Abraham. 'Iraurn u. Mytkus, p
2. C. G. .Jung. Wandlungen u. Symbole der Libido, Jahrbuch f. Psychoanalyse, vol. 111. lre partie, 1911, p. 149.
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la forme des objets, font totalement défaut aux aveuglesnés, lorsqu'ils commencent à voir après l'opération de la cataracte. Gomment admettre alors que les réflexes de nature encore plus élevée, comme ceux qui déterminent les rapports des sexes ou l'attitude de l'enfant vis-à-vis des parents, puissent se transmettre par l'hérédité ?
Cette conclusion nous semble tout à fait erronée, mais les freudistes la défendent avec tant de conviction et trouvent ici l'impulsion à des recherches si curieuses qu'on est forcé d'entrer dans leur argumentation.
Un des premiers travaux qui aient été publiés sur cette question, était celui de Rank, « Le mythe de la naissance du héros ' ». Des mythes de ce genre se rencontrent chez différents peuples et frappent par leurs analogies. L'auteur passe en revue les données, historiques ou légendaires, sur la naissance de Sargon, fondateur de Babylone, de Moïse, Œdipe, Paris, Persée, Cyrus, Hercule, Jésus, Siegfried, etc., et conclut que tous ces récits sont faits à peu près sur le même schéma. Le héros est toujours d'une origine très élevée, généralement de sang royal, mais, à la suite d'un mauvais présage (oracle ou rêve), se trouve abandonné et recueilli par des gens de basse condition. Généralement il est déposé tout de suite après la naissance dans une boîte sur le fleuve ou bien abandonné dans un endroit désert. Une fois grandi, il découvre son origine, se venge de son persécuteur et reprend la place qui lui est due. Ce schéma se rapprocherait des éléments que l'analyse de Freud a découverts dans les rêveries de la première enfance. Au début, dit Freud, les parents ont, aux yeux de l'enfant, une autorité sans limites. Leur ressembler est son désir le plus vif. Mais peu à peu la vie fait connaître leurs défauts, et la désillusion qui en résulte fait souvent naître le désir de retrouver l'image des premiers jours. L'enfant se met à rêver que ce ne sont pas ses vrais
1. 0. Rank. Der Mijtkus von des Geburt des Belden, Deutic/ce, Leipzig u. Wien, 1909.
parents, que ceux-ci il les retrouvera plus tard... Ces rêveries seraient bien plus fréquentes qu'on ne croit : elles seraient soutenues par la comparaison avec d'autres familles, quelquefois aussi par la venue au monde d'un frère ou d'une sœur, faisant concurrence au premier-né ; elles formeraient ce que Freud appelle « le premier roman des enfants névrosés » et revivraient plus tard dans le mythe de la naissance du héros.
Le rapprochement fait par Rank est, à coup sûr, très intéressant, mais la conclusion qu'il en tire nous paraît peu fondée. Ce qui parle tout d'abord contre elle, c'est qu'il met au même rang les récits de nature tout à tait fantastique, comme, par exemple, le mythe d'Hercule, et lestraditionsdenaturehistorique, comme la légende de Moïse ou de Jésus. Ces dernières contiennent cependant quelque chose de plus que la reviviscence des rêveries enfantines! Elles se rapportent à des faits réels et reflètent tout droit les mœurs de l'époque. Le massacre des enfants, tel qu'il est ordonné par le pharaon ou par Hérode, a une raison politique qu'on ne saurait négliger et qui ne rentre nullement dans la mentalité enfantine. Mais si on y regarde de plus près, on s'aperçoit que les autres mythes contiennent aussi des motifs qui les différencient nettement de la rêverie en question. Ils caractérisent bien un état particulier de la famille dans le monde antique, mais nous y voyons bien plus l'indication des luttes intestines que celle d'un désaccord moral, comme le comprend Freud. Ce qui nous paraît très caractéristique, c'est que dans la plupart des cas (Cyrus, Persée, Télèphe, Gilgame, Khaïkosavr, etc.) la crainte concerne le fils d'une fille, c'est-à-dire un être appartenant par son père à une race étrangère. Lorsqu'on pense qu'il s'agit toujours d'un enfant de sang princier, on comprend ce qu'il pouvait y avoir là de menace pour la conservation du pouvoir. Dans un autre groupe de mythes l'abandon de l'enfant est motivé par sa naissance illégitime (Sargon, Karna, Ion, Amphion et Zétos, Her-
cule, etc.). On apprend notamment qu'il est le fils d'une vestale ou d'une vierge séduite par un dieu, et cela présente de nouveau un facteur dont l'importance ne peut être niée. On comprend que le viol et la séduction des vierges aient préoccupé l'humanité primitive à l'égal des luttes pour le pouvoir. Bref, nous voyons à tous ces mythes des points d'appui dans la réalité qui font que la réduction aux rêveries enfantines nous paraît beaucoup trop étroite. Evidemment, il y a là une répétition des motifs qui frappe au premier abord et fait penser à l'existence d'une source commune. Tel est, par exemple, le fait que dans bon nombre de ces récits le nouveau-né est mis dans une caisse ou une corbeille en osier et abandonné au courant d'un fleuve. Quand on pense que ce fait se retrouve dans l'histoire de Moïse, dans la légende de Sargon, fondateur de Babylone, dans l'épopée hindoue de Mahabharata qui raconte la naissance de Karna, et dans le mythe grec de Persée, on se demande si elle ne provient pas d'une source commune. Rank voit tout de suite un rapport avec la symbolique du rêve et déclare que la boîte étant le symbole habituel de l'organe génital de la femme, la descente de celle-ci dans l'eau symbolise la naissance de l'enfant. Le rapprochement est de nouveau possible, mais, voudrions-nous demander, quel sens y a-t-il de symboliser un acte qui a déjà été nommé et décrit auparavant ? Le fait est qu'on est instruit de la naissance de l'enfant bien avant d'apprendre qu'il est abandonné au courant du fleuve. Passe encore dans un rêve où les incohérences et les répétitions sont très fréquentes, mais non pas dans un récit logique et conscient. D'ailleurs cet épisode est remplacé dans d'autres mythes par des actes qui n'ont rien de symbolique. Dans le mythe de Paris l'enfant est abandonné sur le mont Ida où il est allaité par un ours ; dans celui de Zal, comme le rapporte l'épopée persane de Firdusi, il est exposé sur le mont Alburs où le nourrit un grand oiseau, Simurgh ; dans la légende de Cyrus il doit être abandonné dans un endroit désert de
la montagne, mais on lui substitue un enfant mort-né ; dans l'histoire de Khaïkosavr et dans celle de Feridun, comme les rapporte de nouveau Firdusi, l'enfant est simplement abandonné aux bergers qui l'élèvent dans l'ignorance de sa vraie origine. Là aussi il y a une concordance de faits, mais qui n'a rien de symbolique. Elle s'explique par la pauvreté relative de la vie et de l'imagination à celte époque. Il n'y avait pas trente-six moyens de se débarrasser d'un nouveau-né, si on ne voulait pas recourir au meurtre. Il n'y avait qu'à l'abandonner dans un endroit désert et, pour le transporter au loin, il n'y avait qu'à le confier au courant d'un fleuve. L'imagination ne faisait que se servir des schémas fournis par la vie.
Nous n'insistons même pas sur les conséquences logiques de la théorie opposée qui sont tirées par Rank jusqu'à leurs extrêmes limites. Pour lui, tous ces récits étant faits sur le schéma de la rêverie enfantine, les personnages qui y figurent sont aussi symboliques que les actes et se ramènent tous aux trois principaux : au héros et à ses parents. Ainsi, le pharaon dans l'histoire de Moïse, de même qu'Astyage, le grand-père de Cyrus, n'est qu'un symbole de la tyrannie paternelle. Les parents d'adoption symbolisent au contraire ce que les parents peuvent avoir de tendresse et de dévouement. Là, enfin, où il y a entre les deux couples des personnages accessoires, comme par exemple Harpage et sa femme dans la légende de Cyrus, il voit également une « doublure » des parents. Inutile de souligner ce que cette conception a d'arbitraire et d'artificiel. Cela n'explique nullement comment ces personnages arrivent à se dédoubler, ni comment de ce schéma si pauvre en données peut sortir cette richesse et cette variété de détails.
Pour nous, le peu que nous ayons saisi comme concordance avec la vie réelle, semble amener une tout autre conclusion. Nous voyons ici la preuve que les mythes, loin de provenir de la rêverie enfantine, sont, comme celle-ci, inspirés par la vie. Mais, naturellement, à des
degrés différents. Pour en revenir à la formule initiale de Freud, nous voyons, dans un cas comme dans l'autre, le développement interne d'une impression aidé par l'expérience antérieure du sujet. L'enfant est frappé par la dureté ou l'injustice des parents. Il se rappelle les avoir vus plus grands, plus généreux, et se plaît à penser qu'il retrouvera un jour les êtres qu'il a connus jadis. L'aède est frappé par la grandeur du héros. Il ne peut la concilier avec une humble origine et se plaît à penser que le héros retrouve un jour des parents dignes de lui. Le procédé est à peu près le même, parce qu'il est fourni par la même expérience de la vie, mais dans le second cas elle est beaucoup plus développée. C'est de là que proviennent les détails si pittoresques du berceau flottant sur l'eau ou abandonné dans un site désert, de l'allaitement par une louve ou une ourse, du sauvetage par un aigle ou par l'oiseau fantastique Simurgh, comme aussi les événements antérieurs à la naissance, la séduction de la vierge par un dieu transformé en pluie d'or, le rêve prophétique menaçant le père d'un grand danger, etc., etc.
Tout cela est puisé au dehors, comme le prouve l'infinie variété des détails. S'il y a là une ressemblance avec les rêveries des enfants névrosés, c'est que l'imagination est dirigée dans le même sens et se modèle sur des faits analogues. Telle est aussi la cause d'une autre ressemblance très justement relevée par Freud et par Rank : avec les rêves de grandeur des paranoïques. Mais ce dernier a bien tort d'en conclure que le mythe est aussi « de nature paranoïde ». Le mécanisme des réflexes cérébraux peut avoir ici des traits communs, mais celui des rêveries enfantines est encore dans un état rudimentaire et celui des paranoïques est manifestement détraqué. Pour aboutir à la création d'un mythe il doit avoir un degré de développement qu'il n'a ni dans l'un, ni dans l'autre cas. C'est ce qui fait que, tout en reconnaissant l'intérêt du rapprochement fait par Rank, nous protestons contre la conclusion
qu'il eu lire. Il est intéressant de constater que toute une catégorie de mythes, d'apparence si mystérieux, se forment comme les rêveries qu'on rencontre chez de tout petits enfants, mais il ne faut pas en conclure que ce soient celles-ci qui revivent dans les mythes. Nous insistons d'autant plus sur cette distinction que les rêveries du premier âge passent facilement pour innées et que cela donne lieu de conclure, comme le fait Abraham, que certains mythes ont une origine atavique, reproduisant la mentalité des races primitives.
Cette conclusion prend surtout de l'importance à l'égard du thème de l'inceste que nous avons déjà relevé chez Freud et qui se trouve mêlé ici à celui de la naissance du héros. L'exemple le plus connu de son développement est le mythe d'Œdipe, mais ce n'est pas le seul. De même que pour le mythe de la naissance du héros, Rank lui a trouvé des équivalents dans d'autres langues : l'histoire de Judas, la légende de Saint-Grégoire-sur-la-pierre et celle du roi Dàràb dans le livre royal de Firdusi. Il en conclut s'appuyant sur la théorie sexuelle de Freud, que dans ces œuvres revit un autre rêve de l'enfance, rêve d'attachement sexuel du fils à la mère, qui se complique d'un sentiment de jalousie vis-à-vis du père.
Ce n'est pas l'endroit d'entrer en lutte contre la théorie sexuelle de Freud. Elle mérite un examen plus approfondi et nous ne pourrions le faire à propos du problème qui nous occupe en ce moment. Mais il ne sera pas difficile de prouver qu'en tout cas il y a ici un malentendu et beaucoup d'exagération. Il se peut que Freud ait raison en ce sens que la sensualité de l'enfant s'éveille bien plus tôt qu'on ne pense, dès les premiers jours de la vie. Mais il y a sensualité et sensualité ! Si on peut parler d'un certain érotisme chez l'enfant, ce n'est, à coup sûr, pas un érotisme génital. Ce sont d'autres zones érogènes qui entrent d'abord en fonction et il se passe bien des années avant que la sensualité de l'enfant prenne un caractère nettement sexuel. Mais
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indépendamment du fait que cette théorie ne concorde pas avec l'ontogenèse de l'instinct sexuel, on ne peut l'accepter non plus du point de vue de la psychologie. Admettant même — ce qui n'a lieu que dans les cas anormaux et morbides — que chez un enfant de cet âge il se produit déjà des érections, celles-ci ne peuvent être que purement réflexes. La psychologie objective intervient ici d'une manière tout à fait catégorique. Elle distingue nettement entre les fonctions purement réflexes de l'appareil génital et les réflexes associés qui s'établissent plus tard. L'association avec les images mentales ne peut s'établir qu'avec le développement des appareils de perception qui au début ne fournissent que des impressions très rudimentaires. Par conséquent, sans même chercher à contester les observations de Freud, nous pouvons affirmer que l'érotisme de l'enfant ne comprend, dans les premières années, aucun rêve, à plus forte raison un rêve d'inceste, qui suppose déjà une mentalité très développée, et nous concluons que l'expression de ses sentiments doit être interprétée dans le sens le plus étroit. C'est-à-dire, lorsqu'il montre de la jalousie à l'égard du père, celle-ci ne doit pas aller au delà du désir de l'éloigner, lorsqu'il recherche les caresses de la mère, cette tendance est purement réflexe, etc., etc.
Si on passe maintenant de cet érotisme rudimentaire à l'inceste tel qu'il est représenté dans le mythe d'Œdipe et les autres, on reconnaîtra, comme pour le mythe de la naissance du héros, que ceux-ci sont inspirés par une expérience bien plus complète de la vie. Jamais, peut-être, les adeptes de Freud ne se sont plus trompés que sur ce pointlà. Qu'on prenne le mythe d'Œdipe, la légende de Judas et celle de Saint Grégoire, partout on trouve une horreur tragique qui suppose la violation d'une loi divine et la conscience de cet acte. Œdipe s'arrache lui-même les yeux, Judas marche d'opprobre en opprobre jusqu'à s'étrangler de ses propres mains, Saint Grégoire passe dix-sept ans en pénitence sur un rocher. Est-ce là l'histoire d'un désir
ou d'un châtiment? Ce qui se sent à la base de toutes ces légendes, c'est la stupeur devant l'énormité de l'acte. L'aède cherche ensuite à se l'expliquer et retombe sur le procédé qui a déjà servi pour expliquer la naissance du héros. Il suppose que le malheureux ignore son origine et construit son histoire avec les détails déjà connus du berceau flottant, de l'adoption, etc., comme aussi avec d'autres, tels que l'énigme dn sphynx, les actions d'éclat qui rapprochent le héros du trône, etc., etc.
Pour nous il n'y a rien même d'analogue à cela dans la mentalité de l'enfant.
Ce qui augmente l'intérêt de cette thèse, c'est que les freudistes, une fois lancés dans cette voie, voient la reviviscence du « complexus de l'inceste » jusque dans les romans modernes ! Ils le signalent dans un conte de Boccace, dans « Hamlet » et dans « L'âge dangereux » de Karin Michaëlis. C'est là une théorie qui prend trop de développement dans la psychologie allemande pour que nous puissions nous dispenser de l'examiner d'un peu plus près.
Le conte de Boccace, c'est l'histoire bien connue de Griselde1. On se rappelle qu'elle a pour sujet le mariage plus qu'étrange d'un comte de Saluées avec la fille d'un paysan, qu'il prend sans sou, ni maille, motivant son acte par le désir d'avoir une femme parfaitement docile et soumise. A la naissance d'une fille il l'enlève à la mère et la fait élever au loin, chez une de ses sœurs. A la naissance d'un fils, six ans plus tard, il fait la même chose. Quelques années plus tard encore il déclare qu'un bref venu de Rome lui permet de répudier sa femme et de contracter un nouveau mariage. Griselde reçoit tous ses affronts avec une parfaite résignation et retourne, comme elle était venue, chez son père. Mais son martyre n'est pas encore fini. A rapproche du jour fixé pour le mariage le comte lui