‹ Le mécanisme cérébral de la penséeChapitre 21 sur 51 · Abraham. Traum und Mythus, ibid., Heft. IV · texte numérisé non relu

Abraham. Traum und Mythus, ibid., Heft. IV

4. Rank. Der Mythusvon der Geburt des Helden, ibid., Heft. IV.

5. Maeder. Die Symbolik in den Legenden, Màrchen, Gebrduchen und Tràumen. Psycho-Seurol. Wochenechr., n<" 6, 7.

nous empêcher de reconnaître que certaines images ont un double sens qui peut en avoir déterminé le choix. En effet, comme l'observe fort justement Freud, les objets tirés en longueur : bâtons, branches d'arbres, clefs qui ouvrent toutes les serrures, etc., font penser au membre viril; toutes les ouvertures, boîtes ou coffrets, font penser à l'organe génital delà femme. Prenons d'autres exemples, en dehors de la symbolique sexuelle. La laideur physique produit un effet analogue à celui de la laideur morale ; c'est pourquoi les sorcières sont toujours vieilles et laides, les gnomes et les géants généralement des êtres malfaisants. L'hésitation entre deux actes ressemble à celle qu'on éprouve entre deux routes; c'est pourquoi le héros est souvent représenté pensif à la croisée de deux chemins. Quelque considérable que soit l'apport de la création personnelle, certaines images reviennent chez tous les peuples de la terre. Elles s'imposent au conteur par le seul effet du renforcement fonctionnel, de môme que plus tard, dans la poésie lyrique, s'imposent les métaphores et, dans la conversation courante, les mots d'esprit et les quolibets.

Bechterew prend, comme nous l'avons vu, pour signe distinctif du psychisme la modification du réflexe par l'expérience antérieure du sujet. Ce phénomène a un sens très large. Il va de la reviviscence pleine et entière d'un processus antérieur jusqu'à la reproduction fugitive d'une partie de ce dernier et subjectivement cela doit correspondre à des degrés très différents de l'évocation mnésique.^On peut reconnaître un individu ou un objet pour les avoir déjà vus, on peut les juger simplement comme appartenant à une catégorie logique, maison peut aussi, entre ces deux extrêmes, éprouver une série de sensations imprécises résultant d'un rapprochement de ce genre. Chez un homme cultivé ce dernier prend les formes les plus variées.

Supposons qu'on rencontre un rapin à la mode de Montmartre ou du quartier Latin avec un chapeau à bords plats et une culotte de velours. La réaction, si elle ne com-

prend pas la reviviscence d'un complexus individuel (« C'est Paul ou c'est Jacques »), peut comprendre la reproduction de certains fragments, se traduisant par les mots : « Bizarre, pittoresque, Murger, prix de Rome, 1840, etc., etc. » Il y aura là pour l'impression nouvelle des renforcements bien imprécis et fugitifs, mais dont la portée fonctionnelle ne saurait être mise en doute. Si quelques heures plus tard on repense à la promenade, l'image de cet individu a quelque chance de surgir dans la mémoire, tandis que des apparitions plus imposantes, mais d'une estimation simplement générique, de superbes automobiles, des hommes importants et cossus, des immeubles palatiaux se seront évanouis sans retour. Parmi les femmes qu'on aura rencontrées, s'il en revient une dans la mémoire, ce ne sera pas toujours la plus jolie, mais de nouveau une qui aura touché quelque fibre secrète de la sensibilité. Elle aura éveillé soit un résidu des sensations esthétiques, soit le souvenir d'une sensation particulière qui a une portée émotive, voire sexuelle. Le paysage même, pour produire un effet durable, devra éveiller les traces des impressions passées. Il devra paraître romantique, sentimental ou bien pénétré d'une harmonie qui mette enjeu les facultés esthétiques de l'œil. Certes, un grand spectacle de la nature comme la Jungfrau ou la chute du Rhin, frappera sans éveiller aucun souvenir, de même qu'un visage d'une beauté toute nouvelle peut se graver d'une manière immédiate, mais de telles impressions sont rares, tandis que notre conscience est peuplée d'images insignifiantes qui se montrent presque aussi tenaces grâce au renforcement précité.

Si telle est l'importance du renforcement fonctionnel dans hi vie mentale à l'état de veille, s'il agit d'une manière aussi directe sur le cours de nos pensées, sur notre mémoire et notre imagination, on devine quelle doit enêtiv 1 action sur la régression sensorielle qui se produit dans le rêve. Elle doit être telle que, chez l'adulte, nous n'hésite-

rons pas à la placer au môme rang que les faeteurs affectifs. C'est-à-dire, à la thèse de Freud que le rêve présente la régression d'un désir renforcé par des souvenirs infantiles, nous substituons cette autre beaucoup plus large : dans les cas où le rêve ne présente pas la régression d'un état affectif, il se forme aussi facilement d images ramenées au hasard du renforcement fonctionnel.

Chez l'adulte, les désirs ne sont pas moins vifs que chez l'enfant, mais ils se perdent dans le remous des sensations et des idées. 11 en est de même pour d'autres états affectifs. Un événement peut le frapper de douleur ou d'admiration bien plus qu'un enfant, mais il réagit aussi plus fortement là contre, il raisonne beaucoup plus et son cerveau se trouve chargé d'un bien plus grand nombre d'impressions. C'est ce qui explique le fait qu'un homme qui toute la journée s'est occupé delà réalisation de son désir, disons, par exemple, de son mariage ou dune affaire qu'il est en train de conclure, rêve la nuit de choses tout à fait futiles et incohérentes. Pour que le désir revienne dans le rêve comme chez l'enfant, il faut que la mentalité du sujet soit relativement simple. Les femmes qui sont des impulsives et s'adonnent à un intérêt momentané à l'exclusion de tous les autres, présentent souvent de ces cas-là. Il leur arrive plus souvent de rêver aux chapeaux ou aux robes qu'elles ont essayé dans la journée, qu'il n'arrive à un homme de rêver à l'œuvre qui absorbe toutes ses forces î C'est que le désir de ce dernier n'est presque jamais simple. Il traîne après lui tout un cortège de doutes, d'obstacles, de prévisions pessimistes qui peuvent en empêcher la reproduction et donner l'avantage à une image quelconque renforcée au hasard d'un rapprochement accidentel.

La reconnaissance de ce fait : de la régression mécanique des images, indépendamment de tout facteur affectif, change naturellement beaucoup la conception générale du rêve. La recherche du désir déguisé perd, sinon toute signification, du moins la plus grande partie de son intérêt.

Qu'importe, dans un rêve aussi complexe que le dernier ou l'avant-dernier, l'intervention d'un désir plus ou moins confus ? Les éléments représentatifs de ces rêves sont à ce point autonomes qu'ils ne peuvent, certes, pas avoir cette seule et unique origine. Admettons, pour l'instant, que le rêve qui a pour sujet la représentation théâtrale à l'auberge, a quelque rapport avec le désir déjà ancien du dormeur de se libérer de sa liaison. L'arrivée dans la rue où se trouve l'auberge, les scènes qui se passent à l'intérieur tantôt dans le public, tantôt parmi les acteurs, la côte qu'il monte ensuite accompagné du vieux monsieur qui jure contre le roi d'Italie, ces images-là ne se rattachent pas au mécanisme du désir. Ce n'est pas comme dans le cas cité par Freud, où un de ses enfants, n'ayant pas pu aller jusqu'à la montagne qui était le but de leur excursion, en avait rêvé dans la nuit, ni comme il arrive aux femmes de rêver à un chapeau qu'elles avaient essayé la veille. Les images qui forment ici la plus grande partie du rêve, présentent le retour de quelques impressions renforcées par des souvenirs inconscients. Qui sait, le sujet était peutêtre passé dans une rue qui ressemblait à celle où avait habité sa maîtresse ? Cette rue revient deux fois dans son rêve, au commencement et à la fin. Le souvenir de sa maîtresse était naturellement associé à celui des représentations théâtrales, car elle était une femme de théâtre. L'altercation entre les gens d'en haut et ceux d'en bas a évidemment un sens symbolique. Elle évoque quelque scène qui se rapproche mystérieusement de quelque survivance du passé. A-telle trait à la différence dans la position sociale des deux frères ou bien, comme le pense Freud, à l'évocation des rapports lesbiens ? Nous ne saurions nous prononcer là-dessus. En tout cas l'image du fardeau qui symbolise le désir de se libérer de la liaison, ne vient qu'après tout cela et tout porte à croire que l'évocation de ce désir a été une conséquence d'évocations précédentes, et non pas la cause efficiente du rêve. Autrement dit, ce dernier

se présente comme une série de régressions sensorielles dues à des renforcements psychiques et simplement nuancées de la reviviscence d'un désir.

Il en est de même pour le rêve qui commence au laboratoire de Brucke. Un certain désir s'y manifeste, peutêtre, vers la fin, notamment d'affirmer sa propre existence vis-à-vis des collègues disparus, mais ce désir est plutôt un produit du rêve que le produit de ce dernier. Ce désir naît des visions précédentes du rêve. La première, la scène du laboratoire de Brucke, estle produit de quelque souvenir relatif à Fleischl. Freud avait-il vu quelque portrait de celui-ci, quelqu'un qui ressemblait à lui et qui travaillait comme lui au laboratoire? La seconde résultait évidemment des préoccupations que lui causait la santé de F. Ici nous reconnaissons nettement la reproduction d'un état affectif. La scène où ils sont assis à une petite table est quelque souvenir de café. Enfin, l'anéantissement de P., d'un effet si opposé aux sentiments de Freud à son égard, est probablement le résultat de la représentation plastique qui, parfois, dans le rêve, produit des effets si surprenants. Telles sont les scènes où on s'envole dans les airs, où on parle à des morts, etc., etc. Au bout de cette série de régressions naît, un désir assez confus, qui certainement ne peut être pris pour le principal moteur de rêve.

Nous dirions la même chose de celui que Freud considère comme étant l'expression la plus claire de sa théorie, du rêve qui a pour sujet la maladie d'Irma. La réponse ironique de son ami Otto et le travail d'anamnèse qu'il avait lait ensuite, avaient probablement préparé l'apparition d'Irma dans son rêve. Celle-ci une fois parue, la scène de l'auscultation s'en suivait tout naturellement, étant une de celles qui sont les plus familières au médecin. Du reste, Freud signale lui-même les renforcements qu'elle pouvait trouver dans les souvenirs qui se rapportent à d'autres maladies. Les jugements qu'il attribue aux autres médecins représentent bien la conviction d'avoir raison vis-à-vis

des autres, mais conclure de là que cette conviction se montait jusqu'à un désir et que ce dernier avait actionné tout le cours du rêve, nous paraît tout à fait injustifié.

Du reste, la logique du rêve semble trop limitée pour cela. Freud lui-même a très bien reconnu que le rêve ne reproduit jamais un fait comme possible, ni comme attendu, mais comme actuellement donné. Le désir ne peut y figurer que sous une forme déjà réalisée. C'est pourquoi nous ne saurions voir une expression directe de désir que dans les rêves relativement simples, comme ceux que nous avons signalés chez les enfants. Une succession d'images ne peut être ramenée à ce schéma.

Si on se tourne maintenant vers les traits généraux du rêve qui ont été relevés au début de cette étude, on verra que le changement introduit dans la formule de Freud n'enlève rien de leur valeur. La condensation des données psychiques, le changement de leur valeur pour l'individu et le changement de leur forme dans le sens d'une représentation plastique, loin d'être en contradiction avec le rôle que nous attribuons au renforcement des données sensorielles, y trouvent une base encore plus étendue. Les phénomènes de condensation et de représentation plastique reposent sur le principe même d'un tel renforcement. Si, dans le rêve, deux physionomies se fondent en une seule, c'est que l'une a évoqué le souvenir de l'autre et s'est trouvée renforcée par celle-là. Si une notion générale et vague comme celle d'une perversion sexuelle a trouvé son expression symbolique (p. 129), c'est qu'elle a été renforcée par un rapprochement inconscient. Quant au changement de valeur pour le sujet, il y trouve aussi sa vraie raison d'être. Il n'y a que la formation automatique du rêve qui puisse faire comprendre le relief d'un détail insignifiant, comme celui de la barbe blonde dans le second rêve de Freud.

En résumé, du point de vue de la psychologie objective l'œuvre si inégale de Freud prend une signification toute

nouvelle. Les défauts qu'on peut lui reprocher : la naïveté du schéma linéaire, le parti pris de ramener tous les rêves à la régression d'un désir, et l'arbitraire d'une foule de conclusions qui en résultent dans les analyses particulières, s'effacent maintenant devant l'importance du fait capital qui a été reconnu par lui : du processus d'une régression sensorielle. Ce dernier trouve dans la psychologie objective, c'est-à-dire dans les conditions du fonctionnement des réflexes, une base physiologique qui répond à toutes les variétés du rêve. Les renforcements que reçoivent les réflexes dans chaque cerveau quelque peu développé, expliquent toutes les constellations de ce dernier. L'hypothèse accessoire du désir et les conclusions arbitraires qui s'y rattachent, tombent d'elles-mêmes, tandis que le fait d'avoir reconnu ce phénomène par les moyens de l'introspection et de l'analyse des états mentaux reste le mérite incontestable de Freud.

Voilà donc le domaine si troublant et mystérieux des rêves qui se rattache, à son tour, au mécanisme cérébral de la pensée. Là, aussi, malgré les tendances diamétralement opposées de l'étude, on trouve des indications favorables à la conception motrice des- phénomènes mentaux. Ajoutons à cela, que les observations plus anciennes en date sur l'influence des facteurs physiques, tels que les sons, les odeurs, ou, d'autre part, les digestions difficiles pendant le sommeil, ne sont pas en contradiction avec le schéma objectif. Les réflexes, se reproduisant au gré des renforcements cérébraux, doivent donner prise à toutes les impulsions motrices, aussi bien externes qu'internes et semblent s'offrir par là, d'une manière particulièrement intéressante, aux efforts de la psychologie objective.

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