W. Bechterew. La psychologie objective, p
ÉTUDE OBJECTIVE DE LA VIE MENTALE lJ
nomène, la formule du physiologiste sera tout de même insuffisante pour embrasser toute la réalité du problème.
Malheureusement, le côté subjectif qui n'avait pas été éclairé par Sétchénoff, reste chez ses successeurs actuels également à l'ombre. I^es travaux sortis du laboratoire de Pawlow se rattachent tous à une seule fonction, à la sécrétion de la salive, et, dans le cadre ainsi volontairement rétréci, ne peuvent contenir des phénomènes psychiques que le minimum, leur qualité d'agents, la valeur représentative restant tout à fait en dehors. Ils ont permis de constater que la sécrétion de la salive se produit aussi bien en réponse à des excitants naturels tels que la viande ou, par exemple, un acide, qu'à d'autres, artificiellement associés : sonores, lumineux, olfactifs, tactiles ou thermiques *. Les réflexes ainsi obtenus et désignés sous le nom de conditionnels, avaient bien un côté psychique, mais ce dernier ne pouvait pas être très étendu, surtout chez les chiens qui servaient uniquement de sujets à ces expériences. Les recherches ultérieures ont mis en lumière diverses particularités du mécanisme de ces réflexes : leurs propriétés de spécialisation a et d'extension 3, les phénomènes de retard et d'extinction *, enfin la faculté d'inhibition aussi bien externe qu'interne 5. L'importance de ces données dont l'étude se poursuit encore, est hors de doute. La différenciation et surtout l'inhibition interne, c'est ce qui distingue les réflexes cérébraux des réflexes médullaires et ouvre la voie au développement psychique des métazoaires
i. Boklyreff. Formation des réflexes conditionnels. Deux communications. Travaux de la société des médecins russes, Saint-Pétersbourg,
2. Zeliony. Contribution à l'étude des réactions du chien sur des excitations sonores. Thèse (en russe), Saint-Pétersboiirg, 1907.
'd. Kacherininova. Contribution à l'étude du réflexe salivaire produit par le grattement. Thèse (en russe), Saint-Pétersbourg, 1908.
4. Zavadsky. Contribution au problème de l'inhibition des réflexes. Thèse, Saint-Pétersbourg. 1908.
5. Mischtovt. Sur les inhibitions artificielles du réflexe salivaire. Thèse, Saint-Pétersbourg, 1907.
LE Ml CANISM CÉRÉBUA.L DE LA PENS
supérieurs. Si l'homme peut apprendre mille fois plus que l'animal le plus intelligent cl se dislingue nettement par l'apparente spontanéité de son action, cela tienl au merveilleux développement de ces deux facultés de son système nerveux.La lecture de n'importe quel manuel - réduit à ces deux proces.-us : à l'emmagasinement des impulsions nouvelles et ;'i la rétention de leur effel Lorsqu'ensuite nous le voyons parler une langue étrang< réciter une poésie ou jouer au bridge, dépassant en \ ; > i • i » '• t < '■ d'action tout ce que peut faire un millier d'individus des espèces inférieures, c'est le résultat des innombrables inhibitions qui se manifeste devant nous. On ;i donc raison d'étudier, avec toute la précision possible, le mécanisme de ce processus, niais il faut bien reconnaître qu'il oe comprend pas la totalité des phénomèn is dont il est le pivot actif. Il ne s'étend pas à tout ce que nous pi rcevons intérieurement comme irradiations conscientes on volonl; ces, et ce qui peut être déterminé par des processus cérébraux concomitants. Pour ne citer que l'extension la plus commune chez l'homme, rappelons que la plupart des réactions que nous appelons conscientes, s'accompagnent de processus verbo-moteurs. Je reconnais une fleur énl'appelant mentalement par son nom, je me rappelle une ch à faire en la désignant par un verbe, et ainsi de suite. Et que dire des natures sensibles qui ont constamment des irradiations émotionnelles ou des intellectuels chez qui toute réaction mentale s'accompagne de suggestions, d'aperçus rapides comme un éclair ou d'associations d'idé< - Pour ceux-là l'arc réflexe n'est que la partir centrale du processus et J. Pawlow a beau distinguer, à côté des « réflexes de relation », le schéma plus complet des réflexes d'analyse1 », il [l'arrivé tout de même pas à embrasser la totalité des phénomènes. 11 a l> au concevoir les orgam-
1. J. Pawlow. La science naturelle et le cerveau. Discours (en russe) au Congrès «les naturalistes et des médecins russes, à Moscou, 28 décembre 1909.
sensoriels comme de véritables « instruments d'analyse », ce schéma est tout de même trop étroit pour « faire rentrer toute la psychologie dans le domaine de la science naturelle ».
Avec cela, Pawlow a le tort de se désintéresser trop ouvertement de l'effort des psychologues. Dans le discours auquel nous venons d'emprunter les derniers termes, il en fait pour ainsi dire table rase en déclarant que « la psychologie, comme connaissance du monde interne, en est encore à chercher sa méthode ». Par suite il recommande aux savants de « revenir à celle qui leur a servi pour étudier les fonctions inférieures du système nerveux », c'est-à-dire « à étudier les changements qui se produisent dans l'organisme en rapport avec les variations du monde extérieur, en déduisant les lois générales de ces rapports1 ». Mais cette méthode ne peut, à elle seule, éclairer que les rudiments de l'acte psychique, et le conseil d'y ramener tout l'effort de la psychologie, entraine le renoncement à tout ce qu'il y a de spécifique dans l'expérience interne. Non seulement les phénomènes si particuliers de la pensée abstraite et de la pensée sans paroles, mais la distinction la plus élémentaire des phénomènes conscients et inconscients se trouverait par là éliminée de l'étude !
Bref, malgré toute la valeur des recherches de Pawlow comme procédé d'investigation, elles sont faites dans un esprit trop étroit pour exercer une action réelle sur révolution de la psychologie.
Les travaux de Bechterew et des élèves de son laboratoire ont une base bien plus large. Si Pawlow peut revendiquer l'honneur d'avoir le premier saisi un phénomène psychique comme un réflexe conditionnel, il ne l'a fait que par un heureux hasard, grâce à l'extension de ses recherches sur la digestion, et son œuvre en a gardé un caractère très