‹ Le mécanisme cérébral de la penséeChapitre 42 sur 51 · lbid.. p · texte numérisé non relu

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leur contenu se distinguent nettement des opérations mentales précitées, rendaient le schémadeBechterewbien incomplet. A côté de cela il y avait encore le désaccord entre la conception usuelle des images mentales et le schéma d'un réflexe cérébral. Tant que celles-ci gardaient quelque chose d'une analogie avec des empreintes statiques, l'identification ne pouvait pas être complète. Enfin, il y avait toujours le mystère de l'activité créatrice du cerveau qui, somme toute, diffère essentiellement du processus de la simple reproduction. Il y avait dans l'arrière- fond du processus créateur le problème de l'inconscient dont la richesse semblait encore plus déconcertante que celle de la mémoire.

Les contributions, pour la plupart involontaires , que nous avons trouvées chez d'autres savants — dans le domaine de la physiologie des sensations, dans l'analyse des états mentaux, dans les expériences par le procédé de questionnement et dans les travaux de psycho-analyse — jointes aux résultats de nos propres recherches entreprises dans ce but, semblent combler cette lacune. Nous défions maintenant quiconque de prouver qu'il n'y a pas de concordance entre le fonctionnement du mécanisme cérébral et les phénomènes psychiques fournis par l'introspection. Ceux qui semblaient de loin les plus hétérogènes, comme par exemple, les images mentales, et les plus insaisissables,comme les états de conscience sans expression verbale, ont cédé devant l'analyse et dans leur transformation ont accusé des traits qui les rattachent directement au mécanisme des réflexes cérébraux.

Naturellement il se passera encore pas mal de temps avant qu'on s'habitue à les envisager de leur côté objectif. Cela tient à la profonde désharmonie qui existe, chez nous, entre le point de vue de l'étude objective et celui de l'introspection. L'importance de ce fait a déjà été signalée par M. Le Dantec qui a très justement reconnu que la difficulté d'étudier les phénomènes psychiques provient de ce que dans le domaine de la science objective nos prin-

cipaux moyens d'investigation sont la vue et Fouie, et les phénomènes psychiques échappent au contrôle de ces deux sens l. Voilà ce qui leur a conféré cette apparence hétérogène, mystérieuse, immatérielle à laquelle nous sommes habitués de croire depuis notre enfance ! Il faut encore un certain effort pour admettre que les évocations mentales qui semblent se projeter sur l'écran mystérieux de la conscience, ne présentent qu'un processus moteur dans les voies nerveuses du cerveau, mais on a déjà reconnu que la perception d'une odeur n'est qu'une réaction physico-chimique consécutive à l'excitation des cellules bipolaires disséminées entre les cellules épithéliales et l'enveloppe de Schneider, on sait que la perception des couleurs se rattache de môme à la décomposition des éléments chimiques de la rétine, et pour les phénomènes de l'idéation ce n'est qu'une question d'habitude. Il faut se rendre compte qu'il n'y a là aucune image dans le sens usuel du mot, que ce n'est qu'un groupement de sensations, et une fois placé à ce point de vue, on arrive facilement à les identifier avec le jeu des réflexes cérébraux.

Ce n'est pas aussi éloigné de la vie pratique qu'on pourrait le croire. Qu'on s'observe un peu dans les moments où la pensée prend un caractère émotionnel, par exemple, lorsqu'elle fait monter les larmes aux yeux ou... détermine une excitation sexuelle: N'y-a-t-il pas là une analogie complète avec le fonctionnement du réflexe salivaire, comme il ressort des expériences de Pawlow ? Des phénomènes de ce genre se rencontrent journellement dans la vie.

Ce qui était difficile à admettre et môme à imaginer, c'est le prodigieux développement de ce mécanisme dans certains états mentaux, par exemple, la différenciation du processus central dans la pensée sans images et sans mots ou la puissance de l'inhibition et de la décharge qui se manifeste dans la création littéraire. Les données que nous avons

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