme religieux. J'avais alors à peu près l'âge que vous avez. Quels déboires j'ai éprouvés! Et, bien que vous soyez moins avancé que je ne Tétais, vous n'aurez |)as, probablement , un plas heureux sort. Est-ce que vous n'êtes pas traqué comme une bète fauve?
- — A peu près, dit Julio.
— Mon cher abbé, quittez vite cette carrière ingrate. Vous devez avoir tout contre vous; même vos amis, s'ils sont dans les rangs des peureux.
-*- J'ai pour moi ma conscience, la vérité, l'estime des gens de bien, le respect même de mes ennemis.
— Je le crois; mais c'est là une bien maigre pitance. Je me suis bercé quelque temps comme vous de ces belles compensations. Je me suis raidi, j'ai lutté contre les persécutions jésuitiques et ultramontaines. Et quand enOn, un jour, délaissé même de ceux qui m'avaient soutenu, je me suis trouvé seul, absolument seul, j'ai compris qu'il n'était pas possible de prolonger la lutte.
— Qu'avez-vous fait ?
— Je me suis rendu à merci. On m'a traité doucement, mais il m'a fallu dévorer bien des
hontes. J'ai été réduit à chanter la palinodie la plus complète. Force m'a été de dire noir où j'avais vu bianc ; et, il y a quelques mois, pour donner des gages au parti, il m'a fallu écrire un gros volume en faveur des idées ultramontaines. C'est fort ennuyeux, lourd et mal écrit» comme tout ce qui est fait sans liberté et sans conscience; mais je n'y ai pas ménagé l'exagération, et puisqu'il fallait payer ma rentrée chez eux, j'ai payé largement Si, d'après mon livre, on ne regarde pas le Pape comme une quatrième personne de la sainte Trinité, ce n'est pas ma faute. Aussi la Mappemonde catholique en a donné, au risque d'ennuyer ses lecteurs , un peu plus que de coutume , de longs extraits accompagnés de réflexions du sieur de La Rivière, sur la joie qu'éprouvait l'Église en voyant revenir à elle un de ses enfants égarés. Il a même constaté que l'heureuse transformation de mon esprit se reflétait sur mon style, devenu plus profond, plus éloquent, etc., le tout terminé par une oraison à Marie immaculée, qui, à ce qu'il parait, m'a retiré de l'abîme. D'après ce certificat, je ne pouvais manquer d'être placé. On m'a donné une petite cure près de Fontenay-aux- Roses. J'ai là du pain et je puis arriver plus hauL
— Vous devez trouver ce pain bien amer! B y a des cailloux à casser sur les grandes routes.
— Charmant conseil ! Mais je crois que mes mains se feraient mal à ce rude métier. J'ai bien souflert , je l'avoue. II y a des moments où j'ai
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de moh-méme une médiocre estime. Mais que voulez-vous? Je n*ai pas eu le courage du martyre.
— Adieu, monsieur le curé, je vous plains. Et Julio sortit de Tarchevéché.
Le lendemain, un entrefilet de là Mappemonde catholique, contenait ce qui suit :
„Nous savons, de source certaine, que l'autorité ecclésiastique vient de retirer les pouvoirs à l'abbé Julio, rédacteur du journal le Catholique libéral. Le bruit court que cette feuille va cesser de paraître au premier jour."
M. de Leich était accouru chez Julio, à la lecture de l'article malveillant de la Mappemonde catholique,
— Restez, lui avait-il dit, vous n'avez rien fait pour mériter une flétrissure. On vous retire vos pouvoirs, mais on ne vous frappe pas d'une sentence d'interdit Vous restez ce que vous êtes, pur aux yeux de vos amis. Continuez votre œuvre. Vous avez à remplir parmi nous un sacerdoce aussi élevé que celui qui vous fait monter à l'autel. La presse est aujourd'hui le grand lien d'union entre les hommes. Quand l'humanité était encore sous les civilisations antiques, le banquet commun était l'union des frères : les agapes se faisaient en partageant le même pain. Plus nous avancerons, plus les hommes s'empresseront, chaque matin, de se donner cette agape commune, cette agape intellectuelle, plus dégagée de tout symbole encore, que le pain divisé entre des frères. Vous continuerez donc
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le sacerdoce des temps nouveaux ; et quand notre ^oque se surprend à des tendances qui mèneraient au matérialisme, il est bon qu'il y ait des apdlres, de votre talent et de voire foi, qui représentent le passé chrétien, avec ce qu'il a de vrai, de grand, de glorieux, pour lui ménager une alliance sainte avec ce que Tesprit moderne a de noble et de pur. Si vous quittez le journalisme maintenant, vous briserez la chaîne de ces initiatives courageuses qui se sont faites, depuis cinquante ans, pour arrêter le clergé sur la pente du formalisme et du mysticisme où il va se perdre, en croyant regagner rinfluence matérielle qu'il eut autrefois sur le monde enfant, appelé le moyen âge. Vous n'êtes pas sûr que vous aurez d'ici à dix ans un disciple, homme de cœur, qui reprendra votre tâche douloureuse. El vous voyant faiblir devant cette dernière épreuve, il me semble que je vois le soldat déserter son drapeau.
Julio lui répondit:
— Vous pouvez avoir raison, mon excelleiit monsieur Leich, vous entrevoyez très -bien quelques-unes des lueurs de l'avenir naissant Je l'avais bien comprise, cette grandeur de l'apostolat par la presse, cette communion des intelligences se faisant chaque matin , d'une extrémité de la terre à l'autre, à l'aide de cette feuille volante, non plus énigmatique comme celle des vieux orsdés, non plus symbolique comme l'agape des premiers chrétiens, mais lumineuse comme la de-
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mande Tîntelligenee adulte de i'htimanité. Je suis heureux de me rencontrer avec tous dans ce coup é*mï jeté sur les splendeurs de l'avenir, à travers nos dissensions, nos crises, nos luttes modernes où nous dépensons tant de forces précieuses. Mais je sens que ma tâche est finie. Simple éclaireur de l'humanité croyante, j'en ai été la sentinelle pendant quelques heures. Les chefs que Dieu m'a donnés ne me veulent plus, j'adore dans cette volonté, dont probablement eux-mêmes ne comprennent pas la portée mystérieuse, une volonté plus haute qui me commande de rentrer dans la solitude. Je ne me retirerai pas pour cela. A défaut du journal, cette immense nappe étendue devant des millions de communiants au même banquet intellectuel, j'aurai le livre destiné, bien longtemps encore, à être la fraternisation isolée, mais intime. Croyez bien que mon œuvre ne périra pas ; j'aime mieux me retirer avec un nom qu'une aceusatioD de révolte contre l'autorité n'aura pas terni. Le nom de Julio de la Clavière sera, je l'espère, pur jusqu'à sa dernière heure. L'esprit violent de l'absolutisme, qui déshonore ce qui reste ile catholicisme dans le monde, aura triomphé contre moi. Tant mieux ! il n'y a pas de diffusion de vérité sur la terre, sans le brisement, par le matyre, du vase vivant qui contient le parfum divin. Voilà pourquoi le grand révélateur s'est étendu sur un gibet infâme. Mais ce triomphe des pharisiens du catholicisme ne les iuènera qu'à leur honte.
Je veux que parmi les justes flétrissures de l'histoire, se trouve le souvenir des vengeances qu'ils ont exercées contre moi, de la ciguë dont ils m'ont abreuvé. Il ne peut y avoir sur mes lèvres un murmure contre les aveugles qui disposent, avec une apparence si brutale, de mon sort Je leur appartiens comme une marchandise qu'on jette d'un entrepôt à l'autre, comme la bête dont on a changé le fardeau, comme l'esclave qui passe à un autre maître. Il faut de ces exemples patents, historiques, pour que la réaction en faveur da pauvre prêtre, devenu dans ce siècle la chose, la béte de somme, l'esclave du haut clergé, s'accomplisse éclatante au bénéfice des générations sace^ dotales à venir. Il faut que la liberté, sortie de l'Église, y revienne. J'aurai été l'un des meurtris dont le nom plaidera après moi la plus sainte des causes. En attendant, je dois me courber, obéir, et chercher ailleurs un abri. La Providence ne me délaissera pas: elle a ses desseins mystérieux sur la diffusion de la vérité dans le n^onde. Elle ne se manquera pas à elle-même.
M. de Leich, après ces^explications, n'insista plus auprès de Julio. Même, dans la position difficile que faisait au jeune prêtre la décision de l'archevêché de Paris, il lui offrit d'écrire à l'un des vicaires généraux de T., qu'il connaissait assez intimement, pour ménager le retour de Julio dans les Pyrénées.
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