J. Sétchénoff. Reflexy (jolovnoyo mozya
li i. j ÉBRAL DE LA PENSEE
Ce qui fait qu'elle manquai d'appui, c'est que la notion physiologique des réflexes étail beaucoup trop étroite ■■> cette époque pour qu'on pûl les rapprocher des données
de la vie ntale. N'oublions pas que jusqu'à 1870, jus
qu'aux expériences de Fritsch el Kitzig l'écorce cérébrale (M ;iit généralement considérée comme inexcitable el l'action réflexe n'était attribuée qu'aux centres de la moelle. Sous le nom de réflexe ou d'action réflexe [car ce terme n'étail pas encore employé comme un subjectif) on comprenait une contraction musculaire répondant à l'excitation périphérique de l'organe. Ce fut un émerveillement de constater que l'excitation de l'écorce cérébrale, par le couranl électrique entraîne — d'une manière aussi directe, aussi indépendante <!<v la volonté — les mouvements des différents membres. Dans la suite, avec les expériences de Danil swsky (1875),deFerrier, Luciani, Bochefontaine (1883) etd'autres on s'est rendu compte que l'excitation des centres corticaux peut déterminer aussi des réactions respiratoires, circulatoires, sécrétoires, vésicales, pupillaires, etc., mais on les désignait autrement — comme mouvements d'origine cérébrale — et ne se décidait pas à les assimiler aux simples réflexes.
Sétchénoff ne pouvait donc formuler qu'une vague hypothèse en affirmant que les actes spontanés de l'homme et, plus encore, les phénomènes de la vie mentale présentent objectivement des réflexes cérébraux.
Les choses en sont restées là fort longtemps. Il est vrai que les expériences avec l'ablation des hémisphère-, ont montré peu après que l'écorce cérébrale a aussi une valeur sensorielle, mais la nature de ses fonctions sensorielles restait incertaine. On arrivait bien à rattacher les perceptions visuelles au pli courbe [Vrrier) ou aux lobes occipitaux (Munk) et les perceptions auditives aux lobes temporaux (Munk et Luciani), mais le rôle de ces régions cérébrales restait incertain. On penchait même plutôt pour un rôle passif, sous !'. rmc d'une réception do empreintes
périphériques. D'autre part on a bien reconnu des processus réactifs dans les états émotionnels de l'organisme, mais l'intervention des facteurs psychiques rendait la question très embrouillée. On se rappelle les discussions passionnées qui se sont élevées, entre les adeptes de Lange et W. James et les intellectualistes qui s'appuyaient sur Nahlowski. On reconnaissait bien que dans certains cas l'émotion ne se séparait pas des réactions vasculaires ou trophiques qui se produisent dans l'organisme, mais dans beaucoup d'autres — par exemple, d'une joie ou d'une douleur morale — elle se rattachait bien plus à l'état psychique qu'aux réactions organiques qui étaient presque nulles. Par suite, là encore, malgré les expériences de Bechterew et de Shcrrington qui faisaient ressortir la nature réflexe de la mimique émotionnelle, le mécanisme tout entier restait imprécis.
La formule de Sétchénoff n'a acquis une valeur réelle qu'avec les travaux tout récents sortis du laboratoire de J. Pawlow et de \V. Bechterew qui ont montré d'une part que les réactions précitées d'origine cérébrale se rapprochent tout à fait des réflexes médullaires et, d'autre part, qu'elles répondent aussi bien à des impulsions psychiques. Ce dernier point était particulièrement important. Prenons le fait initial dans les recherches de Pawlow, la salivation qui se produit en réponse à un bruit de vaisselle ou à l'approche de l'homme chargé d'apporter la nourriture. Gela faisait entrer dans Parc réflexe des facteurs nettetement psychiques, désignés sous le nom de souvenirs. Comme Bechterew a montré qu'il en était de même pour toutes les réactions motrices qui constituent le fond de l'activité humaine, la notion physiologique des réflexes a reçu parl,-\ une extension énorme et justifie maintenant tous 1rs rapprochements avec la vie mentale.
Si l'étude des phénomènes mentaux n'en a pas encore reçu une impulsion décisive et ne se trouve pas encore orientée dans un sens nettement objectif, c<>la lient ù certaines
lacunes dans la méthode de ces recherches qui empêchent d'en apprécier pleinement les résultats. Parmi ces lacunes la plus grande est la négligence parfois involontaire, mais parfois aussi consciente et voulue, des rapports qui existent entre la science objective et les données de l'introspection. Négligence bien néfaste à la science, parce qu'elle crée entre les physiologistes et leurs confrères de la psychologie une séparation toute artificielle et cependant très profonde. Le fait est que ce qui apparaît, aux premiers comme un épiphénomène sans portée réelle, comme un aspect accessoire des choses, est pour les seconds l'élément qui jusqu'à présent a concentré tous leurs efforts. Pour eux il ne suffit pas de prouver qu'objectivement tout acte neuro-psychique s'écoule « comme un réflexe », ni môme que dans un acte conscient l'excitation, « atteignant l'écorce cérébrale, éveille les traces des réactions antérieures1», il faut encore expliquer comment ce processus moteur se rapporte aux données qui nous sont fournies par l'introspection et que nous appelons images mentales ou pensées.
Du reste, à moins d'avoir l'esprit particulièrement étroit ou absorbé par une seule catégorie de recherches, aucun homme ne peut se défaire de la curiosité de connaître le rapport de l'étude objective à l'expérience interne là où cette dernière joue un rôle également important. Peut-on se contenter d'une conclusion purement externe que « les données subjectives sont inséparables du processus cérébral », lorsque les premières se présentent non pas comme un schéma de mouvements, mais comme des images prises dans la vie ? Puis-je, par exemple, accepter, sans plus ample information, l'hypothèse d'un schéma de réflexes, lorsque ma mémoire évoque l'image d'un ami ou toute une scène de mon passé ? Quelque décisives que soient les preuves tirées de l'origine et de l'aboutissement de ce phé-